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Sous les eaux, ils mesurent l’érosion de la côte

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Sous les eaux, ils mesurent l’érosion de la côte

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À quelle époque se sont formées les côtes granitiques et à quelle vitesse se sont-elles érodées ? Pour trouver ces réponses, les scientifiques de l'IUEM analysent les fonds marins de Penmarc'h, dans le Finistère, depuis le 26 avril.
« On estime que les côtes granitiques, comme celles de Penmarc'h, se sont constituées lors du dernier interglaciaire, il y a 7.000 ans », explique la géologue havraise Anne Duperret. En délégation à l'IUEM (Institut universitaire européen de la mer), elle dirige une mission scientifique à Penmarc'h, depuis le 26 avril, qui va permettre de s'en assurer. Pour ce faire, elle a embarqué à bord de l'Haliotis avec deux marins. Jusqu'au 21 mai, l'équipe va parcourir une superficie de 240 km² afin d'obtenir une cartographie des fonds marins d'une précision encore jamais atteinte. « Avec notre sonar et nos deux sondeurs, la marge d'erreur n'excède pas 50 cm. On peut même distinguer les couches rocheuses et sédimentaires », détaille le marin, Jérôme Le Gall. Heureusement, le plus petit bateau de la flotte d'Ifremer ne craint pas les écueils et peut s'aventurer à des profondeurs n'excédant pas 4 m.



 


Analyse d'échantillons au béryllium10 



 


En obtenant la bathymétrie détaillée de la plateforme granitique, l'équipe repérera aussi tous les reliefs inhabituels, roches affleurantes ou paléorivages. C'est là que les plongeurs scientifiques de l'IUEM pourront entrer en scène. « En juin, ils réaliseront des prélèvements sur la roche en place », prévoit Anne Duperret. Les échantillons collectés seront analysés à Toulouse et soumis à une méthode nouvelle : la datation au béryllium10. « Auparavant, nous n'avions que des photos aériennes datant de la Seconde Guerre mondiale pour apprécier l'évolution de l'érosion des côtes. Désormais, la quantité de béryllium 10 présente dans la roche nous permet de déterminer à quel moment elle a été érodée. C'est un pas de géant », expose la scientifique. Elle explique que l'isotope 10 du béryllium, fortement concentré dans le quartz, apparaît dans la roche dès qu'elle est en contact avec les rayons du cosmos. Ainsi, les scientifiques pourront déterminer à quel moment chaque échantillon s'est trouvé hors de l'eau ou à une faible profondeur. Et si la marge d'erreur reste de plus ou moins 10.000 ans, le résultat sera une avancée majeure pour la géologie moderne puisque son échelle de temps démarre au quaternaire, c'est-à-dire il y a deux millions d'années. 



 


« On l'a déjà fait en Normandie » 



 


Cette méthode a déjà été expérimentée sur la plate-forme de craie du Tréport (aux confins de la Haute-Normandie et de la Picardie). « Là-bas, l'érosion des falaises est d'environ 20 cm par an. Et la datation des échantillons que nous avons prélevés en mars dernier nous a permis de trouver des résultats cohérents, démontrant que l'érosion progressait déjà d'entre 12 et 17 cm par an depuis des milliers d'années ». Anne Duperret sait que ces connaissances à acquérir sur l'érosion des côtes granitiques, bien plus résistantes, permettront aussi de mieux prévoir leur avenir.


 

 

Un article de la rédaction du Télégramme

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