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STX France bientôt fixé sur son sort
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STX France bientôt fixé sur son sort

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Les négociations entre la France et l’Italie sur la composition du capital des chantiers nazairiens entrent dans leur phase finale. La date butoir pour aboutir à un accord avec les Italiens est semble-t-il fixée au 29 juillet, soit deux mois tout juste après la réception par l’Etat français de la lettre officielle confirmant la vente à Fincantieri des parts que détient STX Offshore & Shipbuilding dans Saint-Nazaire (66.6% du capital).

« Un accord d’ici la fin du mois »

Ces deux mois correspondent au délai durant lequel la France a la possibilité, si elle le souhaite, de préempter les parts du groupe sud-coréen, conformément au pacte d’actionnaire conclu en 2008 entre STX O&S et l’Etat, qui possède depuis cette date 33.34% de l’entreprise. « Les négociations avancent bien et conclure un accord d’ici la fin du mois est bien notre calendrier », explique-t-on dans l’entourage de Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, chargé par Emmanuel Macron de piloter les discussions avec Fincantieri et le gouvernement italien.

On s’en souvient, un premier accord avait été conclu le 12 avril entre Fincantieri et l’ancien gouvernement français, au travers duquel le groupe italien avait accepté de ne conserver que 48% des 66.6% rachetés, environ 12% étant cédés à Naval Group (ex-DCNS) et 6% revenant à la fondation italienne Fondazione CR.

Un schéma qu’Emmanuel Macron, sitôt élu, a souhaité renégocier. C’est ce qu’il a officialisé publiquement le 31 mai, lors d’une visite à Saint-Nazaire à l’occasion de la livraison du paquebot MSC Meraviglia, au lendemain avait-il précisé d’un entretien sur le sujet avec le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni. Les deux hommes vont d’ailleurs se retrouver ce week-end à l’occasion du  G20, qui se déroule à Hambourg. L’occasion, peut-être, de finaliser ce dossier.

La participation italienne sous la barre des 50%

Quoiqu’il en soit, le coup de théâtre de la fin mai n’a évidemment pas été très bien accueilli de l’autre côté des Alpes, où l’on pensait que l’accord arraché juste avant les élections françaises ne serait pas remis en cause. Mais face à la détermination du nouvel exécutif, les Italiens sont obligés de composer. Car si Emmanuel Macron souhaite une solution franco-italienne afin de consolider un partenariat industriel entre les deux pays, le chef de l’Etat, compte tenu des intérêts stratégiques que représente Saint-Nazaire, ne veut pas que l’actionnariat italien soit majoritaire dans le capital de l’entreprise. Il faut donc le faire descendre sous la barre des 50%. « C’est bien l’objectif », confirme-t-on à Bercy.

Les parts de la fondation italienne redistribuées

Paris veut donc évacuer la Fondazione CR et redistribuer ses 6% à d’autres acteurs. Plusieurs hypothèses sont sur la table. On aurait pu penser que les principaux clients du chantier, les armateurs RCCL et MSC, qui ont largement œuvré pour empêcher que Fincantieri soit majoritaire, reprennent les parts de la fondation italienne. Mais ce scenario ne serait à l’heure actuelle pas privilégié. D’autres pistes semblent plus séduisantes pour le gouvernement, comme une redistribution de ces 6% entre les salariés de STX France et Naval Group ou un autre investisseur tricolore. Concernant les sous-traitants, une dizaine d’entreprises ligériennes, emmenées par le groupe IDEA et soutenues par la région des Pays de la Loire, a par ailleurs fait part de sa volonté d’entrer au capital du chantier de Saint-Nazaire. Mais cette sortie du bois des coréalisateurs nazairiens est peut-être trop tardive.

Majorité française

La réattribution des pars de la fondation auraient pour effet de faire revenir sous pavillon français le constructeur, qui depuis sa vente en 2006 par Alstom était majoritairement détenu par des intérêts étrangers. En effet, entre l’Etat qui maintient sa participation, les parts devant revenir à Naval Group et la redistribution des 6% de la Fondazione CR, 52% du chantier nazairien devraient finalement se retrouver sous possession française.

Un actionnaire principal très encadré

Une solution qui n’enchante évidemment pas Fincantieri puisque le groupe, bien qu’en demeurant actionnaire principal et opérateur industriel de STX France, n’aurait pas la majorité des voix au Conseil d’administration. S’y ajoutent toutes les garanties négociées avec le précédent gouvernement sur de nombreux sujets (pérennité de l’outil industriel et des bureaux d’études, sauvegarde du savoir-faire et de la stratégie de diversification, emploi, investissements…). Des garanties assorties de droits de veto des représentants de l’Etat au CA qui vont bien au-delà de ce que l’on constate habituellement dans les opérations de fusion/acquisition. Au final, le contrôle de Fincantieri sur Saint-Nazaire serait extrêmement encadré et même corsetant. C’est pourquoi le constructeur italien a tenté de proposer au gouvernement français des solutions alternatives à la Fondazione CR, afin de préserver une majorité italienne dans le capital. Toutes ces options auraient néanmoins été rejetées par Paris.

L’opération reste une aubaine pour Fincantieri

Dans ces conditions, Fincantieri peut-il claquer la porte ? Ce n’est pas impossible mais c’est en réalité fort peu probable. D’abord, le groupe italien sait très bien que si un accord n’est pas trouvé, la France peut préempter les parts de STX et ensuite les revendre, les armateurs RCCL et MSC s’étant déjà portés candidats à la reprise. Mais surtout, même si l’opération serait aujourd’hui moins « intéressante » qu’elle ne l’était en avril, Fincantieri, qui cherche depuis longtemps à mettre la main sur Saint-Nazaire, a une occasion en or d’intégrer son concurrent historique et cela pour un prix très faible (il a racheté les 66.6% de STX pour 79.5 millions d’euros seulement). Un investissement limité donc pour réduire la concurrence, enrichir son portefeuille avec de nouveaux clients et profiter des gigantesques infrastructures de Saint-Nazaire pour revenir dans la course aux paquebots géants, pour lesquels les cales italiennes sont désormais trop petites compte tenu de l’augmentation significative du gabarit des navires. Enfin, et c’est un élément extrêmement important, même si Fincantieri a un contrôle relatif sur la vie du chantier français, il en récupérera toute la partie commerciale, ce qui est fondamental.

Et après, un rapprochement franco-italien dans le militaire ?

Pour finir, il ne faut pas oublier que cette opération constitue probablement la première marche vers une consolidation plus vaste de l’industrie navale franco-italienne. Alors que le rapprochement sur le secteur civil se fait avec Saint-Nazaire, l’ex-DCNS et Fincantieri projettent en effet de renforcer leur coopération dans le domaine militaire et plus particulièrement celui des bâtiments de surface. C’est le fameux projet Magellan, qui pourrait aller jusqu’à des participations croisées et sera logiquement relancé sitôt le dossier nazairien bouclé. Le tout pouvant peut-être aboutir, dans le prolongement du changement de nom de DCNS, à la création d'un « European Naval Group ».

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) Fincantieri Naval Group (ex-DCNS)