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Sous-marins australiens : Un partenariat stratégique et historique avec la France

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Sous-marins australiens : Un partenariat stratégique et historique avec la France

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« C’est un programme historique, le plus important programme d’armement à l’exportation auquel notre pays ait jamais participé », s’est félicité mardi l’Elysée. Pour marquer l’évènement, François Hollande a bousculé son agenda et s’est spécialement rendu au siège de DCNS, accompagné des ministres des Affaires Etrangères, de la Défense mais aussi de l’Intérieur (Bernard Cazeneuve étant l’ancien député-maire de Cherbourg), ainsi que du chef d’état-major des armées. Le président de la république a tenu à saluer publiquement, devant les collaborateurs du groupe naval et son président, Hervé Guillou, le choix de l’Australie dans le cadre du projet SEA 1000. Celui-ci porte sur la conception, la réalisation et la maintenance de 12 grands sous-marins océaniques destinés à remplacer les six unités du type Collins actuellement en service et renforcer significativement la flotte sous-marine de la Royal Australian Navy.

 

Sous-marin du type Collins

Sous-marin du type Collins (© RAN)

 

« Lundi, vers 10H15, j’ai été appelé par le premier ministre australien, qui m’a annoncé que la France avait été choisie pour être le partenaire de l’Australie dans le cadre de négociations exclusives. Il m’a confié que la concurrence avait été d’un niveau particulièrement élevé. DCNS était en effet compétition avec les Allemands et les Japonais, des concurrents redoutables et remarquables. J’en éprouve une très grande fierté car la France a une technologie particulièrement brillante et son savoir-faire comme sa capacité d’innovation sont reconnus ».

 

La visite de François Hollande au siège de DCNS (© PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE)

La visite de François Hollande au siège de DCNS (© PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE)

 

 

Une âpre bataille pour un programme à 34 milliards d’euros

Même s’il reste de longs mois de négociations avant d’espérer parvenir à la signature du contrat, DCNS a, il est vrai, déjà remporté une superbe victoire. Cela faisait plus de deux ans que le groupe était en compétition sur ce marché géant de sous-marins, estimé à 50 milliards de dollars (34 milliards d’euros) et pour lequel Canberra avait lancé en mai 2015 une procédure d’évaluation compétitive. En finale, les Français faisaient face aux Allemands, TKMS proposant un dérivé du type 216, et à l’offre du Japon, portée par un consortium réunissant Mitsubishi et Kawasaki autour d’une variante des sous-marins nippons de la classe Soryu.

 

Type 216 allemand (© TKMS)

Type 216 allemand (© TKMS)

Sous-marin japonais du type Soryu (© COLLECTION FLOTTES DE COMBAT - M. KADOTA)

Sous-marin japonais du type Soryu (© COLLECTION FLOTTES DE COMBAT - M. KADOTA)

 

La bataille a été particulièrement âpre entre les trois compétiteurs. Au début, les Japonais avaient la faveur des Australiens mais le remaniement gouvernemental intervenu fin 2014 a rebattu les cartes, aboutissant à la procédure d’évaluation compétitive. Alors que Malcolm Turnbull a succédé à Tony Abbott en tant que premier ministre en septembre 2015, les Allemands ont un temps semblé prendre l’avantage, avant que le choix se porte finalement sur les Français. « Les recommandations de notre processus d’évaluation compétitive ont été sans équivoque, l’offre française étant la plus adaptée aux besoins uniques de l’Australie », a déclaré mardi matin Malcolm Turnbull lors de l’annonce du lauréat à Adelaide, dans le sud du pays, d’où sortiront les futurs sous-marins de la RAN. « La décision a été motivée par la capacité de DCNS à répondre à l’ensemble des exigences du gouvernement australien. Le groupe a notamment su proposer des performances supérieures en matière de senseurs et de furtivité, ainsi que des capacités de projection et d’endurance similaires à celles des sous-marins de la classe Collins. Le gouvernement australien a également pris en considération le prix, le calendrier, l’exécution du programme, la maintenance et l’engagement de l’industrie australienne ».

 

Le Shortfin Barracuda Block 1A (© DCNS)

Le Shortfin Barracuda Block 1A (© DCNS)

 

Le Shortfin Barracuda Block 1A

Le design de sous-marin proposé par DCNS a été baptisé Shortfin Barracuda (Block 1A), en référence à un poisson vivant dans les eaux australiennes. Il s’agit d’une adaptation du nouveau sous-marin nucléaire d'attaque français, avec une plateforme légèrement moins longue (97 mètres au lieu de 99.5) et lourde (4500 tonnes en plongée contre 4700). Mais il s'agit d'un sous-marin beaucoup plus gros que les Scorpene vendus jusqu'ici par DCNS à l'export (Chili, Malaisie, Inde, Brésil). La propulsion du bâtiment est classique, basée sur une architecture diesel-électrique sans système anaérobie (AIP) dont les Australiens n’ont pas l’utilité. Le besoin exprimé par la Royal Australian Navy porte en effet sur des sous-marins capables de parcourir rapidement de grandes distances, les AIP étant plutôt conçus pour des opérations en plongée à petite vitesse.

 

 

De par sa taille, le Shortfin Barracuda pourra disposer de réserves de carburant très importantes, autorisant des opérations lointaines et de longue durée. L’armement, comme le système de combat, seront Américains. Canberra devrait rapidement faire son choix entre Raytheon et Lockheed-Martin, le lauréat étant amené à travailler avec DCNS pour l’intégration du système de combat sur le bâtiment. Côté armes, les Australiens n’ont pas encore annoncé leur volonté d’acquisition auprès des Etats-Unis. Toutes les options sont ouvertes puisque le sous-marin français est conçu pour mettre en œuvre des torpilles lourdes, missiles antinavire, missiles de croisière, missiles antiaériens, mines, matériel pour forces spéciales et même des drones. Alors que le Barracuda de la Marine nationale dispose de quatre tubes de 533mm avec une capacité de 20 armes, on ne sait pas quelle est la dotation prévue par les Australiens, sachant que le sous-marin dispose derrière le kiosque d’espaces pour l’intégration d’équipements supplémentaires.

Thales, de son côté, compte bien placer ses équipements électroniques, à commencer par ses sonars, eux-aussi mondialement réputés et compatibles avec des systèmes de combat américains. Quant à Sagem, il pourra proposer ses mâts optroniques, très performants et qui rencontrent un beau succès à l’export.

 

Antoine Sajous, Marie-Pierre de Bailliencourt et Didier Husson

Antoine Sajous, Marie-Pierre de Bailliencourt et Didier Husson (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une commande espérée fin 2016/début 2017

Après le succès de la sélection pour les négociations exclusives, il s’agit maintenant de confirmer. « Nous sommes extrêmement heureux et fiers, mais si une aventure s’est terminée, une autre commence maintenant », rappelle Didier Husson. Avec Marie-Pierre de Bailliencourt, vice-présidente en charge du Développement et Antoine Sajous, directeur Industriel International, le directeur du programme des sous-marins australiens est l’un des trois pilotes du dossier chez DCNS. Le groupe sait le chemin encore long et, à son siège parisien, malgré la joie d’avoir été choisi, on se refuse à tout triomphalisme. « Maintenant, il faut tenir nos engagements et répondre aux attentes de l’Australie », souligne Hervé Guillou, qui espère la conclusion d’une commande fin 2016, début 2017. Si tel est le cas, la construction du premier sous-marin australien devrait ensuite débuter dans les trois ans en vue d’une livraison à partir de 2027. Compte tenu de la durée du programme, avec une production qui s’étalera sur deux décennies au moins, les 12 sous-marins seront logiquement répartis en batch de trois ou quatre unités afin de tenir compte des évolutions technologiques et de l’obsolescence programmée des matériels.

Encore beaucoup de choses à négocier

Alors que François Hollande a demandé à Jean-Yves Le Drian de se rendre rapidement en Australie « afin de lancer rapidement l’accompagnement de ce programme industriel exceptionnel par son ampleur et sa portée », DCNS, qui mobilise sur ce projet une centaine de collaborateurs, pour moitié au sein de sa filiale australienne, est sur le pont pour mener à bien le « marathon » des négociations à venir. Car il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de parvenir à une commande. Par exemple sur la répartition de la charge. Si le premier ministre australien a indiqué que les sous-marins seront réalisés par les chantiers ASC d’Adelaide, la France fournira des équipements et peut être même des éléments de ces bâtiments à assembler sur place. Tout dépendra en fait de la cadence de livraison souhaitée (probablement entre 18 et 24 mois entre deux sous-marins) et des capacités industrielles locales. « Tout est possible, on peut tout imaginer à cette heure. Le cadencement comme l’organisation industrielle dépendront des négociations à venir », note Marie-Pierre de Bailliencourt.

 

Le site DCNS de Cherbourg

Le site DCNS de Cherbourg (© DCNS)

 

Quelles retombées pour DCNS ?

De ces discussions résulteront donc la part française du contrat et les retombées exactes pour l’activité de DCNS. Seule certitude, le projet nécessitera 4 millions d’heures de travail en conception (l’équivalent en production d’un sous-marin dit-on), les bureaux d’études de Lorient étant concernés au premier chef. On notera d’ailleurs que SEA 1000 doit permettre de maintenir la charge - et les compétences - en ingénierie sous-marine entre la fin des études des Barracuda français et la montée en puissance de celles des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G). Le site DCNS de Cherbourg, grand spécialiste de la construction de sous-marins en France (107 unités livrées à 9 marines en un siècle) sera aussi impliqué dans le programme, de même que Nantes-Indret pour l’appareil propulsif, Ruelle pour les équipements et Toulon pour l’intégration du système de combat avec le fournisseur américain retenu par les Australiens. En tout, le ministre français de la Défense estime que les sous-marins australiens doivent concerner des milliers d’emplois français, sous forme pour la plupart de pérennisation par maintien du volume de travail. Des créations de postes interviendront peut-être mais il est trop tôt pour le dire. Dans le même temps, si la commande est conclue, DCNS devra renforcer significativement ses équipes en Australie, où le groupe prévoit de mobiliser des centaines de personnes. Il faudra en effet gérer le transfert de technologie et l’assistance technique, alors qu’un important volet dédié au maintien en condition opérationnelle, avec à la clé un contrat de 25 ans de maintenance pour les sous-marins, est aussi inclus dans le programme.

 

Le chantier ASC d'Adelaide

Le chantier ASC d'Adelaide (© ASC)

 

2900 créations d’emplois à Adelaide

Côté australien, le programme doit permettre la création de 2900 emplois à Adelaide, dont les chantiers vont bénéficier d’investissements majeurs pour mettre à niveau leur outil industriel et l’adapter à la fabrication des sous-marins. De nouveaux bâtiments, dont une double nef d’assemblage, doivent être édifiés. Et DCNS pourra, en cas de besoin, apporter son expertise comme le groupe l’a fait auprès des Brésiliens (voir plus loin). ASC a, toutefois, déjà une expérience dans la construction de sous-marins puisqu’il a réalisé avec l’aide technique de leur concepteur, le Suédois Kockums, les six unités type Collins, des bateaux plus petits (77.8 mètres pour 3350 tonnes en plongée) mis en service entre 1996 et 2003. Dans le cadre du transfert de technologie vers l’industrie australienne, le compartiment avant et la partie arrière de la tête de série avaient été produits en Suède.

 

En bleu, les nouveaux bâtiments proposés

En bleu, les nouveaux bâtiments proposés (© DCNS)

 

Suivant le même principe, si DCNS finalise la commande, des Australiens viendront se former en France et une solide structure d’accompagnement et de soutien sera mise en place localement. Avant de parler production, la formation concernera d’abord les études, plusieurs dizaines d’ingénieurs australiens devant être accueillis par DCNS dès la signature du contrat. Viendra ensuite l’apprentissage sur les process de production, puis la formation des marins australiens et des personnels chargés du MCO.

C’est l’ensemble du projet SEA 1000, de la conception à la réalisation et la maintenance de 12 sous-marins, l’achat de leurs équipements mais aussi la mise à niveau de l’outil industriel d’Adelaide et les plans de formation, qui constitue l’enveloppe globale de 50 milliards de dollars prévue par le gouvernement australien dans le cadre de ce programme.

Pour DCNS, les retombées doivent se calculer en milliards d’euros et, au-delà des sommes en jeu, l’ampleur exceptionnelle du projet doit donner un nouveau coup d’accélérateur au développement du groupe français à l’international. L’industriel espère en effet capitaliser sur le choix australien pour faire valoir ses atouts sur d’autres dossiers. On pense en particulier au projet des nouveaux sous-marins norvégiens, où la compétition face à TKMS s’annonce d’autant plus rude que les Allemands viennent d’échouer en Australie.

 

Le Shortfin Barracuda Block 1A (© DCNS)

Le Shortfin Barracuda Block 1A (© DCNS)

 

Les clés du succès

Emporter un grand programme de défense est une affaire toujours très complexe, mêlant des aspects technologiques, industriels et financiers, mais aussi une part cruciale de politique, de diplomatie et de coopération militaire. Sans oublier la capacité des hommes et femmes en charge de ces dossiers à s’entendre et se faire confiance. Dans le cas de l’Australie, toutes ces étoiles se sont alignées ensemble et au bon moment. Les grandes clés du succès sont les suivantes :

Le produit. D’abord le modèle proposé par DCNS. Une version à propulsion conventionnelle des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda de la marine française, dont quatre des six exemplaires sont déjà en construction (voir notre article détaillé). La tête de série, le Suffren, doit être mise à l’eau l’hiver prochain en vue d’une livraison en 2018. Sans être encore éprouvé à la mer, le design proposé à l’Australie est donc le fruit d’un projet concret, en cours de réalisation, et non un « bateau de papier » comme le type 216 allemand.

 

Le SNA Suffren en construction à Cherbourg (© DCNS)

Le SNA Suffren en construction à Cherbourg (© DCNS)

 

DCNS a, de plus, l’habitude de construire des sous-marins océaniques de grande taille, ce qui n’est pas le cas de TKMS. Enfin, alors que la sous-marinade française est réputée comme l’une des meilleures au monde, le Barracuda est un produit de nouvelle génération, très optimisé et offrant des capacités supérieures au Soryu japonais, dont la première unité est entrée en service en 2009. « Le modèle que nous proposons sera le sous-marin conventionnel le plus performant au monde et il assurera à l’Australie une supériorité maritime régionale incontestable », assure Hervé Guillou.

Transfert de technologie et maintenance. Autre avantage des Français, leur capacité à assurer un transfert de technologie sur des programmes majeurs et de manière globale, c’est-à-dire de la conception à la maintenance en passant par la construction et même le démantèlement. Alors que les Japonais n’ont aucune expérience à l’export dans le domaine naval militaire, les Allemands ont déjà vendu des sous-marins construits sous licence par d’autres pays, à l’image du type 214 en Corée du sud et en Turquie. Mais ces programmes n’équivalent pas en ampleur et en profondeur de coopération ceux menés par DCNS en Inde et surtout au Brésil, où le groupe a démontré qu’il était capable de former des ingénieurs pour la conception de sous-marins, des équipes de production pour leur fabrication et même d’assister un pays pour la création de toute pièce d’un chantier et d’une base navale. Son savoir-faire en matière de formation d’équipages et de maintien en condition opérationnelle a, quant à lui, été éprouvé avec plusieurs pays, comme la Malaisie, qui s’est dotée avec la France de la première flottille de sous-marins de son histoire, ce qui constitue un challenge technique et humain de premier ordre.

Le soutien politique. Déterminant pour ce type de contrat, il a été « total » selon le patron de DCNS, avec un engagement personnel de François Hollande, qui s’est rendu en Australie fin 2014, alors que Jean-Yves Le Drian, dont l’action en matière de soutien à l’export est unanimement saluée par les industriels tricolores, a fait deux fois le déplacement. Le Quai d’Orsay a également mouillé la chemise, la diplomatie économique mise en place par Laurent Fabius et poursuivie par Jean-Marc Ayrault ayant fonctionné à plein, tant à Paris que sur place depuis l’ambassade et les réseaux français en Australie. Le franco-australien Ross McInnes, ancien de Thales et président du Conseil d’administration de Safran et de la Chambre de commerce franco-australienne, est notamment présenté comme l'un des artisans de la victoire.

Une équipe de France soudée. Ross McInnes symbolise aussi l’union de l’ « Equipe de France », comme aime l’appeler Hervé Guillou. Par le passé, certains contrats majeurs ont en effet été perdus au profit d’autres pays faute de soutien politique efficace ou suite à des désaccords entre industriels français, parfois étalés sur la place publique. Une dérive suicidaire à laquelle a mis fin le ministre de la Défense dès son arrivée à l’Hôtel de Brienne en 2012. Avec un objectif clairement affiché : que les Français, s’ils ont du linge sale à laver, le fassent comme les Allemands « en famille » et s’organisent pour partir unis à la conquête des marchés internationaux. Une volonté ministérielle qui a depuis quatre ans largement porté ses fruits, comme en témoignent l’augmentation remarquable des ventes de matériels militaires français. Dans le cas Australien, l’Etat a mis tout son poids dans la balance et les grands partenaires de DCNS, que ce soit Thales, très présent en Australie, Schneider Electric, premier employeur à Adelaide ou encore Safran ont tous joué collectif. DCNS a, en outre, habilement communiqué, jouant profil bas sur le projet tout en faisant connaitre son offre localement, y compris via des campagnes de publicité dans les rues d’Adelaide, mettant en scène son sous-marin et faisant valoir les 2900 emplois locaux que créerait le programme.

 

Frégate française ravitaillée par le HMAS Success (© RAN)

Frégate française ravitaillée par le HMAS Success (© RAN)

 

Géostratégie et coopération militaire. Le choix australien en faveur de DCNS réside, enfin, dans des questions géostratégiques et militaires. Ce programme, comme l’a rappelé François Hollande, vise à permettre à l’Australie d’assurer « sa souveraineté » dans ses eaux, protéger ses approches maritimes et être en mesure d’intervenir là où ses intérêts pourraient être menacés. Cela, au moment où de nombreuses marines asiatiques se renforcent considérablement, à commencer par celle de la Chine. Dans cette perspective, Canberra souhaite s’appuyer sur un partenaire fiable considéré lui-même comme une grande puissance navale et constituant un allié de poids. « L’Australie est un pays souverain qui a choisi la France car elle sait que nous sommes une nation indépendante, capable de déterminer elle-même ses choix », a déclaré le chef de l’Etat, précisant que ce libre arbitre reposait notamment sur les produits de DCNS : « Cette entreprise a conçu et réalisé au cours de l’histoire les bâtiments de la marine, notamment des sous-marins, qui ont assuré notre indépendance, la crédibilité de notre dissuasion et la présence de la France sur toutes les mers ». De fait, la Marine nationale, qui a eu un rôle très actif dans le cadre de la compétition en Australie, jouit d’une excellente renommée chez ses homologues étrangères et opère dans la région puisque la France, avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, est un pays riverain de la zone Asie-Pacifique. La flotte tricolore y a d’ailleurs accru sa présence depuis deux ans en déployant très régulièrement, en plus des unités basées à Nouméa et Papeete, des bâtiments de premier rang. Ceux-ci évoluent notamment en mer de Chine, illustrant à chaque reprise la détermination de la France à faire respecter la liberté de naviguer dans les eaux internationales de ce secteur, que Pékin considère comme une mer intérieure. Face à l’essor de la puissance navale chinoise, une certaine alliance est d’ailleurs née entre les Etats-Unis, l’Australie, la France et des pays asiatiques riverains, à commencer par le Japon et la Corée du sud.

La Marine nationale, dont la réputation de la sous-marinade et du savoir-faire en matière de lutte ASM n’est plus à faire, a par ailleurs démontré sur de nombreux théâtres d’opération la parfaite interopérabilité des matériels français avec ceux des Etats-Unis, atteignant avec l’US Navy un degré d’intégration sans précédent. De quoi rassurer les Australiens, qui mettent en œuvre de l’armement américain, alors que les flottes allemande et japonaise, si leurs bâtiments sont aussi interopérables, ne peuvent rivaliser, en termes d’opérations et de capacités, avec leur homologue tricolores.

 

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

 

Un partenariat stratégique avec un allié historique

C’est donc bien un partenariat stratégique de grande ampleur, tant sur le plan industriel que politique et militaire, puisqu’il fait aussi l’objet d’accords intergouvernementaux, qui est en train de voir le jour entre les deux pays. Une alliance pour 50 ans constituant un engagement « au-delà des majorités politiques en France et en Australie », a affirmé mardi François Hollande, qui a souligné les liens historiques entre les deux nations, alliées depuis plus de 100 ans et qui, après les vives tensions nées de la reprise momentanée des essais nucléaires dans la Pacifique au milieu des années 90, sont aujourd’hui totalement réconciliées. On notera que l’annonce est, aussi, intervenue à un moment très particulier pour les deux pays. C’est en effet lundi, comme tous les 25 avril, qu’était célébré l’ANZAC Day, commémorant l’engagement de l’Australian and New Zealand Army Corps dans la sanglante bataille de Gallipoli (Dardanelles), en 1915. Et, alors que des drapeaux australiens flottaient sur les bâtiments publics de Paris mardi, le président de la République a profité de son intervention chez DCNS pour rappeler aux Français le sacrifice des troupes australiennes et néo-zélandaises venues ensuite combattre sur le sol de France. En cette année de commémoration de la Grande Guerre, il faut en effet se souvenir qu’il y a tout juste un siècle, pour la seule bataille de la Somme (1916), plus 23.000 Australiens ont perdu la vie en seulement un mois et demi (*). 

 

Le contre-amiral Noon lors des commémorations de l'ANZAC Day (© RAN)

Le contre-amiral Noon lors des commémorations de l'ANZAC Day (© RAN)

 

(*) Selon l’ambassade de France en Australie, au total, plus de 416.000 Australiens (313.000 sur le front occidental) et 128.000 Néo-Zélandais (plus de 90.000 en France et en Belgique) seront volontaires ou mobilisés entre 1914 et 1918 sur tous les fronts. 60.000 Australiens et 18.150 Néo-Zélandais mourront sur le front occidental, en Turquie ou dans le Pacifique, soit, pour le front occidental, le taux le plus élevé des armées engagées.

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