Construction Navale
Socarenam : Un chantier discret mais qui se développe résolument

Reportage

Socarenam : Un chantier discret mais qui se développe résolument

Construction Navale

Au milieu du port de pêche de Boulogne-sur-Mer, le chantier Socarenam construit des bateaux depuis 1969. « Mais l’histoire de la Société Calaisienne de réparation navale et mécanique remonte à 1961, quand l’armement de la Navale Caennaise a décidé de créer un chantier, avec une forme de radoub de 200 mètres, à Calais, pour entretenir sa flotte », rappelle Philippe Gobert, actuel patron du chantier. En 1969, la Socarenam s’implante dans son siège actuel de Boulogne en reprenant l’activité des anciens chantiers Baheux. En 1973, elle ouvre un atelier à Dunkerque, spécialisé dans la mécanique et l’entretien industriel, puis en 1980, elle reprend la menuiserie navale Lefebvre d’Etaples. « Notre implantation dans le Nord s’est faite dans le temps et durablement », explique Philippe Gobert.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

En 1989, la Navale Caennaise doit se séparer de son chantier. « Les salariés ont alors décidé de racheter leur entreprise. Une cinquantaine d’entre eux ont pris part au capital et c’est toujours l’actionnariat actuel. C’est sans doute cette forme originale de gouvernance, d’esprit d’entreprise et d’implication de tous les employés qui font le succès du chantier », sourit le président. Le chantier poursuit son activité de construction de bateaux de pêche, « environ trois par an, pour tous types de pêcherie, de 16 à 40 mètres ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Peut-être un peu plus que tout le monde, dans les années 90, la Socarenam décide de se lancer dans la diversification. « Nous avons commencé à nous intéresser aux contrats de la Direction Générale de l’Armement et nous avons réalisé que notre savoir-faire pouvait être transposé sur la conception de bateaux gris ». Un premier contrat pour les bâtiments d’instruction à la navigation (BIN) Glycine et Eglantine de la Marine nationale est remporté. Il est suivi de celui des bâtiments remorqueurs de sonar Antarès, Altaïr et Aldebaran. « Avoir un client comme la DGA nous a permis d’évoluer en terme de qualité et d’organisation. Il a fallu être à la hauteur de leurs exigences, et l’enseignement que nous en avons tiré nous a permis de remporter d’autres contrats publics par la suite ».

 

Le BIN Glycine (MICHEL FLOCH)

Le BIN Glycine (MICHEL FLOCH)

Le BRS Aldebaran (MICHEL FLOCH)

Le BRS Aldebaran (MICHEL FLOCH)

 

Dans cette série de bateaux gris, un temps fort en 2004, avec la construction du bâtiment de soutien à la plongée Alizé, régulièrement utilisé par les forces spéciales. « Le cahier des  charges était complexe, un véritable challenge technique ». Suite à la livraison, le chantier reçoit un trophée pour la qualité du bateau. « C’est sans doute ce qui nous a incité à nous positionner sur des bateaux plus sophistiqués ».

 

L'Alizé (MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'Alizé (MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Et pour cela, Socarenam n’hésite pas à s’attaquer, avec son propre design, à l’exigeant marché de l’offshore. En 2006, il convainc ainsi Bourbon de lui confier la construction de ses MPSV Bourbon Enterprise et Bourbon Supporter, « 75 mètres de long, 20 de large, un véritable défi. La réussite de ce projet a été un tremplin pour nous ». Depuis, le chantier « s’intéresse à tout ce qui flotte, nous voulons continuer à être très réactif et garder un haut standard de qualité. C’est sur ce dernier point que nous tenons à nous démarquer en proposant des bateaux très bien construits, qui coûtent moins cher à leurs armateurs à long terme ».

 

Le MPSV Bourbon Enterprise (BOURBON)

Le MPSV Bourbon Enterprise (BOURBON)

 

Pour soutenir ses ambitions, le chantier reprend le site malouin de Gamelin en 2009. Avec son bassin de 91 mètres et sa spécialité aluminium, il vient compléter Boulogne, limité à 55 mètres. Depuis  Socarenam engrange les commandes : des patrouilleurs de 32, 45 et 54 mètres pour la Douane (dont le Jean-François Deniau, qui vient d'être baptisé), mais également pour la marine belge, les PLG pour la Guyane, le chalutier innovant Arpège dans lequel Socarenam a investi en propre, un bateau pour l’armement Porcher...  « Nous avons actuellement deux années de charge, grâce notamment aux appels d’offres que nous avons remportés »

 

Le bac Sébastien Vauban, livré en 2014 (DROITS RESERVES)

Le bac Sébastien Vauban, livré en 2014 (DROITS RESERVES)

Le patrouilleur belge Pollux (CMB)

Le patrouilleur belge Pollux (CMB)

Le Bibby Athena (SOCARENAM)

Le Bibby Athena (SOCARENAM)

Passerelle du chalutier Arpège (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Passerelle du chalutier Arpège (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Et puis il y a Etaples. « En 2013, nous avons créée Socarenam Côte d’Opale pour la construction de petites unités de 10 à 12 mètres. Une manière de réécrire l’histoire en revenant sur un site historique en nous positionnant sur un nouveau marché ». La filiale étaploise a fait le plein : après avoir construit des vedettes pour les pompiers du futurs terminal méthanier de Dunkerque, elle a remporté le contrat des 21 vedettes de liaison destinées aux ports militaires de Brest, Cherbourg, Toulon et d’outre-mer.

 

La vedette La Vigilante pour le futur terminal méthanier de Dunkerque (PIERRE DELION ARCHITECTE)

La vedette La Vigilante pour le futur terminal méthanier de Dunkerque (PIERRE DELION ARCHITECTE)

 

« Nous sommes 250 personnes sur nos sites, y compris à Calais où nous travaillons sur de la chaudronnerie industrielle, notamment pour l’offshore et Dunkerque où nous avons toujours une activité de maintenance industrielle ». La croissance du chantier est exemplaire mais, pour autant, le patron préfère rester modeste. « C’est vrai que nous ne sommes pas des très grands communicants, nous préférons sans doute être prudent dans la gestion de notre évolution et miser sur la satisfaction de nos clients ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Philippe Gobert regarde le slipway, seul engin de manutention disponible dans le port de Boulogne. « Ce n’est pas toujours facile d’être un chantier, ici », soupire-t-il. Le slipway est vieux et dépassé « on ne peut même plus entretenir les gros bateaux de pêche boulonnais, parce qu’on ne peut plus les sortir de l’eau. Nous sommes boulonnais et fiers de l’être, mais je crains que le manque d’intérêt local à notre égard et nos besoins finissent par nous porter préjudice. Je regarde parfois avec envie la Bretagne où les pouvoirs publics n’hésitent pas à investir dans les outils pour la navale ».

En attendant de voir les autorités locales réagir, Philippe Gobert veut continuer à s’investir pour le territoire. « Ce qui est important, c’est de pérenniser les emplois et surtout d’attirer les jeunes. Je rêve d’un chantier en verre, où tout le monde pourrait voir les différents métiers le long de la chaîne de construction. A Socarenam, nous faisons tout et nous avons besoin de ces spécialistes : hydroliciens, mécaniciens, formeurs, chaudronniers, tuyauteurs … » Alors, le chantier s’emploie à travailler avec tous les organismes de formation de la région pour attirer les jeunes, notamment via des contrats d’apprentissage et des BTS spécialisés. « Nous leur disons, faites des efforts, apprenez ces métiers passionnants et nous on s’engage à vous embaucher ». Pour que Socarenam puisse poursuivre son ouvrage, sans doute vers de nouveaux horizons.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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