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Socarenam : Militaire, pêche et GNL

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Défense

Implanté à Boulogne-sur-Mer, Etaples, Calais et Saint-Malo, Socarenam bénéficie actuellement d’un beau plan de charge, en particulier en matière de bateaux gris et d’unités destinées aux pêcheurs. « Nous avons une activité solide à la pêche, où le carnet de commandes est bien rempli dans le cadre du renouvellement de la flotte. Mais nous avons aussi une bonne emprunte militaire et nous souhaitons d’ailleurs nous développer sur ce segment, que ce soit au niveau du marché national ou de l’export, ce qui explique d'ailleurs notre présence à Euronaval. Tous les bateaux que nous développons ont pour but de pouvoir être exportés, même s’il faut parfois adapter les plateformes pour répondre à des besoins spécifiques. Nous visons notamment le marché des patrouilleurs et des vedettes, ainsi que la guerre des mines. C’est un secteur qui est pour nous stratégique car il représente désormais une bonne partie de notre activité, de l’ordre de 50% de notre chiffre d’affaires généralement et cela peut atteindre 60% certaines années », explique Matthieu Gobert. Ce dernier rappelle que Socarenam travaille avec différents architectes : « Nous restons assez ouverts sur les designs. Avec Mauric nous avons développé des vedettes et patrouilleurs de 20 à 60 mètres, et en dessous de 20 mètres nous travaillons avec Delion. Nous avons aussi noué un partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique pour la conception d’un bâtiment de guerre des mines destiné à mettre en œuvre des drones ».  Un modèle proposé à la Belgique, qui pilote un projet binational avec les Pays-Bas et à laquelle Socarenam a déjà livré, en 2015, deux patrouilleurs de 53 mètres, les Castor et Pollux.

 

Le patrouilleur belge Castor (© CMB)

Le patrouilleur belge Castor (© CMB)

 

Fin du programme des 21 VLI de la Marine nationale

Dans le domaine des bateaux gris, le constructeur achève actuellement le programme des 21 vedettes de liaison (VLI). Ces bateaux en aluminium de 15.9 mètres de long, conçus par le bureau d’architecture Pierre Delion et réalisés par le chantier Socarenam Côte d’Opale d’Etaples, sont destinés au transport de personnel entre les bases navales et les navires au mouillage. A la fin de l’été, 17 VLI avaient été livrées, les dernières allant être réceptionnées par la marine dans les prochaines semaines.

 

VLI à Boulogne mi-octobre (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

VLI à Boulogne mi-octobre (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 

La coque du troisième PLG attendue à Boulogne en novembre

Socarenam est par ailleurs engagé dans la construction du troisième patrouilleur léger guyanais (PLG), un bateau à coque acier et superstructure en aluminium dont le design a été conçu avec Mauric. Identique à La Confiance et La Résolue, mises en service en 2017 et basées à Dégrad-des-Cannes, La Combattante sera stationnée à Fort-de-France. Option au contrat initial des deux premiers PLG, sa commande a été décidée fin 2017 afin de renforcer les moyens navals aux Antilles suite au passage de l’ouragan Irma. Longue de 60.8 mètres pour une largeur de 9.5 mètres, la coque du patrouilleur, produite par Socarenam dans son chantier de Saint-Malo, devrait rejoindre en novembre le site de Boulogne, où elle sera armée. Sa livraison en métropole est prévue en juin 2019 et son arrivée en Martinique entre la fin de l'été et le début de l'automne.

 

Le PLG La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le PLG La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Vedettes pour la marine, la gendarmerie et la douane

A Calais, deux autres unités destinées à la Marine nationale et la Gendarmerie maritime vont voir le jour : une vedette d’entrainement à l’hélitreuillage (VEH) et une vedette de surveillance maritime et portuaire (VSMP). Conçus par Pierre Delion, ces bateaux de 15 mètres en aluminium, qui seront respectivement basés à Toulon et Saint-Nazaire, sont livrables en 2019.

 

Vue des futures VSMP et VEH (© PIERRE DELION ARCHITECTURE)

Vue des futures VSMP et VEH (© PIERRE DELION ARCHITECTURE)

 

D’ici là, Socarenam aura terminé la quatrième et dernière vedette garde-côte de 28 mètres commandée par la Douane française. Destinée à Marseille, elle est en achèvement à Boulogne et sera opérationnelle en fin d’année.

 

La quatrième VGC de 28 mètres destinée à la douane en peinture (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

La quatrième VGC de 28 mètres destinée à la douane en peinture (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

L'une des trois VGC 28 déjà livrées aux douaniers par Socarenam (© DOUANE FRANCAISE)

L'une des trois VGC 28 déjà livrées aux douaniers par Socarenam (© DOUANE FRANCAISE)

 

Un second bateau-pompe pour les marins pompiers

Le chantier a par ailleurs mis à l’eau le 19 septembre le bateau-pompe Matelot Louis Colet, sistership du Capitaine de corvette Paul Brutus inauguré au printemps dernier par le bataillon des marins-pompiers de Marseille. Le nouveau navire de 25 mètres doit être livré en décembre au BMPM en vue d’une mise en service début 2019.

 

Le bateau-pompe Matelot Louis Colet en achèvement à flot (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

Le bateau-pompe Matelot Louis Colet en achèvement à flot (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 

En lice pour le marché des nouveaux chalands de débarquement français

Parallèlement, Socarenam travaille sur un certain nombre de projets dans le secteur militaire. Le chantier, en coopération avec CNIM (ils avaient déjà travaillé ensemble sur les EDAR/L-CAT vendus à la Marine nationale et à l’Egypte), est actuellement en compétition sur l’appel d’offres portant sur le remplacement des chalands de transport de matériel (CTM) de la flotte française. Ce marché dont le lauréat devrait être désigné en fin d’année, porte sur une nouvelle batellerie qui comprendra jusqu’à 14 chalands de 30 mètres.

 

CTM et EDAR de la Marine nationale (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

CTM et EDAR de la Marine nationale (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Guerre des mines belgo-néerlandaise : le dossier principal du moment

Mais le sujet majeur du moment, pour le constructeur, est la compétition pour le remplacement des moyens de guerre des mines des marines belges et néerlandaises. Il s’agit de réaliser 12 bateaux-mères de 70 à 80 mètres mettant en œuvre des systèmes de drones. Pour ce projet, Socarenam s’est allié aux Chantiers de l’Atlantique et au chantier belge EDR au travers du consortium Sea Naval Solutions, implanté en Belgique. Dans le cadre de cette alliance, à laquelle s’ajoute Thales pour le système de drones, Saint-Nazaire fournit le design du bateau-mère et du système de mise à l’eau et de récupération des drones, Socarenam assurerait la production des coques et EDR achèverait leur armement à Anvers. Sea Naval Solutions a remis son offre le 2 octobre à la Belgique, qui pilote ce programme et doit choisir le lauréat en fin d’année. Sont également en compétition une autre équipe française, emmenée par Naval Group, et le constructeur néerlandais Damen.

Un programme d’autant plus stratégique qu’il pourrait logiquement trouver un prolongement en France, où quatre bateaux-mères doivent être construits. « Ce projet se prépare et on sait que le consortium qui gagnera en Belgique aura une longueur d’avance pour la France ».

 

Avant projet de bateau-mère pour la guerre des mines (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Avant projet de bateau-mère pour la guerre des mines (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Un autre projet militaire d'importance va par ailleurs voir le jour dans l’Hexagone. Il s’agit de celui des six nouveaux patrouilleurs d’outre-mer (POM). Après les PLG, Socarenam pourrait aussi concourir. Mais la construction des POM pourrait-elle être menée simultanément à celle des bateaux belgo-néerlandais dans le cas où Sea Naval Solutions l’emporte ? « Nous avons les capacités pour nous positionner sur ces deux grands projets. Moyennant une organisation industrielle adaptée, on pourrait mener les deux de front, d’autant qu’EDR doit faire une bonne partie du travail en Belgique. Mais notre priorité est aujourd’hui la guerre des mines. Pour les POM, où l’on s’attend d’ailleurs à une très forte concurrence, nous attendons de voir les détails de l’appel d’offres et le cahier des charges », explique Matthieu Gobert.

Vue de la future drague GNL L'Ostrea (©  MULTI)

Vue de la future drague GNL L'Ostrea (©  MULTI)

 

Construction du premier navire français neuf propulsé au GNL 

Dans le secteur civil, les sites de Socarenam ont aussi du pain sur la planche. Avec en particulier un projet majeur dans le segment porteur des navires dotés d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié. Ainsi, en janvier dernier, une nouvelle unité de 40 mètres de long pour 11 mètres de large, qui mettra en œuvre un système de dragage par injection d’eau (à 2.5 bar), a été commandée. Destinée à remplacer La Maqueline, drague à benne de 49.9 mètres construite à Strasbourg en 1984 et exploitée au profit du port de Bordeaux, L’Ostrea doit être livrée à l’été 2019. La construction de la coque, sous-traitée par Socarenam au chantier Crist de Gdansk, a débuté à la fin de l'été. Elle sera ensuite remorquée à Boulogne pour son achèvement. On notera que L’Ostrea sera le premier navire neuf doté d’une propulsion GNL sortant d'un chantier français. Son design a été élaboré par le bureau d’études de Socarenam, en collaboration sur ce projet avec le cabinet d’ingénierie belge Multi, qui travaille de longue date avec de grands noms du dragage, comme DEME et Jan de Nul. Une première expérience sur laquelle Socarenam compte évidemment capitaliser en vue d'autres projets impliquant une propulsion au GNL. 

Une belle série à venir à la pêche

Comme l’expliquait Matthieu Gobert au début de cet article, l’activité de Socarenam est par ailleurs toujours soutenue à la pêche, l’un de ses cœurs de métier originels. En septembre, le site de Boulogne a livré à l’Armement Cherbourgeois le chalutier de 22.5 mètres Marie Catherine II, sistership du Maribelise, réceptionné en février dernier. Pour la suite, Socarenam va livrer prochainement deux chalutiers de 24.9 mètres pour Port-en-Bessin. Il travaille également sur deux unités de même gabarit destinés à son client historique, l’armement costarmoricain Porcher, et a enregistré la commande d'un senneur polyvalent de 22.5 mètres pour l'Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV).

 

(© SOCARENAM)

(© SOCARENAM)

 

Relance de la navale à Etaples et Saint-Malo

Pour mener à bien l’ensemble de ces contrats, Socarenam s’appuie sur le développement de ses différents sites. Celui d’Etaples, installé dans l’ancienne forge Caloin, a été inauguré en 2015, permettant de relancer la navale dans cette ville, dont le chantier avait cessé son activité en 1993. Socarenam Côte d’Opale se veut comme complémentaire de Boulogne, en se concentrant sur des coques plus petites, typiquement de 10 à 20 mètres.

 

Le chantier d'Etaples (© SOCARENAM)

Le chantier d'Etaples (© SOCARENAM)

Le site Etaples (© SOCARENAM)

Le site Etaples (© SOCARENAM)

 

Le site de Calais, qui était au départ plutôt dédié à l’entretien, avant de se tourner vers la production de bateaux de pêche en acier puis de travailler sur des contrats à l’offshore, est lui aussi développé pour oeuvrer dans le domaine des vedettes, avec ce premier projet de la VEH et de la VSMP. Et puis il y a bien sûr le superbe chantier de Saint-Malo, que Socarenam a repris en 2009 et autour duquel le groupe boulonnais reconstruit patiemment tout l’écosystème nécessaire à la réalisation de navires complets. « Saint-Malo tourne bien et a produit des coques qui sont armées à Boulogne. Mais le chantier commence aussi à construire intégralement des bateaux, comme les chalands pontés livrés à la marine en 2017/2018 et un premier chalutier de 12 mètres en 2017. Nous redéveloppons à cet effet le tissu industriel local, avec notamment des spécialistes de l’armement mécanique et des électriciens. Nous y envoyons des équipes mais c’est aussi le cas de nos sous-traitants. Cegelec à Dieppe a par exemple envoyé des équipes dans la zone. Nous déployons de plus en plus de sous-traitants à Saint-Malo, par exemple dans les domaines de l’isolation, de la sécurité incendie, de la tuyauterie ou de la peinture. L’objectif est d'accroître progressivement l’armement des grandes coques qui y sont produites. C’est le cas par exemple du troisième PLG, dont le niveau d’armement sera supérieur à celui des deux premiers patrouilleurs de la série lorsqu’ils sont arrivés à Boulogne. Et dans le même temps ce renforcement des compétences permet de réaliser intégralement à Saint-Malo de petites unités. Notre philosophie est de monter progressivement en puissance. Aujourd’hui, on peut construire entièrement sur place des bateaux de 15-20 mètres. L’idée est ensuite de passer à des unité de 20 à 25 mètres, par exemple des chalutiers ».

 

Le slipway de Boulogne (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

Le slipway de Boulogne (© MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 

Modernisation de l'outil indusriel à Boulogne

Pour ce qui est de Boulogne, le site va bénéficier de la rénovation du slipway, un outillage appartenant à la région Hauts de France et qui est exploité par la Chambre de Commerce et d’Industrie. Par ailleurs, Socarenam suit évidemment avec attention les discussions entre le Conseil régional et la Communauté d’agglomération de Boulogne autour de la création d’une nouvelle cale sèche, qui pourrait permettre de réaliser localement (ou entretenir) des coques allant jusqu’à 90 mètres, contre 50 mètres actuellement.

Malgré l’accroissement de ses capacités industrielles, Socarenam est tout de même obligé, comme c’est le cas la drague L'Ostrea, de sous-traiter parfois à des chantiers étrangers. « La problématique de la capacité de production est liée aux cycles naturels de la construction navale, avec des pics de charge en fonction des marchés et de la conjoncture. Il faut donc trouver des solutions intelligentes pour avoir le maximum de place disponible entre nos différents sites mais, quand ceux-ci sont saturés, il faut sous-traiter à des prestataires en France ou à l’étranger ».

 

Matthieu Gobert (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Matthieu Gobert (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Notre souci principal, c’est le maintien et le développement des compétences »

Enfin, une question cruciale, intimement liée à celle de la bonne activité, est celle de l’emploi. Le groupe, qui compte désormais 230 salariés, dont une centaine à Boulogne, continue d’étoffer ses effectifs. Mais comme pour d’autres chantiers français, trouver de nouveaux personnels se révèle parfois très compliqué. Les métiers de la navale ont, en effet, été largement délaissés par les jeunes et les besoins des entreprises se heurtent aujourd’hui à une vraie pénurie. « Notre souci principal, c’est le maintien et le développement des compétences. Nous avons besoin de personnel dans de nombreux métiers, en armement, en électricité ou encore en chaudronnerie. C’est un problème majeur que partagent les chantiers français et le fait que le GICAN se saisisse de cette question pour valoriser les métiers de la navale est fondamental. Il faut prendre cela à bras le corps car c’est pour moi le sujet principal de notre industrie. Il nous faut de la main d’œuvre qualifiée et, aujourd’hui, nous n’en trouvons plus localement, tant et si bien que nous sommes obligés de faire appel à de la main d’œuvre détachée, ce qui est quand même dommage ».

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

En attendant des actions au niveau national, notamment celles portées par le GICAN en partenariat avec différents organismes de formation et d’emploi, ainsi que l’Education nationale, le chantier oeuvre par ses propres moyens en local. « Nous avons mis en place des plans internes de formation et de développement des compétences, ainsi que des partenariats locaux, par exemple avec les agences d’intérim mais aussi avec l’AFPI de Boulogne et les lycées professionnels. Nous avons ici une vingtaine d’apprentis à l’année, aux côtés de la centaine de salariés. On forme des techniciens, des chaudronniers, et nous les emmenons jusqu’au BTS avec des perspectives d’embauche à l’arrivée. Nous avons ainsi recruté une trentaine de jeunes en deux ans, ce qui est une bonne manière de préserver les compétences locales ».

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

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