Construction Navale
STX France apporte son soutien au projet de grand voilier école

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STX France apporte son soutien au projet de grand voilier école

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Un superbe trois-mâts barque de 90 mètres de long sortira peut-être des chantiers français en 2017. Ce serait la première fois depuis près d’un siècle. Un projet de grand voilier école porté par une association, qui souhaite construire un tel navire à des fins pédagogiques, en y embarquant des jeunes venus de tous horizons pour une expérience unique, faite de partage, de solidarité et d’apprentissage.

Créée en septembre 2012, l’Association du Grand Voilier Ecole, lauréate du Coup de coeur 2013 du Cluster Maritime Français, a reçu un nouveau soutien de poids, celui de STX France, qui compte deux chantiers navals, à Saint-Nazaire et Lorient. Un partenariat crucial, estime l’amiral Pierre-François Forissier, ancien chef d’état-major de la Marine nationale (2008 – 2011) et aujourd’hui président de l’AGVE : « C’est un partenariat extrêmement important puisque STX France devient notre mécène technologique. Il met à notre disposition son bureau d’études afin que nous puissions construire notre projet d’un point de vue technique et financier ». Architectes et ingénieurs vont, ainsi, affiner les caractéristiques de ce bateau en acier, dont le dessin initial porte sur une longueur de 90 mètres, une hauteur de 55 mètres et une surface de voilure de 2240 m².

 

 

Design initial du grand voilier école (© AGVE)

Design initial du grand voilier école (© AGVE)

 

 

« L’objectif est d’allier l’ancien à la modernité et aux performances », explique l’amiral Forissier. En clair, si le futur grand voilier école adopte une allure traditionnelle, il intègrera toutes les avancées technologiques facilitant sa mise en œuvre et sa maintenance, tout en bénéficiant d’un coût d’exploitation limité. Le design de coque sera, ainsi, optimisé pour améliorer la pénétration dans l’eau, alors qu’un propulseur d’étrave est prévu afin de faciliter les manœuvres portuaires. Le gréement sera, pour sa part, doté des vergues courbes, permettant de remonter au vent.  Et il disposera d’un système automatique de manutention des voiles, pour être manœuvré par son seul équipage (20 personnes) sur les périodes de convoyage ou lorsqu’il affrontera une grosse mer, nécessitant de mettre les jeunes à l’abri. Le reste du temps, les bras de ces « cadets », jusqu’à 79 à bord,  s’ajouteront à ceux des marins pour envoyer la toile ou réduire la voilure. Le navire bénéficiera, par ailleurs, du savoir-faire des chantiers nazairiens en termes d’aménagements intérieurs, avec il faut le souligner, une architecture conçue pour pouvoir embarquer des personnes handicapées. Un critère très rare pour un bateau de ce type, qui s’inscrit dans l’esprit du projet : être ouvert à tous et toutes, quelle que soit son origine, quelle que soit sa condition.

 

 

Laurent Castaing et Pierre-François Forissier lors de la signature du partenariat (© STX FRANCE)

Laurent Castaing et Pierre-François Forissier lors de la signature du partenariat (© STX FRANCE)

 

 

Le choix du chantier n’est pas acté

 

 

Du côté de STX France, on se montre très enthousiaste à l'idée de participer à cette aventure. « L’association  Grand Voilier Ecole porte un très beau projet, qui allie les valeurs humaines d’entraide à l’esprit de rigueur de la voile dans lesquelles notre entreprise se reconnaît. Lorsqu’il aura vu le jour, il permettra à des centaines de jeunes de vivre une expérience unique qui les aidera certainement dans leur parcours de vie. Nous sommes fiers de faire bénéficier de notre expertise les acteurs d’un projet porteur d’une si belle ambition », explique Laurent Castaing, directeur général de STX France. Sollicité comme d’autres chantiers français capables de réaliser un tel navire pour travailler sur les aspects technico-financiers du projet, STX France a immédiatement répondu favorablement à la demande de l’association. Pour autant, le chantier nazairien, ou son petit-frère lorientais, ne réaliseront pas forcément le bateau si ce dernier voit le jour. « Le contrat de partenariat que nous avons signé n’est pas engageant au niveau de la construction. Bien entendu, vu que STX France nous aide, nous aimerions bien qu’ils réalisent le navire, mais nous n’en sommes pas là », précise le président de l’AGVL.

 

 

Réunir les 50 millions d’euros nécessaires à la construction

 

 

Avant de passer commande, il va bien entendu falloir réunir les fonds nécessaires à la réalisation du voilier, dont la mise sur cale est espérée en 2015 pour une livraison en 2017. L’objectif de l’association étant qu’il soit présent à l’Armada de Rouen l’année suivante. La construction du navire est évaluée à 50 millions d’euros. « Il nous reste à mobiliser les mécènes qui souhaitent associer leur action et leur nom à ce grand projet humaniste et unique en son genre », explique l’amiral Forissier, qui espère convaincre de grands groupes français de rejoindre l’aventure. Des entreprises dotées d’importants moyens financiers et en quête de projets pour leurs jeunes employés ou les enfants de leurs collaborateurs, autres que des activités traditionnelles parfois fort coûteuses et dont la finalité comme l’utilité peuvent être discutables.  Dans cette perspective, l’association ne souhaite pas démultiplier les mécènes, préférant, par souci de simplification du montage financier mais aussi de qualité du service rendu, réaliser un tour de table avec une dizaine de partenaires. Pour les besoins de l’opération, l’association devrait se transformer en fonds de dotation, et peut-être ensuite en fondation.  « Temps que le tour de table n’est pas finalisé, nous laissons la porte ouverte à toutes les organisations possibles ».

 

 

Design initial du grand voilier école (© AGVE)

Design initial du grand voilier école (© AGVE)

 

 

Equilibrer les coûts d’exploitation

 

 

Il ne s’agit toutefois pas, uniquement, de financer la réalisation du bateau. Il faut ensuite avoir les moyens de l’exploiter. Car, même si le navire est optimisé pour réduire les frais, son coût d’exploitation sera tout de même de l’ordre de 4.5 millions d’euros par an, salaires de l’équipage et maintenance compris. « Nous sommes en train de finaliser le business plan. Il s’agit de bâtir un projet d’ensemble, global, afin de déterminer la manière de financer le projet et faire en sorte qu’il soit économiquement équilibré dans la durée ». Différentes pistes sont à l’étude, comme l’utilisation du navire via les Comités d’entreprises, ceux des mécènes étant évidemment prioritaires. L’association pense aussi que le voilier pourrait être employé plusieurs semaines par an au profit des élèves de l’Ecole navale et de l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM). Pourquoi pas, également, dans le cadre de la montée en puissance de la Fonction Garde-côte, pour laquelle les administrations concernées sont à la recherche de projets pour assurer la cohésion des équipes. Et puis il y a évidemment l’ambition de nouer des partenariats avec des organismes de formation, d’insertion ou de réinsertion professionnelles, le projet ayant aussi pour vocation de mettre un pied à l’étrier à des jeunes en difficulté. « Ce navire sera ouvert à tous », martèle l’amiral Forissier, confirmant également que des jeunes individuels pourront s’ils le souhaitent embarquer (avec l’autorisation des parents ou du  tuteur légal pour les mineurs), moyennant évidemment une participation financière.  Le bateau pourra aussi être utilisé pour des séminaires, notamment des mécènes, mais pas question cependant de le privatiser. «  Nous devrons faire comprendre à nos partenaires que c’est d’abord un bateau école et que, s’ils est possible d’organiser un séminaire à bord, ils ne seront pas seuls car l’objectif est d’embarquer des jeunes à chaque sortie ».

 

Malgré toutes ces activités, on estime au sein de l’AGVE que les dons demeureront nécessaires afin d’équilibrer le budget. C’est pourquoi l’association souhaite voir croître significativement le nombre de ses adhérents et utiliser leurs cotisations pour compléter les revenus liés à l’exploitation du navire. Ainsi, l’amiral Forissier pense qu’avec 10.000 membres cotisant chaque année une cinquantaine d’euros, le tour serait joué.

 

 

A bord d'un grand voilier, ici le Belem (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

A bord d'un grand voilier, ici le Belem (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Quelles missions pour ce navire ?

 

 

Des adhésions qui, à l’image du mécénat, peuvent être motivées par la nature de ce très beau projet. Une idée humaniste, emprunte de belles valeurs et finalement très utile dans une société qui s’est fortement individualisée ces dernières années et au sein de laquelle une partie de la jeunesse manque probablement de repères. « Ce que nous recherchons, c’est la mixité, avec des jeunes venant de tous les milieux sociaux et culturels, afin qu’ils puissent bénéficier de l’expérience unique qu’apporte la mer et apprendre à travailler en équipe ». Affronter ensemble les éléments, s’entraider pour aboutir à un objectif commun, découvrir différents métiers et des horizons lointains. C’est ce que l’AGVE veut proposer aux jeunes. Un programme basé sur la vie en communauté et l’apprentissage. Pas seulement la manœuvre, mais aussi la connaissance. A ce titre, le navire disposera de véritables salles de cours, pour enseigner en toute sécurité la navigation et les manœuvres, pour dispenser des cours académiques et accueillir des conférences animées par des experts de haut niveau. « Le grand voilier école sera l’outil de transmission des matières scolaires, des valeurs d’engagement, de solidarité, de travail et de générosité, les métiers présentés à bord permettant une initiation à une large palette de vocations », explique l’association. Celle-ci prévoit d’exploiter le navire de plusieurs manières, à la journée ou pour de petites sorties le long des côtes, mais aussi avec de grandes navigations par delà les océans.

 

 

(© UPF)

(© UPF)

 

 

Navigations au long cours

 

 

Le grand voilier école est, en effet, imaginé comme un « tour-du-mondiste », taillé pour les navigations hauturières. L’AGVE souhaite, ainsi, le voir naviguer à l’international, sur toutes les mers du globe. De grands périples qui ne font pas peur à l’amiral Forissier. « Nous avons déjà eu cette expérience dans la Marine nationale lorsque l’Etoile et la Belle Poule sont allées aux Etats-Unis. Les goélettes avaient embarqué des jeunes qui avaient embarqué sur différentes portions du parcours, les acheminements se faisant par avion à chaque étape ». L’idée serait donc la même avec le trois-mâts. Pour ces voyages au long cours, comme d’ailleurs en temps normal (certains critères, médicaux par exemple, n’étant pas compatibles avec un embarquement), une sélection sera inévitable. « Lors des navigations à la journée ou à la petite semaine, nous pourrons repérer ceux qui sont les plus capables de participer à ces grandes traversées ». Ce qui signifie au passage qu’il sera possible d’embarquer à plusieurs reprises sur le navire, pour des périodes plus ou moins longues en fonction du projet social et pédagogique de chaque « cadet ».    

 

 

A bord d'un grand voilier, ici le Belem (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

A bord d'un grand voilier, ici le Belem (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Représenter la France

 

 

Le navire est, enfin, présenté comme un outil de représentation de la France. Appelé à participer aux rassemblements internationaux de grands voiliers, ses escales lui permettront également, selon l’association, de promouvoir l’esprit d’entreprise, les savoir-faire et les produits français.

C’est donc un projet aussi passionnant qu’ambitieux que porte l’AGVE, dont la vingtaine de membres fondateurs a mûrement travaillé son concept. «  Il existe déjà, à travers le monde, un certain nombre de voiliers écoles. Nous sommes allés chercher les meilleures idées pour les mettre toutes sur la même coque et, ainsi, obtenir un navire unique et ouvert à tous », note Pierre-François Forissier. Quant à savoir si ce genre de projet est bien raisonnable en période de crise, l’ancien patron de la flotte française, qui a bien connu les problématiques budgétaires, n’y voit aucun obstacle. « Ce n’est jamais le bon moment pour les projets ambitieux. On trouve toujours des raisons pour ne pas les faire. Je pense personnellement qu’en cette période difficile, il est au contraire nécessaire de voir aboutir des projets fédérateurs qui s’inscrivent parfaitement dans les problématiques du moment. Aujourd’hui, le seul risque que nous courrons, c’est de réussir ! » 

 

 

A bord d'une goélette de la Marine nationale (© MARINE NATIONALE)

A bord d'une goélette de la Marine nationale (© MARINE NATIONALE)

 

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