Marine Marchande
SOS Méditerranée : Un 6ème bébé naît sur l’Aquarius

Actualité

SOS Méditerranée : Un 6ème bébé naît sur l’Aquarius

Marine Marchande

Le navire de sauvetage de l’association SOS Méditerranée vient de connaitre sa sixième naissance depuis février 2016 et le début de sa mission de sauvetage des migrants au large de la Libye. Après notamment Mercy (« Miséricorde »), née à bord en mars 2017 et dont histoire a inspiré la chanson ayant représenté la France à l’Eurovision, un autre nom très à propos a été donné à cet enfant : Miracle. Le petit garçon de 2.8 kilos a vu le jour dans la clinique de l’Aquarius, dont les équipes avaient pris en charge sa maman jeudi. Elle fait partie d’un groupe de 69 personnes retrouvées entassées dans un canot pneumatique. Ces rescapés ont été secourus à 14 milles des côtes libyennes par un bâtiment de la marine italienne, le San Guisto, avant d’être transbordés sur l’Aquarius à la demande du Centre de coordination des secours maritime (IMRCC) de Rome, qui gère les opérations de sauvetage dans cette zone.

 

Transfert depuis le San Giusto (© GUGLIELMO MANGIAPANE - SOS MEDITERRANEE)

Transfert depuis le San Giusto (© GUGLIELMO MANGIAPANE - SOS MEDITERRANEE)

Transfert depuis le San Giusto (© GUGLIELMO MANGIAPANE - SOS MEDITERRANEE)

Transfert depuis le San Giusto (© GUGLIELMO MANGIAPANE - SOS MEDITERRANEE)

 

Témoignages

Ces 69 personnes, ou plutôt 70 avec le petit Miracle, sont d’après SOS Méditerranée originaires de six pays d'Afrique de l'Ouest, dont une majorité de Nigérians. « Parmi les survivants, on compte 18 femmes dont 4 sont enceintes et 4 mineurs non accompagnés. Aucun cas médical grave n'a été signalé », précise l’association. Celle-ci rapporte les propos de l’un des naufragés, un Ghanéen de 28 ans, non pas un migrant économique mais l'un des très nombreux émigrés venus travailler dans les années 2000 en Libye, où les besoins de main d'oeuvre étrangère étaient très fortes. Des centaines de milliers de personnes sont donc parties vivre et travailler dans ce pays, puis se sont retrouvées prisonnières du chaos qui a suivi le printemps arabe et la chute du régime de Kadhafi en 2011. «J'ai quitté le Ghana il y a presque dix ans afin de m'établir en Libye. Je n'avais aucune intention de venir en Europe, je n'y avais même jamais songé. Avant la révolution, j'ai vécu une vie normale, mais après, il y avait des fusils partout - même des enfants de 5 ans avaient des fusils. J'ai été arrêté et placé en captivité, et battu tant de fois... » L’homme, qui dit avoir été kidnappé à plusieurs reprises, s’était résolu une première fois à fuir le paus et tenter sa chance en Europe. Mais son bateau avait été intercepté par les garde-côtes libyens et, avec les autres occupants, il avait été ramené en envoyé dans un centre de rétention. « Finalement, j'ai réussi à rassembler une petite somme afin de sortir ». Sa deuxième tentative de traversée s'est soldée par le sauvetage de jeudi dernier.

L’Aquarius retiré inutilement du dispositif

Après avoir transbordé avec ses embarcations de sauvetage les 69 migrants recueillis sur le San Giusto, l’Aquarius, qui peut accueillir plusieurs centaines de personnes, a dans un premier temps poursuivi sa patrouille au large de la Libye. Mais vendredi, le MRCC de Rome lui a demandé de quitter la zone et faire route vers un port italien afin de débarquer les personnes à son bord. Une décision inutile selon l’association, qui dit avoir tenté en vain de faire changer les Italiens d’avis : « Compte tenu de la forte probabilité de départs de la Libye, l'Aquarius a communiqué plusieurs fois au MRCC sa disponibilité pour poursuivre les recherches sur zone et pour prêter main forte aux autres navires en cas de sauvetage. De plus, un navire des garde-côtes italiens de grande capacité était à proximité : l'Aquarius a donc suggéré au MRCC d'y transférer les 69 personnes pour lui permettre de rester dans la zone de recherche et de sauvetage. Mais le MRCC, arguant qu'il y avait suffisamment d'unités de secours dans le secteur - bien que les autres navires humanitaires de sauvetage étaient débordés -  lui a intimé l'ordre de quitter la zone sur le champ et de retourner en Sicile avec ses 69 rescapés ».

« Donner la priorité à la protection des vies humaines »

Cela s’est traduit par une réduction des moyens de secours dans le secteur alors qu’à l’est de Tripoli, plus de 1500 personnes ont été secourues par d'autres navires jeudi et vendredi. Une situation qu’a dénoncée samedi Francis Vallat, président de SOS Méditerranée : « Au cours des deux derniers jours, plus de 1500 personnes ont tenté une traversée dangereuse pour échapper aux violences et aux extorsions multiples qu'elles ont subies en Libye. Cela montre, une fois de plus, que la présence de navires de recherche et de sauvetage bien équipés est absolument nécessaire si nous voulons éviter davantage de morts en Méditerrané. Tous les moyens de sauvetage sont nécessaires, chaque unité de secours retirée de la zone signifie que les vies de personnes déjà vulnérables sont mises en danger. Nous exhortons donc les autorités européennes à donner la priorité à la protection des vies humaines, en dehors de toute considération politique ».

15.000 morts en quatre ans

Alors que les associations engagées dans le sauvetage des migrants ont déjà des relations parfois difficiles avec les garde-côtes libyens, elles craignent maintenant les conséquences du renversement politique en Italie, avec l’arrivée prochaine d’un nouveau gouvernement dont la lutte contre l’immigration sera sans nul doute l’un des chevaux de bataille.

Pour mémoire, on estime que 15.000 personnes sont mortes ces quatre dernières années en tentant de traverser la Méditerranée. A lui seul, le navire de SOS Méditerranée, dont le budget est abondé à 90% par des dons privés, a secouru depuis février 2016 plus de 28.000 hommes, femmes et enfants, pas moins d’un tiers des naufragés sauvés par l'Aquarius étant des mineurs.

 

Sauvetage et services maritimes