Défense
Somalie : L'Europe veut agir à terre pour lutter contre la piraterie

Actualité

Somalie : L'Europe veut agir à terre pour lutter contre la piraterie

Défense

Lors d'une réunion informelle, hier à Bruxelles, les ministres de la Défense des 27 pays de l'Union Européenne ont validé le principe d'une opération destinée à former les forces de sécurité terrestres somaliennes. Engagée depuis la fin 2008 dans la lutte contre la piraterie au large de la corne l'Afrique, l'UE fait donc évoluer significativement sa stratégie. Elle souhaite, désormais, non seulement agir en mer mais aussi « traiter le mal à la racine », c'est-à-dire en appuyant le renforcement de la sécurité sur le sol somalien. Depuis des années, les experts ne cessent de dire que la solution au problème de la piraterie se trouve à terre, par la restauration d'un Etat de droit en Somalie. Mais l'éclatement du pays depuis les débuts de la guerre civile en 1991, l'échec américain lors de l'opération Restore Hope (1993) et la puissance des groupes rebelles ont dissuadé les occidentaux de mettre un pied dans le « bourbier » somalien. Il aura fallu le développement fulgurant de la piraterie sur l'un des principaux noeuds de communication du commerce mondial, pour que la communauté internationale se décide à intervenir. L'aide étrangère permet de restaurer, lentement, la situation sur le terrain. Le gouvernement somalien, qui n'a guère d'autorité que sur Mogadiscio et sa région, ambitionne de reprendre progressivement la main sur l'ensemble du pays.

Formation en Ouganda

Dans ce processus de restauration de l'Etat somalien, l'Union africaine apporte son aide via l'AMISOM (Mission de l'Union africaine en Somalie). En Ouganda, des centaines de militaires (Ougandais) ont, ainsi, été formés pour être ensuite déployés à Mogadiscio. La France a fait de même en assurant des formations depuis Djibouti. C'est, dans ce contexte, que l'Europe souhaite mettre en oeuvre, sur le premier semestre 2010, une opération de six mois visant à former une force de sécurité forte de 2000 Somaliens. Une centaine de militaires européens, dont une trentaine de français, seraient chargés d'encadrer les jeunes recrues, dont la formation se déroulerait en Ouganda, en parallèle de celle des unités de l'AMISOM. Cette proximité permettra aux Somaliens de travailler avec des militaires africains et de renforcer la coopération une fois que les forces seront déployées. Le projet européen ambitionne, sur le long terme, de participer à la naissance, au sein des unités somaliennes, d'une « conscience nationale » et d'un « sentiment d'appartenance à un Etat ». Mais il ne se limitera pas à habiller de la même manière des Somaliens, à leur apprendre à marcher au pas et à connaître les règles d'engagement du feu. L'UE veut, aussi, mettre en place tout un processus administratif qui gèrera le recrutement et s'assurera que les forces de sécurité formées seront payées correctement et, surtout, normalement. L'une des grandes craintes est, en effet, que les éléments formés, s'ils ne sont payés, désertent et viennent grossir les rangs des bandes rebelles.

L'Espagne aux commandes

L'UE n'interviendra donc pas directement en Somalie et se contentera d'envoyer en Ouganda ses instructeurs. Elle prendra en charge le coût de la formation et peut être quelques équipements (comme les tenues et chaussures) mais ne fournira pas de matériel militaire. L'Europe n'assurera pas, non plus, la prise en charge de la solde des forces de sécurité formées (le coût estimé est d'1 million de dollars par mois pour 2000 hommes). Pour cette opération, qui n'a pas encore été baptisée, la nation cadre choisie est l'Espagne, ce pays prenant à compter du 1er janvier 2010 la présidence de l'UE.
Dans le même temps, l'opération Atalante se poursuit en océan Indien, où depuis bientôt un an, les forces navales de européennes, en coopération avec d'autres marines, sont déployées pour protéger le trafic commercial, escorter les convois du PAM (Programme Alimentaire Mondial) et intercepter les embarcations pirates. Toutefois, malgré le renforcement considérable des moyens depuis 2008, les attaques n'ont pas cessé. Toujours à l'abri dans les ports somaliens, disposant de moyens plus importants et de bateaux-mères, qui leur permettent d'accroître leur rayon d'action, les pirates ont encore mené près de 200 attaques depuis janvier. Actuellement, ils retiennent 10 bateaux et 244 marins. Face à cette situation, on semble désormais persuadé, au niveau européen, que les seules forces navales ne résoudront pas le problème. « Il faut que l'Etat somalien reprenne la main sur le pays. Sinon, nous serons encore confrontés à la piraterie dans 20 ans », estime-t-on à Bruxelles.

Piraterie dans le monde | Actualité du brigandage maritime