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Sous-marins australiens : selon Canberra, coûts et délais sont tenus

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Sous-marins australiens : selon Canberra, coûts et délais sont tenus

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Le programme des futurs sous-marins australiens, confié à Naval Group, vient de faire face à une série de critiques et d’attaques relayées et amplifiées par différents canaux. On a entendu ainsi parler de retards, de surcoûts, de construction partielle (voire totale) en France du premier des 12 sous-marins de la classe Attack. Et même d'abandon ! Mener à bien un tel projet compte tenu des enjeux techniques, financiers et militaires n'est évidemment pas une sinécure, et personne ne s'y attendait d'ailleurs. 

Mais tout s'est médiatiquement emballé dans les sillage des conclusions d’un récent rapport de l'Australian National Audit Office (ANAO), équivalent australien de la Cour des comptes. Un document fort intéressant et précis dont certains éléments ont été mal interprétés, voire à dessein montés en épingle.

C’est le cas par exemple de la partie liée au management des risques, qui explique l’ANAO a conduit le ministère australien de la Défense à prendre différentes mesures, dont « the fabrication of complex hull parts of Future Submarine No.1 in France ». Une phrase ambigüe qui a été souvent mal interprétée. Il n’est en fait pas question de réaliser à Cherbourg une section de coque ou même des anneaux, encore moins le premier sous-marin de la série, affirme-t-on chez Naval Group. « Pour le premier bâtiment, seules quatre pièces seront forgées sur les presses de Cherbourg, à des fins purement d’apprentissage des équipes de Naval Group Australia qui doivent être formées pour leur permettre de réaliser les sous-marins à Adelaide », explique une source proche du dossier. Des pièces spécifiques, comme des cloisons elliptiques et des éléments de raccordement de coque épaisse, qui nécessitent un savoir-faire pointu dont il vaut mieux s’assurer qu’il soit acquis chez et sous la supervision des maîtres de l’art.

L’audit de l’ANAO a également beaucoup fait réagir sur le coût global du programme Australian Future Submarines (AFS). Celui généralement admis jusqu’ici est le montant annoncé fin 2016 par le gouvernement, soit 50 milliards de dollars australiens (environ 30 milliards d’euros). En novembre 2019, un nouveau chiffrage a été officiellement avancé : de l’ordre de 80 milliards, avec en outre une estimation du coût d’exploitation des douze sous-marins s’élevant à 145 milliards de dollars d’ici 2080. Certains ont donc été tentés et ne s’en sont pas privés de faire un raccourci simpliste pour dénoncer un coût global de 225 milliards de dollars, et donc une explosion de la facture par rapport aux chiffres avancés il y a un peu plus de trois ans. La réalité est évidemment quelque peu différente, le budget annoncé fin 2016 ne comptant pas tous les coûts liés au programme (qui n'étaient d'ailleurs à l'époque pas tous estimables). La facture finale comprendra non seulement la conception, l’achat des équipements et la construction des sous-marins, mais aussi leur maintien en condition opérationnelle après mise en service, ainsi que la création de l’ensemble de l’outil industriel et des compétences qui vont être nécessaires pour permettre à l’Australie de créer avec l’aide de Naval Group sa propre base industrielle et technologique de défense (BITD) en matière de sous-marins. Quant au coût d’exploitation sur toute la durée de vie des bâtiments, il est selon les proches du dossier en ligne avec les chiffres habituels, notamment pour les sous-marins français, à savoir un rapport de 1 à 3 entre la facture pour la partie conception/construction et le coût pendant la durée de vie des bâtiments. Mais il est vrai qu'il n'y a généralement que très peu voir pas de publicité autour de ces chiffres, en particulier dans des pays comme la France, ce qui est plus naturel dans des démocraties très transparentes comme l’Australie, y compris sur les questions de défense.  

Quant au calendrier, il n’y aurait en fait pas de retard, si ce n’est à la marge (on parle de cinq semaines actuellement) et sans impact global sur un programme qui est tout de même effroyablement complexe à mettre en place et à conduire. Et qui connait logiquement son lot de défis et de difficultés à surmonter. Pour autant, Naval Group et le gouvernement australien sont toujours en ligne pour achever comme prévu le premier contrat en cours, celui relatif au design des Attack, qui a été signé en février 2019 et doit être bouclé en janvier 2021.

Face aux critiques et informations erronées, le premier ministre australien, Scott Morrisson, est lui-même monté au créneau cette semaine lors d’une conférence de presse. « Le premier sous-marin de la classe Attack est prévu pour être livré en 2032 et le rapport de l’ANAO a confirmé qu’il n’y avait eu aucun changement dans le délai de livraison ou le budget. L’ANAO a constaté que le début des activités de construction des futurs sous-marins n’est pas retardé et, bien que le programme soit encore en phase de conception initiale et qu’il y ait eu des retards, il est essentiel que le design de ces sous-marins soit bien mené afin d’éviter des changements coûteux en cours de route. De plus, le ministère de la Défense a indiqué que les retards pris durant la phase de conception seront récupérés d’ici le prochain grand jalon en janvier 2021 ».

Alors pourquoi toutes ces attaques contre le programme ? En France, on estime qu’il y a différentes raisons possibles, peut-être de politique intérieure au moment où le gouvernement est vivement critiqué pour sa gestion des incendies géants qui ravagent le sud de l’Australie. Mais certains y voient aussi la main de concurrents, qui pense-t-on à Paris voudraient en profiter pour mettre en difficulté Naval Group sur certaines compétitions en cours. Avec par exemple en ligne de mire les futurs sous-marins néerlandais, pour lesquels le groupe français propose à l'instar de la marine australienne une version à propulsion conventionnelle des SNA du type Barracuda.

Pour mémoire, le programme AFS vise à remplacer les six actuels sous-marins australiens du type Collins (78 mètres pour un déplacement en surface de 3000 tonnes) mis en service entre 1996 et 2003. Et, en doublant la flotte de la Royal Australian Navy, qui plus est avec des bâtiments plus gros, à accroître sensiblement ses capacités opérationnelles. Appelés à devenir des sous-marins de « supériorité régionale », les Attack seront donc plus grands (environ 100 mètres pour 4500 tonnes en surface) et dotés de capacités nettement plus importantes que leurs aînés. Ils sont conçus sur la base des six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque français du type Barracuda, construits par Naval Group à Cherbourg et dont la tête de série, le Suffren, a été mise à l’eau l’été dernier en vue d’une livraison cette année à la Marine nationale. La propulsion des Attack ne sera pas nucléaire, comme celle de leurs cousins tricolores, mais conventionnelle. Le design est, de plus, adapté aux besoins de la RAN, qui a par exemple choisi un système de combat américain (Lockheed-Martin). Le fait qu’un sous-marin de conception française soit équipé d’un CMS américain est d’ailleurs une première. Très endurants, les Attack seront de bâtiments océaniques capables de mettre en œuvre des torpilles lourdes, missiles antinavire, missiles de croisière et forces spéciales.

Ils seront construits dans un nouveau chantier qui va voir le jour à Osborne, près d’Adelaide, et sera opéré par Naval Group Australia. La construction de la tête de série du programme AFS doit débuter en 2023 pour une livraison prévue en 2032 et une mise en service souhaitée en 2034. Les onze autres sous-marins devraient suivre au rythme d’une unité tous les deux ans, sachant que les derniers Collins, après des travaux permettant de prolonger leur durée de vie, doivent être mis en retraite en 2036.  

- Voir notre article détaillé sur ce programme

 

Naval Group (ex-DCNS) Marine australienne