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SNSM: Yannick Delval, le sauvetage pour ADN

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SNSM: Yannick Delval, le sauvetage pour ADN

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Comme bon nombre des 8000 bénévoles français de la SNSM, Yannick Delval, le président de la station d’Étel, dans le Morbihan, a participé samedi au Mille SNSM. La journée nationale de collecte au profit des sauveteurs en mer a, cette année, un goût particulier.

Sur l’agenda de Yannick Delval, inutile de chercher les moments libres : ils ne sont pas légion. L’arrivée des vacances scolaires devrait l’alléger un peu. Le président de la SNSM d’Étel, 54 ans, vient de poser une de ses casquettes, celle d’enseignant au lycée maritime de la ville. Il lui en reste cependant un bon paquet. Non seulement ce père de quatre enfants, jeune grand-père de trois petits-enfants, ancien marin pêcheur, enseigne la navigation, préside la SNSM tout en restant patron du canot de sauvetage, mais il est aussi sapeur-pompier volontaire. Le sens du sauvetage, chez lui, coule dans les veines. Et à Étel, ce n’est pas peu dire.

Le drame de 1958 toujours dans les esprits

 

« Forcément, quand on a appris ce qu’il s’est passé aux Sables-d’Olonne, cela nous a tout de suite rappelé le drame d’ici, sur la barre… ». En octobre 1958, lorsque neuf personnes, dont quatre sauveteurs de la SNSM ont péri, Yannick n’était pas né. Mais l’épisode est solidement et durablement ancré dans les mémoires ételloises. « Je touche du bois, je n’ai jamais eu de sauvetage qui a mal fini, remarque Yannick. Certaines fois, en rentrant d’une opération, on débriefe entre nous, et on se dit bon sang, mais qu’est-ce qu’il se serait passé si on n’avait pas été là… ? ».

 

Yannick, on le sent, est fier de cette équipe, qui fédère des marins aguerris ou plus jeunes (la benjamine a 20 ans), des pêcheurs, des marins d’État ou au commerce, et même un navigateur. Dans l’équipe, il y a aussi une infirmière, un sémaphoriste, un mécano… « J’ai confiance en mon équipage, ils savent ce qu’ils font, même dans des moments de stress ».

L’an dernier, Yannick et les 23 bénévoles de la station (une vingt-quatrième est chargée de la trésorerie) ont appareillé 91 fois, dont 25 pour des sauvetages. Ici, pas de tableau d’astreinte, mais une application sur smartphone, sur laquelle ils indiquent leur disponibilité. Si le Cross appelle pour une intervention, ils ont un quart d’heure pour rappliquer sur le Nohic, le canot de la station, baptisé du nom d’une petite île de la ria d’Étel. « On part à quatre ou cinq, minimum… »

 

SNSM. Yannick Delval, le sauvetage pour...
(Photo François Destoc)

 

Sauvetage, remorquage et… dispersion des cendres

 

Si les sauvetages de plaisanciers ou kitesurfeurs en détresse sont des missions de la SNSM connues du grand public (« Au moins en Bretagne ! »), d’autres le sont nettement moins. « Nous participons à tout un tas d’activités de service, comme le guidage pour les gros bateaux ou les régates, puisque passer la barre d’Étel peut être délicat parfois ». Plus étonnant, aussi, c’est à la SNSM que l’on doit s’adresse pour disperser les cendres d’un défunt en mer. « On en fait quinze ou vingt dans l’année, détaille Yannick avec émotion. On organise une cérémonie, les familles lisent des textes, écoutent de la musique, jettent des fleurs à l’eau… On sonne la corne de brume et on leur donne une petite carte, avec le point précis où les cendres ont été dispersées… ».

 

Si le sauvetage des personnes est gratuit, le remorquage est, lui, payant (souvent pris en charge par les assurances), et la dispersion des cendres aussi (260 €). « Pour faire tourner la boutique, on a besoin de 2 000 € par mois, entre l’entretien du bateau, l’équipement, la formation… », compte Yannick. « L’an dernier, le carénage du canot a coûté 25 000 €. Et encore, on a de la chance, le Nohic date de 2012. En Bretagne, la moitié de la flotte est à changer ». Depuis qu’il a pris la présidence, il y a deux ans, Yannick a demandé que les points de collecte soient multipliés : « Les commerçants jouent le jeu ! L’an dernier, les tirelires en forme de canot nous ont rapporté 5 400 €… Il y a un garagiste qui ne fait pas payer le gonflage des pneus, mais qui invite à donner pour nous à la place ! ».

« L’État doit assumer son rôle régalien »

 

L’idée de faire payer une taxe aux plaisanciers, en revanche, ne lui plaît pas. « On ne règle pas les problèmes en ajoutant des taxes. L’État doit assumer son rôle régalien : après la zone des 300 mètres, il n’y a pas d’alternative, c’est nous qui y allons. Alors pourquoi, plutôt, ne pas affecter une partie de la TVA des équipements nautiques, par exemple ? Comme ça, même celui qui achète une bouée canard aide à sa façon ! ». En attendant que le financement de la SNSM soit, peut-être, revu et amendé, Yannick le sait bien : c’est la générosité de chacun qui lui permet, ainsi qu’à son équipe, d’être le dernier rempart par gros temps.

 

Un article de la rédaction du Télégramme

 

Sauvetage et services maritimes