Marine Marchande
SOS Méditerranée : Première opération de sauvetage pour l'Aquarius

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SOS Méditerranée : Première opération de sauvetage pour l'Aquarius

Marine Marchande

L'Aquarius, navire affrété par l'association SOS Mediterranée, est parti de Marseille le 20 février avec des membres de l'ONG et une équipe de Médecins du Monde pour venir au secours des migrants tentant de traverser la Méditerranée depuis la Libye. La première mission n'a pas tardé puisqu'elle est intervenue hier. Près de 70 migrants africains, dont 10 femmes et des mineurs, ont été sauvés. Jean-Paul Mari, embarqué sur le navire, a fait le récit de cette opération de secours (*) avant d'être interviewé sur France Info : 

 

 

« L'appel du centre maritime de Rome a été reçu très tôt ce matin, vers 6H00 heures française. Deux embarcations en détresse au large des côtes libyennes. Nous faisons route immédiatement vers le point signalé. Une demie heure plus tard, ils sont là, dans un pneumatique gris qui saute sur des vagues assez fortes et qui commence à se remplir d’eau de mer. L’opération de sauvetage se met en place. Tout est près, les manœuvres ont été répétées des dizaines de fois.

D’abord, envoyer un canot pour savoir quelle est la situation sur l’embarcation, faire une estimation du nombre de migrants, les rassurer et leur distribuer des gilets de sauvetage.

Ensuite, la navette peut commencer. D’abord, les femmes, 10 au total, dont certaines sont très fatiguées, gelées, déjà affaiblies par le mal de mer. Le canot s’approche de l’échelle de coupée, les rescapées grimpent une à une, sont immédiatement prises en charge par les médecins de MDM qui les conduisent vers la clinique à bord. On leur enlève le gilet de sauvetage, on les débarrasse de leurs vêtements trempés, on les réconforte. Une couverture, des vêtements secs, à boire. Elles restent calmes, regardent autour d’eux, ont visiblement du mal à réaliser que leur calvaire est terminé. Certaines répètent « Merci, merci beaucoup. » D’autres ne disent rien, tétanisées par le froid.

Rapidement, en deux navettes, une cinquantaine les rejoignent à bord. Et le dernier transfert, délicat, se fait bord à bord avec le pneumatique où un homme de l’Aquarius assure les opérations. Un homme grimace, il est blessé au pied, on l’emmène en salle d’urgence. Un autre est en état de choc. Il titube, prêt à s’évanouir. On le soutient.

Ils parlent anglais ou français, viennent de Gambie, du Sénégal, du Mali. Le plus jeune n’a pas quinze ans. Ils sont partis à minuit d’une plage de Libye dans ce pneumatique qui n’est pas fait pour naviguer. « À quoi ça sert de construire des bateaux aussi fragiles » demande un marin en regardant ce pseudo Zodiac, en plastique de mauvaise qualité, qui commence à se déchirer à la base. À l’intérieur, quelques jerricans d’essence et des planches cloutées font office de plancher... Avec les pointes de longs clous vers le haut, interdisant à quiconque de s’asseoir sans se blesser.

Ce rafiot-là n’aurait pas tenu longtemps en mer. Au bout de six heures, il est déjà endommagé et ses passagers affaiblis. Mais les passeurs ne se préoccupent de la sécurité des migrants, ils sont là pour expédier leur colis sur la mer et toucher leur argent. Nous sommes arrivés à temps.

À 8H20, les opérations sont terminées. Le premier sauvetage de l’Aquarius s’est bien déroulé. Nous avons ce pour quoi nous sommes là. Sur le pont, c’est l’heure des soins et du réconfort. Sur la passerelle, le capitaine scrute la mer et attend des informations. Une deuxième embarcation est en détresse, ici, perdue quelque part sur la mer ».

 

L'Aquarius (© SOS MEDITERRANEE)

L'Aquarius (© SOS MEDITERRANEE)

 

(*) Le terme "Zodiac", employé dans le récit original de Jean-Paul Mari, a été remplacé par "pneumatique" ou "embarcation". Bien que le célèbre fabricant français de bateaux soit à l'instar d'autres marques entré dans le langage courant, les embarcations employées par les migrants ne sont bien entendu pas des Zodiac mais des pneumatiques bon marché de piètre qualité, comme le souligne justement Jean-Paul Mari. Des bateaux de la mort qui proviennent, selon les services de renseignement européens, de pays asiatiques (voir notre article sur le sujet). 

 

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