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Reportage

Strasbourg : Batorama veut passer sa flotte à l'hydrogène

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Presque 800.000 passagers par an empruntent l'un des 10 bateaux de Batorama pour découvrir le centre-ville de Strasbourg, la Petite France et le quartier européen. « Nous sommes la première attraction payante du grand Est » souligne Yann Quiquandon, ancien officier de marine marchande et directeur de Batorama. Cette filiale de droit privé du Port Autonome de Strasbourg affiche un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros et emploie une cinquantaine de salariés avec notamment une trentaine de navigants. L’activité affiche un beau succès et la direction ne ménage pas ses efforts pour continuer cette histoire qui a démarré en 1947, « avec un seul bateau qui faisait du tourisme industriel dans le port ».

Pour évoluer, il faut renouveler. Et Yann Quiquandon le sait bien, renouveler cela veut aussi souvent dire innover. Surtout quand on évolue dans un milieu exigeant, celui du tourisme, où il faut toujours en faire plus pour plaire au public, et contraignant, celui de la navigation fluviale en milieu urbain. « Nos bateaux naviguent toute l’année dans le centre-ville de Strasbourg, au contact direct des riverains. Il est rapidement apparu que nous devions prendre nos responsabilités dans cette cohabitation ». Les Strasbourgeois sont connus pour leur attachement à l’environnement : ici le centre-ville est piéton et tout le monde se déplace à vélo. Alors la question des émissions polluantes est toujours au centre des préoccupations.

 

(DROITS RESERVES)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« C’est pour cela qu’en lançant notre projet Caravelle de renouvellement de la flotte, le choix d’une propulsion éco-responsable est naturellement devenu une priorité ». Caravelle, c’est à une échéance de 7 à 10 ans, sept bateaux à renouveler, pour un budget d’environ 15 à 20 millions d’euros. La flotte comporte actuellement des unités couvertes et découvertes, ainsi qu’un bateau évènementiel. Pour les remplacer, un appel d’offres pour les études a été lancé et remporté, début février, par le cabinet d’architecture navale Ship ST.

Celui-ci va désormais devoir travailler sur un prototype qui combine des multiples critères : une longueur limitée à 25 mètres, une polyvalence qui permette aux navires d’être exploités en été et en hiver et, donc, une propulsion verte. « Les consciences évoluent vite sur ce point et nous avons la capacité financière de nous préparer à cette transition. Cela fait un moment que nous réfléchissions à ce point et nous nous sommes beaucoup documentés. Nous avons aussi rencontré des professionnels, notamment le groupement Neopolia en Loire-Atlantique qui nous a donné beaucoup de réponses à nos questions ».

Pour Batorama, la priorité, c’est le zéro émission. « Nous avons donc rapidement compris que nous nous orienterons vers l’électrique. Restait à savoir comment nous pouvions combler nos besoins en autonomie : les batteries ? les supercapacités ? un mélange des deux ? la pile à hydrogène ? » Le choix est, en fait, rapidement fait, ce sera l’hydrogène. « Nous sommes persuadés que c’est cela qui va vraiment être la technologie de rupture dans les dix prochaines années. La seule faiblesse c’est la source du combustible. C’est pourquoi, nous avons intégré dans le projet la création d’une station d’hydrogénisation, mutualisée avec un groupe de logistique ».

Le problème de l’hydrogène, c’est, pour l’instant, la règlementation. « Dans notre domaine, nous ne pouvons utiliser de combustible dont le point éclair est inférieur à 50°C. Il va donc falloir adapter les textes règlementaires. Mais nous sommes confiants. Le premier bateau fluvial à passagers fonctionnant à l’hydrogène est en exploitation à Amsterdam depuis 2011 et les textes d’encadrement ont suivi ». Et il y a aussi l’acceptabilité du grand public : « il faudra expliquer ce qu’est l’hydrogène, les dangers potentiels, ce qu’on met en place pour empêcher tous les risques ».

 

(DROITS RESERVES)

 

La première phase d’étude du projet va durer un an. Elle permettra de chiffrer le coût de ce nouveau type de propulsion mais aussi trouver une architecture permettant aux navires de naviguer par toutes les saisons. « C’est l'un des gros défis techniques, trouver un moyen de faire rentrer les vitres de protection dans les plats bords tout en garantissant une étanchéité parfaite et une maintenance aisée ». Batorama veut également que sa future flotte réponde à « l’expérience client » des générations X et Y : « nos bateaux devront avoir une signature, une identité ainsi qu’un service correspondant aux besoins actuels. Tous les sièges seront équipés de prise USB et de WiFi. Nous allons aussi renforcer notre offre multimédia et multilinguistique avec des tablettes sur le dos des sièges et l’intégration de la réalité virtuelle : en passant devant le Parlement européen, notre client pourra, par exemple, découvrir l’intérieur du bâtiment ».

Les études du projet Caravelle ont démarré début février. D’ici la fin de l’année, l’appel d’offres pour la réalisation du premier navire de 25 mètres devrait être lancé. « La construction devrait démarrer mi-2019 pour une entrée en service en 2021 du premier prototype ».