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SNSM : La flotte du futur se dessine

Lancé il y a trois ans, le projet « Flotte du futur » de la Société Nationale de Sauvetage en Mer, qui vise à développer un outil nautique plus performant et moins coûteux à l’occasion du remplacement des actuels moyens de l’association, arrive dans une phase cruciale. « La flotte que nous avons aujourd’hui a été créée il y a 30 ans pour les canots tous temps et il y a une bonne vingtaine d’années pour la plupart des vedettes. Nous avons donc un besoin de renouvellement extrêmement important dans les années qui viennent, avec des contraintes budgétaires très fortes. C’est pourquoi nous avons décidé de réexaminer complètement les projets de remplacement afin de répondre au juste besoin des sauveteurs. Nous avons beaucoup avancé sur la définition de cette flotte du futur, pour laquelle nous avons sélectionné différents architectes chargés de concevoir ce que seront nos bateaux, des unités côtières aux unités hauturières », explique Xavier de la Gorce, président de la SNSM. « Nous avons besoin d’une flotte plus homogène, afin de réaliser des économies d’échelle, simplifier l’entretien et faciliter la formation des sauveteurs. Nos futurs moyens doivent également tenir compte de l’évolution des missions, avec des bateaux adaptés à la réalité des besoins locaux », ajoute Jean-Christophe Noureau, directeur technique de la SNSM.

Evolution des missions

Car le profil des missions a souvent évolué ces dernières années, avec par exemple, dans certains secteurs, un développement très net du secours aux plaisanciers dans des zones proches du littoral, et moins de sauvetages hauturiers au profit notamment des pêcheurs. Certaines stations sont très impliquées dans la surveillance des plans d’eau dans le cadre de grands évènements, d’autres réalisent de très nombreux remorquages… L’étude des interventions réalisées par chaque station permet de déterminer quelles sont, aujourd’hui, les capacités les mieux à même de répondre aux besoins. Avec in fine des orientations sur les futurs bateaux. « Nous avons choisi de conserver toutes nos stations afin de garder un maillage efficace, qui passe par une parfaite connaissance de chaque zone et de ses spécificités par les sauveteurs. Mais nous devons adapter notre dispositif en déterminant les enjeux qui seront les nôtres dans les 20 ans qui viennent et en tenant compte de l’évolution des missions. Le développement de la plaisance, qui concerne 80% de nos interventions et voit les sauveteurs intervenir près des côtes, est un fait indéniable. Mais il faut aussi que nous gardions une allonge et une puissance permettant d’aller chercher des pêcheurs au-delà des 10 à 20 nautiques », estime Xavier de la Gorce.

Trois cabinets d’architectes sélectionnés

Sur la base de ces réflexions, trois cabinets d’architecture navale, sur six initialement mis en compétition, ont été retenus pour présenter les esquisses de ce que pourraient être les futurs moyens de sauvetage de la SNSM. « A partir des besoins fonctionnels que nous avons exprimés, les architectes ont pour mission de trouver des solutions pour tous les types de bateaux que nous utilisons, des plus petits aux plus grands. Il s’agit de réfléchir aux capacités, aux performances, aux matériaux employables, aux problématiques liées à la réalisation etc. Un groupe de travail de la SNSM accompagne ces travaux. Il compte une quinzaine de membres, qui viennent non seulement du siège, mais aussi des stations, avec notamment des patrons et des formateurs », précise Jean-Christophe Noureau.

A l’issue d’une étude de deux mois, les architectes ont rendu la semaine dernière les ébauches de leurs travaux. « Les résultats sont intéressants, avec des solutions originales. Ils ont fait preuve de beaucoup d’ouverture et ont vraiment cherché à comprendre nos besoins en allant dans plusieurs stations, en embarquant avec les sauveteurs et même en étudiant ce qui se faisait dans le domaine du sauvetage à l’étranger, notamment aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ».

Des catégories de bateaux moins nombreuses

Du semi-rigide au successeur du canot tous temps, différentes propositions ont donc été mises sur la table, avec une réduction sensible du nombre de modèles. « A l’issue d’une analyse fonctionnelle en interne, nous avions estimé que la flotte pouvait se répartir en 7 catégories de bateaux, mais les architectes pensent qu’il est possible d’aller encore plus loin et de réduire à seulement 3 ou 4 le nombre de modèles afin d’obtenir une meilleure optimisation industrielle et diminuer les coûts, tout en disposant de bateaux répondant aux besoins ».

La future flotte de la SNSM comprendrait un à deux modèles de navires de sauvetage hauturiers (NSH), comprenant la catégorie des actuels canots tous temps, ainsi que deux à trois bateaux constituant la flotte des navires de sauvetage côtiers (NSC), allant des semi-rigides de 6 mètres aux vedettes de 15 mètres.

Première commande espérée en 2018

Les propositions présentées par les trois architectes sont maintenant à l’étude. « Nous retiendrons un ou peut-être deux architectes car cela présente l’avantage de maintenir une confrontation d’idées et une certaine compétition. Parmi tous les modèles en projet, nous commencerons sans doute par le plus gros, car c’est là que le besoin est le plus urgent ». L’objectif est de conduire les études d’avant-projet du NSH début 2018 et de passer la première commande à la fin de cette même année. « L’idée est de réceptionner le premier bateau à l’automne 2019, de le tester et de le livrer en station début 2020 ».

40 canots tous temps à remplacer

L'une des grandes priorités de la SNSM est de pourvoir au renouvellement de 40 canots tous temps, ses plus gros bateaux, mis en service entre 1985 et 1996. La succession de trois unités est déjà assurée avec une première série de CTT NG de 19 mètres, dont les deux premiers ont mis en service en 2016, l’Yves et François Olivaux à la station de l’île de Sein et le Canotier Jacques Joly à celle des Sables d’Olonne. En construction au chantier Sibiril Technologies de Carantec (Finistère), le troisième bateau, qui sera baptisé Amiral Leenhardt (ancien chef d’état-major de la marine et président de la SNSM décédé en 2011), sera livré en octobre prochain.

Impossible de tout renouveler avec des CTT NG

Adoptant un design Pantocarène, ces CTT NG, dont deux autres devraient être commandés d'ici 2018, sont de magnifiques bateaux, extrêmement robustes et performants, capables d’intervenir dans les conditions les plus dures. Mais ils sont également très chers pour les moyens financiers réduits de la SNSM : A 1.3 million d’euros pièce, l’association sera clairement incapable de renouveler par de tels moyens l’ensemble des 37 canots tous temps qu’elle doit en théorie remplacer dans la décennie qui vient.

Il faut donc trouver des solutions alternatives. La première sera sans doute de prolonger une partie de flotte au-delà de 30 ans. « Les canots tous temps sont des bateaux extrêmement bien construits et robustes. Certains, plus récents ou dont le potentiel a été moins consommé, pourront être rénovés et prolongés à 35 ou 40 ans, ce qui n’est pas incohérent avec ce que l’on voit à l’étranger. Les Anglais vont notamment emmener certains de leurs canots jusqu’à 50 ans ».

Le NSH, un bateau complémentaire et moins coûteux

Quant à ceux qui ne pourront jouer les prolongations, il y aura des choix à faire, sachant que l’étude de l’évolution des interventions démontre que la présence d’un canot tous temps n’est plus forcément nécessaire dans toutes les stations qui en sont aujourd’hui équipées. D’où le travail mené par la SNSM et les architectes sur le NSH, avec la possibilité de développer en parallèle du CTT NG un modèle de canot complémentaire, très performant mais un peu moins grand et surtout moins coûteux. « Nous voulons concevoir un nouveau navire hauturier qui réponde aux besoins et permette aux sauveteurs de réaliser leurs missions en toute sécurité, ce qui est notre première priorité, tout en réduisant les coûts ». Grâce aux évolutions technologiques et aux carènes optimisées, il est par exemple possible de réaliser aujourd’hui des bateaux un peu plus petits offrant des performances nautiques similaires. « Certaines lois de la physiques ne peuvent être contournées et il est évident qu’un bateau de 20 mètres passe mieux la mer que s’il ne mesure que 14 mètres. Toutefois, on a constaté que l’on pouvait obtenir des capacités intéressantes sur des modèles un peu moins longs mais plus lourds ».

Challenge technique et humain

A partir d’une base commune, il pourra ensuite y avoir certaines différences car la standardisation a aussi ses limites. « Nous devons tenir compte de nombreux critères, avec des spécificités locales, sachant que la SNSM compte 218 stations en France métropolitaine et Outre-mer. Il faut donc se poser les bonnes questions. Sur la motorisation, par exemple, est-ce qu’il est plus important d’avoir les mêmes machines sur tous les bateaux pour faire des économies d’échelle, ou de veiller à ce qu’un représentant du motoriste se trouve à proximité du port et puisse intervenir rapidement en cas de problème ? Cela peut constituer un critère d’appréciation et l’équation n’est pas forcément simple ».

La définition du nouveau NSH constitue donc un beau challenge sur le plan technique, mais ce sera aussi un défi sur le plan humain. Les stations dotées de canots tous temps sont en effet extrêmement attachées à ce moyen et il faudra convaincre les sauveteurs, dans certains endroits, que l’avenir ne passera pas forcément par un CTT NG. Au siège de la SNSM, on fait néanmoins confiance au bon sens des sauveteurs et à leur esprit de responsabilité. L’association n’aura de toute façon financièrement pas le choix.

Nouvelles vedettes

En plus des NSH, la SNSM doit également prévoir le remplacement progressif de ses vedettes de première classe (+ de 12 mètres) et de seconde classe (- de 12 mètres). Les V1 sont au nombre de 35, dont 23 très récentes ayant moins de 10 ans. Bien plus nombreuses, les V2, soit une flotte assez disparate d’environ 90 unités, sont en revanche globalement plus âgées, certaines ayant dépassé le cap des 35 ans. En attendant que les nouveaux NSC voient le jour, le renouvellement des V1 et des V2 se poursuit en fonction des besoins de renouvellement des stations. En plus des CTT NG, Sibiril a ainsi achevé en 2015 et 2016 deux vedettes de 11.95 mètres en composite conçues par Bureau Mauric et destinées aux stations de Talmont-Saint-Hilaire (Vendée) et Trebeurden-Ile Grande (Côtes d’Armor). Le chantier Socarenam d’Etaples a quant à lui livré l’an dernier à la station de Gravelines (Nord) une vedette de 11.4 mètres en aluminium dessinée par Pierre Delion, alors qu’Alumarine réalisera pour 2018 une unité de 11.6 mètres sur plans Géronimo Naval Design pour la station de Port-Blanc (Morbihan). Chantiers Bernard, à Locmiquélic, a quant à lui de livré début mai la nouvelle V1 de Saint-Florent (Corse), une unité en composite de 14 mètres adoptant un design Pantocarène qui sera suivie d’ici 2018 par un sistership destiné à Bandol (Var) et une version de 16 mètres pour Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

 

 

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Si l’objectif de la SNSM est à terme d’homogénéiser sa flotte, en ce qui concerne les vedettes, différents modèles restent donc pour l’heure commandés. « Même si nous souhaitons tendre vers une standardisation, en attendant les résultats de l’étude sur les futurs navires de sauvetage côtiers, nous continuons de travailler avec différents chantiers et architectes afin de répondre aux besoins de renouvellement qui doivent être assurés dès à présent et pour lesquels nous avons un plan d’investissement. Il est aussi intéressant ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Dans cette perspective, la SNSM va lancer prochainement un nouveau marché pour 10 V2, soit identiques, soit constituées de différentes variantes.

Réforme de la maintenance

La volonté de standardiser autant que possible les bateaux et certains équipements se double également d’une remise à plat de la politique de maintenance, destinée elle aussi à optimiser les interventions techniques et les coûts liés à l’entretien et la réparation de la flotte. Dans cette perspective, alors qu’un nouveau Pôle de Soutien de la Flotte (PSF) est en construction à Saint-Malo, où il remplacera en fin d’année l’actuel Centre d’Entretien et de Réparation de l’Ouest (CERO), 20 stations ont été équipées, sur la base du volontariat, d’un système de gestion de la maintenance assistée par ordinateur (GMAO). « Il s’agit de mettre en place une supervision de la maintenance via un outil numérique. Chaque station intègre, dans ce logiciel, différentes informations, comme les opérations de maintenance réalisées, le temps de fonctionnement des moteurs, les conditions d’emploi… L’objectif est de disposer d’une situation à jour et de données que nous pouvons exploiter pour améliorer la maintenance, avec dans l’idée de faire plus de préventif et moins de curatif ». Une stratégie facilitée par les évolutions techniques dont bénéficient les bateaux de nouvelle génération, équipés de capteurs fournissant des rapports d’utilisation et des alertes en cas de défaillance, d’anomalie ou encore d’intervention à prévoir. Alors que toutes les stations de la SNSM devraient être équipées fin 2018, au plus tard au printemps 2019, de la GMAO, l’association vient également de décider de nommer dans chaque site un sauveteur « référent » pour les questions techniques et logistiques. C’est lui qui sera en charge de gérer cette partie de la vie de la station et sera l’utilisateur en titre du logiciel de maintenance.

 

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