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SNLE 3G : le discours de Florence Parly à Val-de-Reuil

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La ministre des Armées, Florence Parly, a officiellement lancé la phase de réalisation du programme des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G) lors d’un déplacement le 19 février au centre DGA Techniques Hydrodynamiques de Val-de-Reuil (Eure). Voici le discours qu’elle a prononcé à cette occasion :

 

Madame la sous-préfète,

Madame la présidente, chère Françoise Dumas,

Monsieur le président, cher Christian Cambon,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le délégué général pour l’armement,

Monsieur le directeur des applications militaires du commissariat à l’énergie atomique,

Général commandant la division des forces nucléaires

Monsieur le chef d’état-major de la Marine,

Monsieur le directeur du centre DGA Techniques hydrodynamiques,

Monsieur le Président, cher Loïc Rocard,

Monsieur le directeur des programmes de Naval Group,

Mesdames, messieurs,

C’est un réel plaisir d’achever cette semaine avec vous et près de 4 ans après ma première visite à Val-de-Reuil, d’être de retour parmi vous, en cette année si symbolique pour notre ministère.

Dans quelques semaines, la direction générale de l’armement célébrera ses 60 ans et avec elle, la mission fondatrice que lui a confiée le Général de Gaulle de doter notre Nation des armes qui la protègent. Des armes qui montrent que, jamais on ne peut se jouer de la France, et que toujours, son indépendance serait garantie, sa voix écoutée, et entendue.

Plus que par tout autre moyen, cette indépendance est assurée par la dissuasion nucléaire; elle a un sens, celui de notre sécurité, mais également celui de notre liberté ; et elle a aussi ses artisans : les ingénieurs, les chercheurs, les techniciens, les militaires et les diplomates qui servent la France. « Construire une défense nationale indépendante fondée sur la force de dissuasion », voilà la mission fondatrice de la DGA, une mission pleinement honorée notamment grâce à l’oeuvre commune, qui a hissé notre pays au rang des plus grandes puissances mondiales.

Depuis 1961, le monde a profondément changé. Les équilibres mondiaux ne sont plus les mêmes, les armes se sont affûtées, les champs de conflictualités se sont multipliés et se sont diversifiés. Mais si la façon de faire la guerre n’est plus la même, celle de faire la paix, demeure.

Comme l’a réaffirmé le Président de la République lors de son discours devant l’Ecole de guerre le 7 février 2020, la dissuasion nucléaire est et demeure la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux.

Elle garantit notre indépendance, et participe à notre liberté d’appréciation, de décision et d’action. Elle interdit à l’adversaire de miser sur le succès de l’escalade, de l’intimidation ou du chantage et en cela, elle a une vocation profondément pacifique. Une vocation que la France a réaffirmée en réduisant considérablement son arsenal nucléaire à la stricte suffisance, pour se concentrer sur deux composantes complémentaires, aéroportée et océanique.

Depuis des décennies, d’immenses efforts ont été consentis pour assurer les moyens techniques et humains, pour établir les procédures, garantir la crédibilité, adapter la doctrine et les capacités à tous les défis de la modernité. Le plus récent, à savoir continuer à garantir la permanence de la dissuasion au coeur d’une pandémie a été relevé avec succès, grâce à l’engagement hors normes de tout le personnel au service de la dissuasion, et de ses familles qui en ont porté le poids, plus encore que de coutume. Loin des projecteurs, parce qu’il le faut, pour notre sécurité et pour la leur.

Je vous disais que cette année était symbolique pour notre ministère : 2021 marquera aussi les 50 ans de permanence de patrouille de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Depuis 50 ans, des marins coupés du monde sont prêts à exécuter l’ordre de tir du Président de la République, en toutes circonstances, quoi qu’il advienne. Ils veillent sans cesse, aveugles, dans l’obscurité des profondeurs sous-marines, suspendus au bruit de l’abîme.

Le succès de la composante océanique de la dissuasion, c’est d’abord l’histoire d’une volonté et d’une réussite technologique et scientifique exceptionnelle. Maîtriser la dissuasion sous les mers, l’appréhender, construire des bâtiments capables de la porter sans risque n’avait rien d’évident. Il a fallu compter, dès la première minute sur le travail acharné de nos chercheurs, nos ingénieurs, techniciens, civils et militaires, acheteurs, mécaniciens, logisticiens, gestionnaires des ressources humaines, formateurs, entraîneurs, ainsi que sur la chaîne de commandement.

Car dans cet écrin de technologie et de puissance qu’est le SNLE, rien n’est laissé au hasard : c’est une base de lancement spatial, un véritable Kourou sous les eaux, avec 16 fusées prêtes à partir, le tout intégré dans un sous-marin de combat propulsé par une centrale nucléaire.

C’est un héritage précieux, une capacité que seul un tout petit nombre de pays a réussi à développer et qui doit être renouvelé, pour s’adapter aux menaces nouvelles, et aux techniques nouvelles. Cet héritage nous le préserverons, comme nous l’a demandé le Président de la République en confirmant le renouvellement des deux composantes de la dissuasion, porté par la loi de programmation militaire.

J’ai donc le grand plaisir de vous annoncer aujourd’hui le lancement en réalisation du programme de sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération, quatre sous-marins dont les performances remarquables permettront de garantir, dans la durée, la crédibilité opérationnelle de la composante océanique de notre dissuasion. Ils remplaceront les SNLE actuels dans leur mission, sans discontinuité.

Aujourd’hui, ce que nous lançons concrètement, ce sont les études de conception et d’industrialisation générale, les approvisionnements et la fabrication les pièces les plus critiques, ainsi que le dimensionnement, en cohérence, de notre outil industriel.

Et je suis particulièrement fière de faire cette annonce ici, à DGA Techniques Hydrodynamiques, qui est le berceau de la conception et de l’évaluation de tous nos sous-marins depuis 60 ans. Je suis fière de vous l’annoncer d’abord à vous, car cela fait déjà plus de 10 ans que vous travaillez au quotidien pour le SNLE de troisième génération. Lorsque j’étais venue vous voir en 2017, vous veniez tout juste d’acquérir un cluster de calcul, c’est parmi d’autres cet outil de calcul qui nous permet de réaliser aujourd’hui le lancement en réalisation du programme.

Mais que seraient les outils sans les hommes et les femmes qui les mettent en oeuvre ? Par votre excellence, par votre sens de la mission et surtout par votre passion, vous concourez directement à l’invulnérabilité de nos sous-marins. Votre travail est absolument fondateur pour cette nouvelle génération de SNLE. 

C’est à vous que revient cette tâche extraordinaire et si délicate de donner forme à ce sous-marin. Qu’il s’agisse des barres de plongée, des propulseurs ou de la carène, ce sont vos esquisses, vos dessins et vos essais qui nous permettent d’atteindre la plus grande vitesse, la plus grande manoeuvrabilité et la plus grande discrétion acoustique. C’est votre vigilance et votre sens du détail qui permettent d’éviter la cavitation des hélices, qui pourrait nuire aux performances propulsives et à la discrétion du sous-marin.

L’architecture navale est une science millénaire, mais vous faites face à des phénomènes si complexes qu’il est essentiel, après une première épreuve numérique, de confronter son dessin à la réalité. C’est ce que vous faites ici, à l’aide de maquettes. Le terme peut paraître enfantin, mais quiconque a la chance de voir un jour les bassins de Val-de-Reuil se rend compte que c’est éminemment plus complexe.

Sans cesse, vous devez concilier la vitesse et la tenue à la mer du navire. Et en parfait équilibriste, vous aidez les industriels et la direction générale de l’armement à choisir la forme la plus adaptée.

En l’occurrence, le SNLE de troisième génération sera légèrement plus long et plus lourd qu’un SNLE type « Le Triomphant », il entendra mieux et se défendra mieux, tout en étant plus silencieux : il ne sera pas plus bruyant qu’un banc de crevettes, ce qui est absolument exceptionnel. Il pourra se fondre à la perfection dans les sons ambiants des fonds marins, ce qui est un gage de supériorité opérationnelle.

Le programme du SNLE 3G représente l’oeuvre de plusieurs vies. Après le Redoutable des années 1965 à 1980, après le Triomphant des années 1995, qui naviguera encore jusqu’en 2050, c’est un programme qui incarne pleinement le « temps long » de notre défense : le premier SNLE de troisième génération sera livré en 2035, puis il sera suivi d’un bâtiment tous les 5 ans. Et ceux-ci navigueront jusqu’en 2090.

Autrement dit, les derniers marins qui patrouilleront à bord des SNLE 3G ne sont pas encore nés.

Tout l’enjeu du programme du SNLE 3G sera donc de pouvoir s’adapter aux nombreuses menaces du futur. Et en tant que « ministère du temps long », en tant que gardiens de notre défense à près d’un siècle de vision, c’est notre rôle, d’avoir toujours un temps d’avance. C’est pourquoi nous poursuivrons les études et nous conserverons des marges d’évolution du SNLE qui sont indispensables pour faire face à des percées technologiques imprévisibles aujourd’hui – je pense notamment aux enjeux de cyberdéfense, à l’amélioration de la discrétion acoustique ou bien au développement de capteurs plus performants. Et nous aurons besoin de vous. Car vous êtes un des coeurs battants de notre souveraineté et car c’est ici, à Val-de-Reuil que se joue une part de la force de notre dissuasion.

Nous aurons évidemment besoin aussi de l’ensemble des acteurs qui mettent leurs compétences rares et leurs moyens uniques au service de ce programme exceptionnel.

La maîtrise d’ouvrage de ce programme sera assurée par la DGA et le CEA. La maîtrise d’oeuvre sera assurée en cotraitance par Naval Group et Technicatome.

Le SNLE 3G irriguera l’ensemble du territoire français en mobilisant plus de 200 entreprises, 400 compétences, et plus de 3000 personnes, réparties sur tout le territoire : de l’Alsace à la Bretagne, de la région parisienne à Toulouse.

Ce programme a, comme le savez, déjà mobilisé des acteurs militaires, étatiques et industriels qui sont aujourd’hui à vos côtés pour son lancement. Sans tous les citer parce que c’est impossible et qu’ils ont déjà consacré 15 millions d’heures de travail de développement, avant les 20 millions d’heures de réalisation qu’il faudra pour la réalisation de chaque sous-marin, je veux saluer le travail de l’état-major des armées, de la DGA, de l’état-major de la marine, du service de soutien à la flotte, du service d’infrastructure de la défense, du CEA, de Naval-Group, de Technicatome, d’ArianeGroup, de Thales, ainsi que bien sûr, de leurs innombrables sous-traitants.

Aujourd’hui est aussi un jour fondateur pour notre Marine nationale. Car le SNLE de troisième génération dessine aussi son futur. Autour d’un SNLE qui patrouille, c’est toute la Marine nationale qui se mobilise : des fusiliers marins aux chasseurs de mines, des SNA aux frégates et aux avions de patrouille maritime, des transmissions aux soutiens, tout ceci est essentiel. La loi de programmation militaire poursuit cet effort indispensable en faveur d’une Marine de combat à la hauteur des enjeux de demain et en cohérence avec le SNLE de troisième génération.

Mesdames et messieurs,

La France ne serait pas la France sans sa dissuasion. Et il serait aujourd’hui impossible d’imaginer notre liberté sans sa garantie la plus forte, la plus ultime. Nous avons en héritage un formidable élan collectif qui place entre nos mains les plus puissants instruments au service de notre liberté et de la paix. Aujourd’hui, avec le lancement du programme SNLE de troisième génération, nous envoyons le message que la France ne baisse pas la garde dans un contexte international marqué par la résurgence du fait nucléaire. Nous réaffirmons notre volonté d’indépendance et de souveraineté. Durant 60 ans, vous en avez été les artisans. Et pour les 60 années à venir, toute la Nation place sa confiance en vous pour en être les garants.

Vive la République ! Vive la France !