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Somalie : Des armateurs pourraient participer au financement de la sécurité maritime

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Somalie : Des armateurs pourraient participer au financement de la sécurité maritime

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Le 3 juin dernier, nous évoquions un contrat remporté par la société Secopex Conseil auprès de l'Etat somalien, en vue d'assurer la sécurité des eaux de ce pays. Signé en mai, lors de la visite à Paris du président somalien Abdullahi Yusuf, ce marché porte sur la création d'une unité de garde-côtes, le renforcement des affaires maritimes, des douanes et de la gendarmerie maritime, ainsi que la création d'une unité côtière de renseignement. Depuis, le projet semble avoir avancé, notamment sur le plan financier. « En dehors des organismes et institutions internationales, nous avons bien avancé sur le financement privé. Nous avons reçu un mandat de l'Etat somalien pour coopter des partenaires désireux de développer le tissu économique local. Des bailleurs de fonds sont intéressés pour accompagner la sécurisation des eaux somaliennes, indispensable au développement économique. Des compagnies maritimes européennes, notamment dans le secteur de la pêche au thon, sont prêtes à s'engager, de même que des groupes anglo-saxons intéressés par les ressources minières et pétrolières du pays », affirme Pierre Marziali, président de Secopex, société basée à Carcassonne. Délaissées car infestées par les pirates, qui ont proliféré sur la déstructuration née de la guerre civile, les eaux territoriales et le sol de la Somalie ne sont pas sans intérêt. Fer, uranium, bauxite, pétrole, ressources halieutiques... Le potentiel du pays intéresse. « On pourrait par exemple avoir des armateurs payant des licences de pêche pour travailler dans ces eaux, le produit de la licence servant de contribution à la sécurité maritime ».

 Le Ponant sous la protection de la marine (© : MARINE NATIONALE)
Le Ponant sous la protection de la marine (© : MARINE NATIONALE)

L'embarquement de gardes armés mal vu par les armateurs français

Dans l'attente de la mise en place de structures navales étatiques à même d'assurer la sécurité des eaux territoriales, Secopex, qui fait appel à d'anciens militaires, souhaite toutefois proposer un accompagnement armé des navires croisant devant les côtes somaliennes. Une telle mesure inquiète les Armateurs français, bien que l'un d'eux, CMA CGM, ait été victime des pirates au printemps, à l'occasion du détournement du Ponant. « C'est un problème d'Etat et de libre circulation et il faut que ce problème soit le plus possible traité au niveau étatique et international. Nous sommes tout à fait favorables aux projets destinés à aider les Etats à faire la police le long de leur territoire. En revanche, mettre à bord des hommes armés pour lutter contre la piraterie, c'est extrêmement dangereux, y compris quand ce sont d'anciens militaires. Sur ces questions là, on ne peut pas faire du paramilitaire avec des questions économiques derrière », affirme Eudes Riblier. Pour le président d'Armateurs de France : « Dans certaines zones, on peut imaginer la mise en place de convois. Par contre, des hommes armés sur des bateaux c'est mettre en danger la vie humaine ». En clair, certains armateurs craignent des bavures, sans parler des problèmes en matière de droit international. De son côté, Pierre Marziali met en avant l'urgence de la situation. « On peut mettre en place dans un premier temps des personnels militaires armés pour répondre au contexte sécuritaire. C'est une réponse d'urgence, en attendant que l'Etat somalien puisse prendre en charge la sécurité maritime ».

 Embarcation pirate devant la Somalie (© : US NAVY)
Embarcation pirate devant la Somalie (© : US NAVY)

Qui est Secopex ?

Suite à notre premier article sur le sujet, le 3 juin dernier, certains lecteurs se sont interrogés sur Secopex, évoquant un dépôt de bilan en mars de cette année et des démêlés judiciaires avec Défense Conseil International. « Lorsque j'ai repris Secopex, en 2006, il y avait deux sociétés. Secopex Conseil, spécialisée dans la formation, et Secopex International, dédiée au gardiennage. Cette dernière activité ne m'intéressait pas. J'ai donc cédé mes parts à un associé qui a tenté de la développer, sans succès. Au bout de deux ans, Secopex International ne s'est pas révélée viable et a donc été fermée », explique Pierre Marziali. Or, c'est précisément cette société, aujourd'hui liquidée, qui aurait eu un contentieux avec DCI.
Aujourd'hui, la structure fonctionne principalement avec Secopex Conseil (détenue à 90% par Pierre Marziali), qui assure des missions de formation et s'est placé sur le segment de la sécurité maritime (c'est elle qui détient le contrat Somalie). La société s'appuie sur un vivier de 1500 personnes spécialisées dans les questions de défense et de sécurité (anciens militaires et personnels du ministère de l'intérieur notamment). Ce vivier alimente notamment CSA International, société dévolue au conseil militaire privé et au soutien en opérations. Secopex est, à ce titre, la seule société militaire privée française, structures répandues chez les Anglo-saxons mais ne bénéficiant pas de statut juridique propre dans l'Hexagone.

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