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SNSM : Où en est le projet de nouvelle flotte ?

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La Société Nationale de Sauvetage en Mer souhaite remettre complètement à plat sa politique d’acquisition de moyens nautiques. Canots tous temps, vedettes, semi-rigides, pneumatiques… A compter de 2019, l’ensemble de ces bateaux et embarcations doivent faire l’objet d’un contrat cadre confié à un maître d’œuvre unique. « Historiquement, nous commandons nos navires au coup par coup et à différents chantiers. Au final, nous disposons aujourd’hui d’une flotte très hétérogène avec pas moins d’une vingtaine de modèles rien que pour les vedettes et canots tous temps. Depuis la fin 2014, nous avons mené une réflexion globale sur la cohérence du réseau de sauvetage et le renouvellement des moyens, avec l’objectif de réduire les coûts de possession et améliorer la sécurité de sauveteurs comme des personnes secourues. Cela a débouché sur le besoin d’une nouvelle flotte optimisée grâce à un nombre réduit de modèles, une standardisation des matériels à bord des différents bateaux, une maintenance plus aisée, des stocks de pièces de rechange communs et une formation plus facile et efficace des sauveteurs, notamment dans les stations où il y a plusieurs types de bateaux », explique-t-on au siège de la SNSM.

Une gamme répartie en six nouveaux types de bateaux

En 2017, des études préliminaires sur les besoins fonctionnels et la structuration de la future flotte ont été conduites par l’association, qui a travaillé avec l’architecte Frédéric Neuman. Il en a résulté le choix de répartir la future flotte en une gamme composée de  seulement six types de bateaux, répartis en deux catégories. La première comprend deux modèles conçus pour les interventions au large. Il s’agit des Navires de Sauvetage hauturiers de première classe (NSH 1) d’environ 17 mètres et de seconde classe (NSH 2) autour de 14 mètres. Regroupées dans la même catégorie, les quatre autres embarcations sont dédiées aux opérations proches du littoral, avec un seul modèle de vedette, le Navire de Sauvetage Côtier de première classe (NSC 1), qui mesurera moins de 12 mètres. S’y ajoutent trois types de semi-rigides et embarcations pneumatiques (NSC 1, NSC 2, NSC 3). « Nous passons à la notion de gamme. L’ensemble permet d’assurer toutes nos missions et répondre aux besoins en interventions avec une flotte beaucoup plus homogène et efficiente, y compris sur le plan opérationnel ».

Financer la construction de 70 unités en 10 ans

Les besoins sont aujourd’hui estimés autour de 20 NSH et 50 NSC sur une période de 10 ans et pour un montant évalué entre 40 et 50 millions d’euros. Seul problème, la SNSM est une association. Elle ne peut donc pas emprunter et doit composer avec un financement aléatoire. Son budget, d’environ 30 millions d’euros par an, est en effet abondé à environ 80% par des dons privés, dont le montant évolue par définition d’une année sur l’autre. Quant au financement des bateaux, il n’est assuré que partiellement par le siège. Le gros des sommes nécessaires est récolté au travers d’actions conduites par les stations (ventes de produits dérivés, dons, parfois des legs) et complété en bonne partie par des subventions provenant des collectivités locales. Or, ce système est clairement incompatible avec la mise en place d’une politique d’acquisition reposant sur un plan à long terme et des effets de série liés à la standardisation et la construction de nombreuses unités. « L’une des problématiques est bien de répondre à la question du financement de nos nouveaux navires. Aujourd’hui, nous sommes obligés de passer des contrats à l’unité, ce qui fait qu’on ne peut jamais entrer dans un processus de grande série alors que nous avons une flotte importante ».

Maître d’œuvre unique : les petits chantiers sur la touche

D’où l’idée d’une nouvelle stratégie d’acquisition au travers de laquelle la SNSM veut recourir à un maître d’œuvre unique pour l’ensemble de sa future flotte. « Ce maître d’œuvre aura de la visibilité et pourra aller chercher des solutions de financement accessibles aux entreprises et pas à l’association. Il se verra confier un programme basé sur la globalisation des besoins, la définition d’une gamme de nouveaux navires et une planification dans le temps, sur une durée de 10 ans ». Sauf qu’une telle décision conduit de facto à exclure les petits chantiers, qui n’ont pas les reins assez solides pour concourir, ce qui a provoqué de vives critiques chez certains acteurs ces derniers mois. En effet, le lauréat du contrat devra prendre un certain nombre de risques, notamment sur le plan financier. Car, du fait de la nature du financement de la SNSM, il n’est pas garanti que l’argent arrive à l’heure selon le planning de construction établi. L’industriel sera donc probablement amené, certaines années, à avancer de l’argent en attendant que l’association puisse payer les sommes dues. « Il faudra une certaine flexibilité dans les commandes et trouver des solutions contractuelles », reconnait-on à la SNSM, où l’on avoue que pour assurer un tel contrat, il faut logiquement un partenaire ayant « une certaine envergure ».

Une procédure de dialogue compétitif jusqu’en avril 2019

Le manque de visibilité financière de l’association explique d’ailleurs qu’elle n’a pas opté pour un appel d’offres, mais pour une procédure de dialogue compétitif. « Nous échangeons avec les maîtres d’œuvre potentiels avec comme idée de mettre au point un contrat le plus équilibré possible, sachant que nous ne sommes pas dans une logique de pressurer le futur maître d’œuvre ».

Le processus été lancé le 26 avril dernier avec un appel à candidatures auprès des industriels. Une dizaine d’acteurs français et étrangers ont répondu. Mi-juillet, Xavier de la Gorce, président de la SNSM, a décidé d’en retenir trois au sein d’une short list. Ces finalistes sont en train de remettre une proposition initiale, qui va faire l’objet de discussions permettant aux industriels de remettre dans un second temps une proposition intermédiaire. Puis, à l’issue de nouvelles négociations et probables compromis de part et d’autre, les candidats remettront une offre finale. « Le dialogue compétitif a débuté en septembre et va durer jusqu’en avril. Notre objectif est de notifier le contrat mi-2019 en vue d’une livraison des premiers bateaux en 2020 ».

L’un des trois finalistes jette déjà l’éponge

L’association n’a pas souhaité dévoiler les noms des trois finalistes mais, selon nos informations, ont été retenus cet été les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) à Cherbourg, le girondin Couach de Gujan-Mestras et le groupe Grand Large, qui compte plusieurs chantiers, dont Alumarine près de Nantes. Toujours selon nos informations, l’un d’eux vient de jeter l’éponge, en l’occurrence CMN, qui a confirmé hier à Mer et Marine son retrait de la compétition. Ne reste donc plus que deux acteurs en course, chacun s’étant associé à un architecte : Couach travaille avec Frédéric Neuman et Grand Large avec Pierre Delion.

« Un projet très complexe »

Le retrait de CMN n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour la SNSM, qui du fait d’une concurrence moindre, risque évidemment de voir ses marges de manœuvres se réduire dans les phases de négociations qui s’annoncent. Or, les discussions vont être compliquées compte tenu des aspects financiers, techniques et industriels de cette affaire. « C’est un projet très complexe sur de nombreux points, il y a beaucoup de risques », confie une source proche du dossier, qui estime comme d’autres que l’aboutissement de la procédure n’est pas garantie.

Si le lauréat aura, contrairement à l’association, la possibilité d’accéder à des montages financiers plus intéressants, il devra assurer le management, pas forcément évident, d’un projet à plusieurs étages, tout en composant avec la fluctuation des moyens budgétaires et besoins de la SNSM. Il lui faudra aussi établir le montage industriel, qui peut inclure d’autres chantiers. Ne serait-ce que pour les semi-rigides et pneumatiques, Couach et Grand Large ne produisent pas ce type d’embarcations. Ce qui implique de sous-traiter leur réalisation, et donc de renchérir presqu’immanquablement le coût du fait de la présence d’un intermédiaire supplémentaire. Si la logique de globalisation de la SNSM est intelligente, regrouper en un même contrat des bateaux aussi divers, allant du canot tous temps aux pneumatiques, en a d’ailleurs surpris plus d’un. A la question de savoir pourquoi les semi-rigides et pneumatiques n’avaient pas fait l’objet un marché séparé, on répond au siège de l’association par « la logique de gamme (qui) implique une cohérence globale inter-modèles ».

Des bateaux standardisés mais avec des options de personnalisation

Bien que les différentes composantes de la gamme doivent être standardisées, la SNSM souhaite néanmoins que chaque bateau puisse être équipé de modules avec des options de personnalisation. Cela, afin de répondre au plus près aux besoins opérationnels de chaque station. « Nous prenons en compte dans la conception en amont tout un panel d’options de personnalisation au sein desquelles les stations doivent trouver leur compte. Cela évitera des options subies comme c’est le cas aujourd’hui, tout en garantissant la qualité et les performances intrinsèques des bateaux, notamment en termes de sécurité ». De même, comme il s’agit d’un programme à long terme, l’industriel retenu pourra au fil du temps intégrer des évolutions techniques. « Nous ne sommes pas dans un cadre figé, il y aura des points de rendez-vous réguliers et si des innovations technologiques voient le jour, nous regarderons comment les intégrer dans le temps ».

Réduction du coût de possession

Les attentes de l’association sur le plan économique sont en tous cas fortes. Non seulement sur les prix d’acquisition, où la direction souhaite par exemple que le budget alloué aux canots tous temps (1.3 million pièce aujourd’hui pour les CTT NG) baisse d’environ 200.000 euros, mais aussi sur la maintenance. « Ce qui est essentiel pour nous, c’est le coût global de possession. Si un navire est moins cher à l’achat mais que la maintenance est plus lourde et coûteuse, nous serons perdants. Ce qu’il faut optimiser, c’est bien le coût global sur toute la durée de vie des futurs navires, que nous envisageons d’ailleurs de faire passer de 30 à 40 ans ».  

Troisième pilier d’une réorganisation globale

On rappelle enfin à la SNSM que le projet de flotte du futur est l’un des grands piliers du plan d’adaptation de l’association, qui vise à rationaliser son fonctionnement. Cela a commencé par la réorganisation du réseau de sauvetage, avec une répartition des stations en trois grandes catégories : des stations hauturières, côtières et de bord de mer. La maintenance est en train de suivre, avec le nouveau Pôle de Soutien de la Flotte, inauguré en avril dernier, ainsi que le déploiement de la maintenance assistée par ordinateur. Les futurs navires viendront compléter cette transformation.

Deux CTT NG et quatre V2 encore à livrer d’ici 2020

En attendant que ce projet aboutisse, la SNSM doit encore toucher quelques bateaux neufs issus de précédents contrats. Pour les canots tous temps, le quatrième des cinq CTT NG doit être livré en 2019 par Sibiril Technologies à la station de Saint-Tropez. Le chantier de Carantec (Finistère)  doit ensuite attaquer le dernier bateau de cette série, qui sera mis en service à partir de 2020. Pour ce qui est des vedettes de première classe, le dernier projet pré-flotte du futur est désormais terminé, avec l’achèvement récent de la série des V1 NG produites par le chantier morbihannais Bernard pour les stations de Saint-Florent, Bandol et Nouméa. Enfin, pour ce qui est des vedettes de deuxième classe, il en reste quatre à construire, soit deux chez Sibiril et deux autres au chantier Gatto de Martigues. Elles devraient être opérationnelles entre 2019 et 2020. Parallèlement, la SNSM continue de commander, au gré de ses besoins, des embarcations pneumatiques.

Pour mémoire, la SNSM s’appuie sur 8000 bénévoles (dont 3350 sauveteurs embarqués et près de 3000 nageurs sauveteurs) et 218 stations, dont 187 permanentes. L’association  compte 700 embarcations, du CTT au pneumatique de plage, en passant par des jet-skis. S’y ajoutent des centres de formation et de maintenance, dont le PSF mais aussi son antenne à Palavas.

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