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Sous-marins : La Norvège doit prochainement faire son choix

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Sous-marins : La Norvège doit prochainement faire son choix

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Le ministère norvégien de la Défense prévoit d’achever d’ici l’été la phase de définition du projet de nouveaux sous-marins dont le royaume souhaite s’équiper. Un programme pour lequel Oslo a prévu de collaborer avec un industriel étranger, la Norvège étant certes un grand pays de construction navale, mais n’a pas d’expérience dans le domaine des sous-marins.  

Les Allemands nommément cités

Le ministère indique qu’il n’a pas encore fait son choix et qu’il est en « discussions actives » avec « plusieurs pays et chantiers  » en vue de mettre en place une coopération. L’Allemagne est la seule nommément citée dans la dernière communication des autorités norvégiennes, qui soulignent avoir déjà avec elle une « coopération de longue date couronnée de succès ». Les six actuels sous-marins de la marine norvégienne (classe Ula du type 210) ont en effet été livrés par les chantiers allemands entre 1988 et 1991. Le secrétaire à la défense ainsi que le directeur de l’agence d’acquisition de matériels militaires ont d’ailleurs participé le mois dernier, à Berlin, à un séminaire avec les autorités et industriels allemands au sujet du programme de renouvellement, au cours de la prochaine décennie, de la flotte sous-marine norvégienne.

Coopération franco-norvégienne depuis près de 20 ans

TKMS semble donc très bien placé dans la compétition, mais il n’est pas le seul et d’autres acteurs ont de solides atouts à faire valoir. C’est le cas en particulier de DCNS. Le groupe français a, lui aussi, eu plusieurs collaborations fructueuses avec la marine norvégienne. Il faisait ainsi partie du consortium ayant mené à bien, en 2013, le programme des six patrouilleurs lance-missiles à effet de surface du type Skjold, et a assuré la modernisation du système de combat des 14 unités du type Hauk, entre 1997 et 2004.

Scorpene : un modèle très réputé

Dans le domaine des sous-marins, DCNS a également de sérieux arguments, sa gamme Scorpène, vendue pour le moment au Chili (2), à la Malaisie (2), à l’Inde (6+3) et au Brésil (4) ayant largement fait ses preuves. Alors que le type 214 allemand n’a guère fait parler de lui, si ce n’est pour des problèmes au niveau de ses piles à combustibles - régulièrement démentis par le constructeur mais tout de même évoqués de manière récurrente par la presse des pays ayant adopté ce modèle, d’abord la Grèce et dernièrement Corée du sud – les Scorpene ont été largement encensés par les marines clientèles. Considérés comme faisant partie des plus performants et des plus silencieux au monde, ces sous-marins, conçus pour les opérations hauturières comme les missions littorales, ont bénéficié ces dernières années de nombreuses améliorations et innovations. La dernière en date est le développement, par DCNS, d’un système de piles à combustible de nouvelle génération permettant d’augmenter significativement l’autonomie en plongée.

Une technologie de pointe et des équipementiers de premier ordre

Les industriels français peuvent miser sur une technologie reconnue et éprouvée (y compris les piles à combustibles, le dispositif étant testé depuis plusieurs années avec à son actif des milliers d’heures de fonctionnement), non seulement sur la plateforme mais aussi sur les équipements et armes, avec des leaders mondiaux comme Thales pour les sonars (dont même les Américains s’équipent) et Sagem pour les mâts optroniques et les systèmes de navigation (que la marine norvégienne a déjà choisie pour certains de ses bâtiments).

Les marines française et allemande ne jouent pas dans la même cour

Mais ils s’appuient aussi sur la Marine nationale. Car il ne s’agit pas seulement d’acquérir des sous-marins, encore faut-il avoir la certitude que les industriels choisis sont adossés à des forces navales vraiment efficaces, dont l’expérience opérationnelle permet de conforter les choix techniques. Et c’est là que le bât blesse pour les Allemands, dont la petite flotte est cantonnée, depuis des années, à la protection des approches maritimes et à des missions d’action de l’Etat en mer, y compris à l’étranger, où l’on ne voit pour ainsi dire les bâtiments de surface allemands engagés que dans des missions de faible intensité, à l’image de la lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée ou la piraterie au large de la Somalie. Quant aux sous-marins de la Bundeswehr, qui ne sont pas conçus pour les missions océaniques, ils se cantonnent manifestement aux eaux européennes.   

Cela ne veut pas dire que le matériel et les équipages allemands ne sont pas bons, bien au contraire, mais ils n’ont clairement pas, et ce n’est pas leur faire offense que de le dire, le rayonnement, l’expérience et les capacités opérationnelles de leurs homologues français, dont la marine est devenue la seule flotte globale en Europe après avoir, pour la première fois de l’histoire, surclassé une Royal Navy rongée par les restrictions budgétaires. Au-delà de ses forces de surface, emmenées par le porte-avions Charles de Gaulle, la Marine nationale est mondialement réputée pour les performances et le savoir-faire de sa sous-marinade, dont les unités parcourent toutes les eaux du globe.

La confiance des grandes puissances comme des marines régionales

C’est d’ailleurs pour cette raison que les grandes puissances émergentes, comme l’Inde et le Brésil, ont choisi le Scorpene, tout comme ce fut le cas pour des marines plus régionales, soucieuses de bénéficier des compétences françaises et de nouer un partenariat stratégique avec Paris et la Marine nationale. Car c’est aussi cela, un programme d’armement avec un pays étranger, non seulement des équipements mais aussi une alliance politique et militaire. Et, dans le cas de la Norvège, qui doit en particulier faire face à son voisin Russe, il est évident qu’une coopération renforcée avec la marine française, dont Moscou comme Washington sont les premiers à reconnaitre la valeur, est bien plus pertinente qu’un partenariat avec toute autre flotte européenne. En multipliant depuis plus d’un an le déploiement de bâtiments (frégates, SNA, avions de patrouille maritime) dans le grand nord, notamment dans le cadre des mesures de réassurance face à la Russie, la Marine nationale a d’ailleurs clairement prouvé ses capacités et sa disponibilité pour soutenir la Norvège et défendre les intérêts européens. Quant à DCNS, il n’a plus à faire la démonstration de ses services en matière desoutien aux matériels vendus à l’export, un domaine qui constitue là aussi un grand point fort du groupe tricolore.