Construction Navale
Sterenn Glaz, première unité neuve de Ship As A Service

Reportage

Sterenn Glaz, première unité neuve de Ship As A Service

Construction Navale

C’est la première construction neuve pour Ship As A Service (SAAS). Le Sterenn Glaz vient de rejoindre l’entreprise lorientaise, qui propose des résultats clé en main à des clients ayant besoin de faire des opérations en mer. Ce petit workboat de moins de huit mètres qui peut être transporté par la route gonfle les effectifs d’une flotte désormais forte de 10 unités.

 

Le bateau peut être chargé sur une remorque pour être projeté à travers l'Europe. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Le bateau peut être chargé sur une remorque pour être projeté à travers l'Europe. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Bateau armé en troisième catégorie pour les professionnels pouvant aller jusqu’à 20 milles des côtes et embarquer six personnes (en comptant le capitaine), le Sterenn Glaz a été optimisé au maximum pour réaliser des missions assez diverses. Il a été pensé avec « un tronc commun pour l’acquisition de données et les missions océanographiques », explique Hervé Allaire, fondateur de l’entreprise. Il est ainsi en mesure de réaliser des campagnes hydrographiques (MBES, sonars, sampling), de conduire des essais en mer, de mener des inspections sous-marines ou de travailler sur des missions océanographiques ou de R&D. En tout, il aura fallu deux ans et demi pour aboutir au résultat désiré avec « beaucoup d'innovations d'usage » et un petit navire aussi modulaire que possible. Pour y parvenir, Ship As A Service s’est appuyé sur l’expérience acquise sur ses précédentes unités et a nourri sa réflexion d’échanges avec ses clients pour répondre à leurs attentes. Pour le Sterenn Glaz, ce sont aussi bien des bureaux d'études du milieu marin que des porteurs de projets d'énergies marines en mer ou encore des industriels ayant besoin de faire de la R&D en mer.

 

Hervé Allaire. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Hervé Allaire. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

 

Le bateau a été dessiné par Thomas Serré (SB Yacht Design) et construit par le chantier Lecamus. En effet, Ship As A Service a choisi de miser sur une construction en polyéthylène haute densité (PEHD) pour la coque, un matériau que travaille le chantier rochelais depuis 2009, qui présente une « empreinte carbone très atténuée par rapport à l’aluminium », vante Hervé Allaire. Selon SAAS, il est « cinq fois moins impactant en termes d’empreinte carbone que l’aluminium et recyclable à l’infini ». Encore méconnu dans le domaine maritime alors qu'il est éprouvé dans le BTP, ce plastique extrudé a aussi l’avantage d’être un matériau souple, très résistant, qui ne présente pas de problème de corrosion et se soude très bien. Le PEHD ne pouvant être peint, le bateau n’a pas d’antifouling. Ce qui n’est pas un problème pour Ship As A Service puisque le Sterenn Glaz ne reste pas à quai. Selon Hervé Allaire : « C'est le premier navire en PEHD inscrit au commerce. On a ouvert la voie du navire de travail en PEHD. C'est le premier de la liste, mais je pense qu'elle va être longue, probablement chez nous, mais aussi chez d'autres armateurs qui vont s'inscrire dans la ligne, parce que c'est tellement adapté à ce que font ces bateaux là que ça devrait, à mon avis, sur tout un tas de sujets, remplacer l'aluminium ».

 

 

Le Sterenn Glaz mesure 7.80 mètres de long, pour 3 mètres de large et 60 centimètres de tirant d’eau. Quand il est hissé sur la remorque, des caissons latéraux assurant sa stabilité jusqu’à force 6 sont enlevés pour être au gabarit routier. En mer, lorsque le moonpool sur le pont arrière de 3m2 est fermé par un sabot, la carène planante propulsée par un Volvo Penta de 225 CV en Z-drive, qui apporte une bonne maniabilité dans les zones contraintes (comme les ports), peut faire des transits rapides à 25 nœuds. Son étrave droite laisse la possibilité d’installer une perche. A l’arrière, un portique supportant 200 kilos est utilisé pour déployer instruments et matériels. En cabine, en arrière du petit poste de barre, l’opérateur dispose d’un bel espace bureau avec des ordinateurs pour travailler. Un écran permet aussi au barreur de contrôler l’acquisition de données.

 

Mise à l'eau d'une sonde. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Mise à l'eau d'une sonde. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

En tout, le navire peut adopter cinq configurations différentes : prélèvement (de sédiments ou d’eau, par exemple, avec portique, table de tamisage, tuyau d’eau de mer, table de tri…), acquisition de données (en plongeant un sondeur bathymétrique depuis le moonpool ou en remorquant un sonar en utilisant un treuil), installation d’équipements océaographiques (houlographe, capteur, etc., en ayant recours au portique), plongée (en enlevant les équipements sur le pont, posant les bouteilles sur les côtés des pavois et utilisant une échelle perroquet), inspection d’ouvrages (en utilisant le portique pour mettre à l’eau différents types de robots télé-opérés, ou encore en en utilisant un scanner rotatif sous-marin qui dessine les ouvrages maritimes en nuage de points). Moins d'une demie journée est nécessaire pour passer d'une configuration à une autre. 

 

 

Le bateau a coûté 200.000 euros à lui seul et presque autant pour les coûteux équipements scientifiques. Mis en service début 2021, il a déjà réalisé plusieurs missions : cartographie d'habitats dans le golfe du Morbihan pour des projets hydroliens, campagne de R&D d'essais en mer de drone, bathymétrie de plusieurs ports bretons (Saint-Malo, Concarneau, Lorient), recherche d'objets...

Créée fin 2016, SAAS (marque de SerEnMar SAS) compte une trentaine de salariés avec des profils d’ingénieurs ou marins, essentiellement. Une partie sont d’anciens personnels de la branche Opérations marines de la Comex, rachetée par SAAS l’été dernier. Lors de cette opération, SAAS a notamment acquis deux navires de recherche : le catamaran en aluminium Janus 2 (28.46 mètres de long, par 10 de large, pouvant embarquer 10 passagers et positionné à Marseille) et le Minibex (25.81 mètres de long, par 6.41 de large et positionné à Lorient). Ces deux navires hauturiers à positionnement dynamique, sont pré-équipés pour des campagnes de survey et de soutien aux essais en mer. La flotte compte aussi 8 navires côtiers polyvalents et rapides, de nombreux ROV, des drones aériens marinisés, un parc d’instrumentation (sonars, magnétomètres, caméras acoustiques, moyens de positionnement sous-marins, outils de prélèvement, capteurs, sondeurs), équipements de plongée… SAAS a des clients variés, allant d’industriels des énergies de la mer aux chantiers navals, en passant par les entreprises du secteur de la défense, marines militaires, collectivités locales, bureaux d’études, organismes de recherche, centres d’essais et autres services de l’État.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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