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Sous-marins brésiliens : Que se passe-t-il à Itaguaí ?

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Sous-marins brésiliens : Que se passe-t-il à Itaguaí ?

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Alors que le Brésil est confronté à une situation politique et économique très difficile, son programme de nouveaux sous-marins est-il menacé ?  « Le programme n’est pas suspendu. Il suit son cours et nous sommes dans les temps », assure-t-on chez DCNS.

Le groupe français, allié au géant brésilien Odebrecht au travers de la société Itaguaí Construções Navais (59% Odebrecht, 41% DCNS), a signé en 2009 un contrat géant de 6.7 milliards d’euros portant sur la réalisation en transfert de technologie de quatre sous-marins du type Scorpene, ainsi que la construction à Itaguaí d’un chantier flambant neuf et d’une nouvelle base navale. S’y ajoute l’assistance à la conception des parties non nucléaires du premier sous-marin nucléaire d’attaque brésilien. L’ensemble est connu sous le nom de programme PROSUB.

 

La partie avant du S-BR 1 réalisée à Cherbourg (© : DCNS)

La partie avant du S-BR 1 réalisée à Cherbourg (© : DCNS) 

 

Le premier bâtiment bien avancé

Concernant la réalisation du premier Scorpene (S-BR 1), qui devrait prendre le nom de Riachuelo, les travaux ont bien avancé. DCNS a livré en mai 2013 la partie avant du bâtiment. Celle-ci a été réalisée à Cherbourg, où elle a servi de support à la formation des équipes brésiliennes travaillant aujourd’hui à Itaguaí. Depuis, ICN, qui emploie désormais 1300 personnes sur place, a réalisé la coque épaisse de la partie arrière, livrée cet été. La coque du S-BR 1 est donc fabriquée, mais pas encore jonctionnée car il faut avant de la fermer poursuivre l’intégration des différents équipements (blocs découplés, tuyauteries, cloisons, caisses, appendices extérieurs…) Comme pour la fabrication de la coque épaisse, des ingénieurs et techniciens brésiliens sont également venus à Cherbourg pour se former à la réalisation de berceaux suspendus. Le berceau milieu du S-BR 1 a servi aux travaux pratiques à la pointe du Cotentin et va rejoindre Itaguaí dans les prochaines semaines pour être intégré à la coque du S-BR-1, les autres berceaux étant fabriqués localement.

Au final, le premier sous-marin en est à ce jour à 40% d’achèvement. « L’état d’avancement est jugé globalement satisfaisant et il n’y a pas de situation d’alerte », explique-t-on chez DCNS. Alors que les coques épaisses du second et du troisième Scorpene sont en cours de réalisation - la première en étant arrivée cette année au stade de l’intégration d’équipements - il reste cependant beaucoup de travail avant la mise à flot de la tête de série. Cette étape est prévue en 2017 par les Brésiliens, qui contrôlent le programme.

 

Sous-marin du type Scorpène, ici Chilien (© : DCNS)

Sous-marin du type Scorpène, ici Chilien (© : DCNS) 

 

Acceptation prochaine du système de combat

Pendant ce temps, les formations se poursuivent en France dans le cadre des transferts de technologies, 60% des équipements destinés aux quatre Scorpene et dont la réalisation a été confiée directement à DCNS sont finis. Les travaux de réalisation, d’intégration et d’essais du système de combat des futurs sous-marins, menés sur la plateforme de Saint-Mandrier (où les Brésiliens viennent aussi se former), se terminent également, ouvrant la voie à une acceptation prochaine du système par la marine brésilienne.

 

Le chantier de l'EBN fin 2014 (© : DCNS)

Le chantier de l'EBN fin 2014 (© : DCNS) 

 

La construction du chantier d’assemblage en retard

Sur le plan industriel, tout est donc apparemment en ordre. Mais il y a effectivement un problème potentiellement de taille. En effet, si la construction des sous-marins, malgré les difficultés habituelles pour un programme de cette ampleur, se déroule plutôt bien, la situation est plus délicate concernant les infrastructures. Côté fabrication de coques et intégration d’équipements, l’ensemble est opérationnel pour ce qui concerne ICN et son partenaire Nuclep (qui fabrique les tronçons de coque épaisse). En revanche, l’édification par Odebrecht du grand chantier d’assemblage, qui appartiendra comme la base navale attenante à la marine brésilienne, marque le pas. Pour mémoire, les deux sites sont séparés par une colline où un tunnel a été percé afin d’acheminer vers le hall d’assemblage du chantier les sections de coque produites par ICN.

 

Les unités de production d'ICN sont opérationnelles depuis 2014 (© : DCNS)

Les unités de production d'ICN sont opérationnelles depuis 2014 (© : DCNS) 

Vue de la future EBN (© : DCNS)

Vue de la future EBN (© : DCNS) 

 

Restrictions budgétaires

Lancés en 2010, les travaux titanesques visant à créer ex-nihilo un complexe chantier/base navale, appelé EBN (Estaleiro e Base Naval), souffrent de retard. Selon le calendrier officiel, le grand hall s’assemblage du site, qui ressemble à celui de DCNS à Cherbourg, doit être opérationnel en 2016 pour assurer la jonction du S-BR 1 et fermer ainsi sa coque. Mais l’économie brésilienne connait de grosses difficultés, doublées d’une crise politique aggravée par des scandales de corruptions. Le pays, très endetté, est entré en récession au second trimestre, obligeant l’Etat à se serrer la ceinture, la Défense n’y échappant pas. Or, les restrictions budgétaires impactent le chantier de l’EBN. La marine brésilienne est on l’imagine sous pression pour débloquer les fonds nécessaires à la poursuite du chantier. Car les enjeux sont énormes, non seulement pour le secteur du BTP (pour Odebrecht et ses fournisseurs l’EBN mobilise 9000 personnes sur 5 ans et représente 27.000 emplois indirects), mais aussi pour la bonne exécution du programme des sous-marins. Car, si l’argent nécessaire n’est pas injecté rapidement, des répercussions sur le calendrier de livraison des Scorpène seront inévitables. En effet, leur réalisation ne pourra se poursuivre dans les temps si les infrastructures ne sont pas livrées à l’heure. Quant à la construction du premier SNA brésilien, prévue pour débuter en 2017 en vue d’une mise en service d’ici 2025, elle pourrait selon certains journaux brésiliens être de nouveau reportée afin d’étaler les coûts du programme PROSUB.

Pas d’impact financier pour DCNS

Le financement de l’EBN constitue quoiqu’il en soit l’enjeu majeur des mois à venir pour les Brésiliens. Quant à savoir si les difficultés budgétaires ont un impact sur DCNS, sachant que PROSUB représente environ 10% du chiffre d’affaires annuel du groupe français, à Paris, on assure ne subir aucun impact financier à ce jour puisque l’entreprise, qui n’est pas à la tête de l’édifice complexe gérant le programme, remplit jusqu’ici sa part du marché. 

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