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SNRH : Kotug jette l'éponge, les remorqueurs s'en vont

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SNRH : Kotug jette l'éponge, les remorqueurs s'en vont

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Cinq ans après le début de ses activités au Havre, la compagnie néerlandaise Kotug a décidé de jeter l'éponge dans le port normand. Sa filiale française, la SNRH, a vu partir mardi les cinq remorqueurs qu'elle exploitait. Restitués à la société maltaise Elizabeth Ltd (liée au groupe Kotug), les « Rotor Tug » RT Claire et RT Stéphanie et les « sterndrive » SD Gironde, SD Loire et SD Seine, perdant leur pavillon français au profit d'un drapeau maltais, ils sont partis vers d'autres ports. Seul Boluda, avec une dizaine de coque, continue donc de travailler au Havre, la SNRH ayant servi son dernier navire de commerce le 31 décembre.

 Le départ des coques de la SNRH  (© : LAURE DOCHLER)
Le départ des coques de la SNRH (© : LAURE DOCHLER)

20 millions d'euros de pertes

Privée de son outil de travail, la SNRH attend maintenant son placement en redressement judiciaire ou, plus vraisemblablement, qu'une liquidation judiciaire soit prononcée. Une audience est prévue à ce sujet demain au tribunal administratif du Havre. Depuis le 5 novembre, la société faisait l'objet d'une procédure de sauvegarde, décidée après que la SNRH ait présenté, pour la cinquième année consécutive, un bilan financier négatif. Placée sous la tutelle de la justice, avec la nomination d'un administrateur judiciaire, ses jours étaient dès lors comptés. Car, si au Havre le management de la compagnie faisait tout pour poursuivre l'activité, l'envie n'y était plus au niveau de la maison mère. Confronté à un déficit cumulé de 20 millions d'euros pour sa filiale française, Kotug n'a eu d'autre choix que de baisser pavillon, ces pertes ayant des répercussions sur l'ensemble du groupe. Sous la pression des banques notamment, la compagnie néerlandaise a donc choisi ne pas poursuivre la location des coques affectées au Havre, décision sonnant le glas de la SNRH, dont l'assise financière n'était pas suffisante pour trouver des remorqueurs de remplacement.

 Le départ des coques de la SNRH  (© : LAURE DOCHLER)
Le départ des coques de la SNRH (© : LAURE DOCHLER)

Une « victoire » pour les uns, un « gâchis » pour les autres

La fin de la société met un terme à un conflit de plus de 10 ans entre les opérateurs historiques du remorquage dans les ports français, les syndicats, l'administration et le groupe néerlandais, qui a tenté de briser ce que certains considéraient comme un monopole. Pendant ces années, la bataille a été très rude et sans merci autour de la convention collective, dont Kotug faisait une interprétation différente de celle des syndicats. Quant à l'administration, sa position est demeurée très délicate face à une puissante levée de boucliers et, il faut bien le reconnaitre, des menaces de blocages pouvant avoir de graves conséquences sur l'activité du port de Havre et les dizaines de milliers d'emplois qui en dépendent. Cet été, au terme d'une longue guerre de tranchées juridique sur les horaires de travail et les temps de repos, le Conseil d'Etat avait rendu un avis défavorable à la SNRH, à laquelle le tribunal administratif de Rouen avait initialement donné raison. La défaite subie devant la plus haute juridiction administrative de l'Etat avait imposé une importante réorganisation de la société et l'abandon du sixième remorqueur affecté au Havre. Et c'est peut être là que Kotug a définitivement choisi de se replier.
Cette affaire extrêmement complexe trouve en tous cas son épilogue et, si certains parlent de « victoire », d'autres ressentent un sentiment de « gâchis ». Car, indépendamment des arguments des uns et des autres, l'arrêt de la SNRH se solde par une fin quand même malheureuse puisque 80 personnes, dont 70 marins, se retrouvent sur le carreau. A cela il convient d'ajouter les conséquences de la concurrence effrénée entre la filiale de Kotug et Boluda. Certes, le groupe espagnol l'a emporté sur la SNRH, mais cette victoire du repreneur des Abeilles a été acquise au prix fort : 40 millions d'euros de pertes et 37 postes supprimés...

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