Construction Navale
STX : Face aux risques d’une vente, l’Etat toujours attentiste

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STX : Face aux risques d’une vente, l’Etat toujours attentiste

Construction Navale

Malgré les multiples signaux d’alerte et une phase favorable qui aurait sans doute pu lui permettre, pendant plusieurs mois, de remettre sous contrôle tricolore son dernier grand chantier naval civil, la France se refuse à prendre l’initiative sur le dossier STX France. L’actionnaire majoritaire du constructeur nazairien, le Coréen STX Offshore & Shipbuilding, est toujours menacé de liquidation. Gravement endetté et à court de trésorerie, il a été placé en dressement judiciaire le mois dernier et a jusqu’au 9 septembre pour présenter un plan de sauvetage à la justice coréenne.

La Corée va-t-elle sacrifier un constructeur pour sauver les trois autres ?

Même si EY Han Young, cabinet d’audit mandaté dans le cadre de la procédure, a récemment estimé que le groupe avait plus de valeur en poursuivant ses activités qu’en étant liquidé, rien ne dit qu’il survivra. L’affaire est notamment politique et le gouvernement de Séoul a déjà fort à faire pour maintenir à flot les trois plus grands constructeurs nationaux, Daewoo, Hyundai et Samsung, eux-aussi durement touchés par l’effondrement des commandes de navires dans le monde.

Dans ces conditions, la revente des chantiers de Saint-Nazaire, dont le carnet de commandes regorge de paquebots, est toujours plausible afin d’injecter un peu de cash dans les caisses de STX O&S, et bien sûr inévitable en cas de liquidation du groupe.

Peu d’évolution depuis un mois

Alerté sur la situation, le gouvernement français indique depuis des mois qu’il suit de près la situation de STX France, dont l’Agence des Participations de l’Etat détient 33.34% du capital, complétant les 66.6% possédés par les Coréens. Au-delà des déclarations, nous nous interrogions le 22 juin ("Reprise de STX France : Mais qu'attendent les Français pour agir ?") sur les actions concrètes entreprises notamment par Bercy, en charge de ce dossier, pour élaborer une éventuelle solution de reprise en cas de cession. Force était alors de constater que rien ne bougeait réellement. Quelques semaines plus tard, et alors que l’échéance fatidique se rapproche à Séoul, on continue de réfléchir à Paris, mais on est guère plus avancé.

Le veto face à un prédateur asiatique

Point important, il semble que les services du ministère de l’Economie ont pris la mesure du problème. Le risque majeur reste, si une cession intervient, l’irruption d’un repreneur, en particulier asiatique, profitant de l’occasion pour se livrer à un pillage technologique. Sur ce point, l’Etat se veut très ferme et met en avant son droit de véto. Il se dit notamment que l’hypothèse d’un repreneur chinois ne serait pas acceptée. Cela étant, si le gouvernement refuse une telle offre, il devra faire une contre-proposition aux Coréens. Dans cette perspective, Bercy travaillerait à l’élaboration d’un éventuel tour de table dont les contours sont toujours aussi flous qu’incertains.

Un plan B à l’étude, au cas où

Alors qu’une nationalisation semble clairement à exclure, DCNS n’est manifestement pas, pour l’heure, prié d’étudier la reprise des parts coréennes. Le groupe naval pourrait en revanche, et sa direction s’y était dite prête, envisager d’acquérir une participation minoritaire dans STX France aux côtés d’autres acteurs. Mais lesquels ? Certains avancent la piste des clients du chantier. Une hypothèse séduisante sur le papier mais qui n’est dans les faits pas à l’ordre du jour, les armateurs - notamment MSC en avril dernier - ayant déjà exprimé leur souhait de garder leur indépendance vis-à-vis des chantiers. Même si cette position pouvait évoluer en cas de situation critique, il ne faut donc pas trop compter dessus. Du côté des collectivités, le Conseil régional des Pays de la Loire a adopté à l’unanimité, au début de l'été, un vœu ouvrant la voie, si besoin, à une entrée au capital de STX France. Mais il s’agirait au mieux de 10%.

DCNS et Piriou redoutent l’hypothèse Damen

Il y a aussi la question d’un intérêt potentiel de Damen, que nous révélions le mois dernier (voir notre article) et qui est toujours évoqué en coulisses. Une hypothèse qui serait très intéressante industriellement pour le groupe néerlandais, qui renforcerait ainsi considérablement son implantation en France, mais qui constituerait clairement une menace pour les autres acteurs tricolores du secteur, à commencer par DCNS ou encore Piriou. De ce fait, la question de l’avenir de STX France n’est pas une simple question ligérienne, elle touche aussi la Bretagne et même la Normandie, pour ne pas dire au-delà, tant les implications économiques et le réseau de fournisseurs est vaste.

Le cabinet d’Emmanuel Macron muet comme la tombe

Malgré les enjeux et probablement un coup politique intéressant à jouer, à l’heure où l’on peut déplorer le passage sous pavillon étranger de grosses entreprises françaises, le gouvernement reste donc sur la défensive et attend la suite des évènements. Interrogé début juillet et relancé depuis sur les intentions d’Emmanuel Macron sur ce dossier et les actions en cours, le cabinet du ministre de l’Economie n’a, à ce jour, pas répondu à nos questions. La preuve qu’il n’y a rien de concret à dire ?  

Les risques d’attendre d’être mis devant le fait accompli

Soyons clair, l’anticipation espérée, qui aurait consisté depuis déjà un moment à élaborer une solution de reprise et la présenter aux Coréens restera un vœu pieux. Mais la France, et derrière elle l’Etat actionnaire sensé être un minimum stratège, prend dès lors le risque de se retrouver devant le fait accompli. Et, si cela arrive, de devoir organiser en catastrophe un tour de table plus ou moins pertinent. Sans oublier l’éventualité de devoir renchérir plus ou moins fortement sur des offres de reprise étrangères non désirables et rejetées au motif de la préservation des intérêts stratégiques du pays.

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)