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Sonar du De Grasse : perte en eaux troubles

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Sonar du De Grasse : perte en eaux troubles

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L’affaire de la perte du sonar DSBX-1 de la frégate De Grasse est relativement mal vécue par la Marine nationale. L’incident, qui s’est produit dans la nuit du 24 au 25 février, au cours de manœuvres dans le golfe de Gascogne, a été révélé mercredi dernier, non pas par un journal qui traite habituellement de l'actualité maritime, mais par le Canard Enchaîné. Les marins ont été étonnés par l’emballement médiatique consécutif à la parution de cet article, l’évènement faisant même l’ouverture d’un journal télévisé national. Selon le Canard Enchaîné, alors que les conditions météorologiques se dégradaient, le commandant du De Grasse avait insisté pour mettre à l’eau le sonar, contre l’avis de son état-major. Le pacha de la frégate est pourtant « connu pour son sens de l’écoute et du dialogue », nous a affirmé un officier brestois. L’enquête de commandement, diligentée par le ministère de la Défense, établira, d’ailleurs : « de façon claire, qu'aucune faute de commandement n'a été commise. La cause principale de la défaillance technique est à rapprocher des éléments météorologiques. Les conditions dans lesquelles la manoeuvre du sonar a été conduite sont conformes aux prescriptions de maniement de cet engin. »

Nouvelle torpille, deux mois après le camouflet du Clemenceau

La réputation du commandant est donc sauve mais celle de la Marine nationale n’en sort pas forcément indemne : « Nous passons pour des amateurs », s’indigne un officier, « alors qu’il ne s’agit que d’une fortune de mer et qu’il n’y a pas une telle polémique quand un avion s’écrase ». Robustes et éprouvés, bien que complexes à mettre en œuvre, les sonars remorqués de grande taille sont utilisés par la France depuis les années 60, d’abord sur les escorteurs d’escadre (T47 ASM, Duperré, La Galissonnière), puis sur les frégates (type Suffren, Tourville, Aconit, Georges Leygues). En tout, depuis 40 ans, vingt navires ont opéré ces sonars à des milliers de reprises, quelques rares pertes étant enregistrées : « C’est comme une voiture. Même bien entretenue, des fois, certaines pièces cassent ». Deux mois après le fiasco du démantèlement en Inde du Clemenceau, un commandant s’interroge donc : « On assiste à une instrumentalisation de la maison. Il n’y a qu’une seule question à se poser : A qui profite cette affaire ? ». Car, en marge de la perquisition des bureaux de Michèle Alliot-Marie dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Clearstream, une source militaire évoque « un règlement de comptes entre ministères ». Certains marins ont donc l’impression, réelle ou supposée, de subir les dommages colatéraux d’une bataille politique à la tête de l’Etat. Quant au Clemenceau, un officier profite de l’occasion pour rappeler que « le navire n’appartient plus à la marine depuis 2004 ». Il y a près de deux ans, la coque était effectivement transférée aux Domaines (Ministère des Finances) et ce sont les services de Bercy qui, le 23 juin 2004, signeront le contrat avec le consortium Ship Decomissioning Industries Corporation (SDI), chargé du désamiantage puis du démantèlement de l'ancien porte-avions.

Une perte techniquement très importante

Financièrement, la disparition du sonar remorqué de la frégate anti-sous-marine De Grasse est évaluée à 3 millions d’euros. Le chiffre de 60 millions d’euros, qui a été largement évoqué par la presse, concerne l’ensemble du programme SLASM (Système de lutte anti-sous-marine). Cette enveloppe comprend les études, le développement et la fourniture du matériel pour deux frégates du type F 67. La troisième de cette classe, le Duguay-Trouin, victime d’un grave incendie au début des années 80, ne bénéficiera pas de cette refonte et sera désarmée, pour raisons budgétaires, en 1999. La perte du sonar est donc intervenue alors que le De Grasse évoluait dans un environnement difficile: « Les conditions météo se sont considérablement dégradées à la remontée du sonar », explique un officier. Soumis à des torsions, flexions et tensions très importantes, le câble, chargé de tracter l’engin de 10 tonnes, immergé à plus de 300 mètres, serait sorti de son rail pour finalement se rompre. Le poisson gît désormais par 3000 mètres de fond, probablement détruit par implosion. Cet incident est, techniquement, d’autant plus fâcheux que le DSBX-1 est considéré comme la « rolls » des sonars de la marine. Successeur du DUBV 43, qui équipe les 7 autres frégates ASM de la flotte, le SLASM repose sur un sonar remorqué actif à très basse fréquence. L’engin ne se contente pas d’écouter, il émet également, à plus de 100 kilomètres, ce qui permet de repérer un sous-marin tout en restant hors de portée de ses armes. Le système, qui comprend également un dispositif d’alerte torpille, n’équipait que les unités brestoises Tourville et De Grasse (depuis 95 et 96). Ces navires étant entrés en service en 1975 et 1977 et leur désarmement étant prévu d'ici 2012, l’achat d’un sonar de remplacement ne serait pas envisagé, d’autant que les frégates multimissions, qui prendront la relève des F 67, seront dotées d’un autre engin, beaucoup plus compact, le CAPTAS UMS 4249 (Thales). Le seul « poisson » encore en service devrait donc être transféré du Tourville au De Grasse en fonction des périodes d’entretien de l’une ou l’autre des frégates.
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Voir la fiche technique des frégates Tourville et De Grasse

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