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STX France décroche le marché de MCO des La Fayette

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STX France décroche le marché de MCO des La Fayette

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C’est une surprise et un coup dur pour DCNS, qui assurait jusqu’ici l’entretien des cinq frégates du type La Fayette de la Marine nationale. Le groupe naval en avait même fait le symbole de la réorganisation de son activité en matière de maintien en condition opérationnelle. Depuis 2011, il avait développé à Toulon un chantier spécialement dédié à l’entretien des FLF, avec pour objectif d’accroître la réactivité des équipes et le taux de disponibilité des bâtiments, tout en réduisant les coûts. Pour cela, DCNS avait mis en place des infrastructures, une logistique, un management et des équipes de spécialistes (personnels du groupe et sous-traitants) travaillant uniquement au MCO des frégates. Un concept qui a fait ses preuves et dont les marins ont salué l’efficacité, permettant de le déployer sur d’autres contrats de maintenance.

DCNS conserve les systèmes critiques

Malgré cette réussite, le Service de soutien de la flotte, en charge de la gestion des contrats de MCO des unités de la Marine nationale, a décidé ce mois-ci d’attribuer à STX France le nouveau marché de maintenance des La Fayette. D’une durée de six ans, avec une tranche ferme de trois ans et demi et une optionnelle pour deux années et demie supplémentaires, il comprend sur l’ensemble de la durée quelques 23 arrêts techniques, dont 5 majeurs. Le contrat débutera le 1er janvier et verra les chantiers nazairiens succéder à DCNS pour assurer le MCO de la plateforme. Car le groupe naval a, quand même, remporté le contrat FRG15, au travers duquel il conserve la maintenance des équipements les plus complexes et sensibles de ces frégates : système de combat, guerre électronique, armement (canon de 100mm et conduite de tir, système surface-air Crotale) et communications, dont le système satellitaire Syracuse.

Deux frégates à refondre

De plus, DCNS sera chargé de piloter le programme de modernisation de certains de ces bâtiments, qu’il a réalisés à Lorient et dont les mises en service sont intervenues entre 1996 et 2001. En attendant l’arrivée des futures frégates de taille intermédiaire (FTI), dont la première est attendue à partir de 2023, une partie des cinq FLF verra ses équipements mis à jour ou remplacés (ajout d’un sonar, modernisation du système de combat et de la détection, remplacement probable du Crotale par des systèmes Sadral ou Simbad RC…) Pour l’heure, la rénovation de deux FLF est prévue à partir de 2020, la refonte étant couplée à leur arrêt technique majeur. D'autres FLF pourraient ensuite être modernisées, mais elles le seraient ultérieurement au nouveau contrat de MCO. 

Equipes et sous-traitance locales

DCNS va réaffecter une partie des collaborateurs (quelques dizaines de personnes) qui travaillent sur les La Fayette à d’autres projets, sachant que le groupe ne manque pas de travail à Toulon actuellement, la refonte à mi-vie du porte-avions Charles de Gaulle, qui doit passer en cale sèche à partir de février, allant mobiliser des centaines de personnes. Quant à STX France, il va étoffer son équipe locale (qui gère notamment le MCO des BPC du type Mistral), forte de 15 salariés, avec une demi-douzaine de personnes supplémentaires. L’entreprise, qui s’appuiera sur l’expertise de Saint-Nazaire dans certains domaines, va également avoir recours à la sous-traitance locale. Ce qui est déjà le cas à Toulon avec les BPC, pour lesquels STX travaille par exemple avec Sud Moteurs, Sonocor (peinture), Acti (tuyauterie) ou encore Snef (électricité).

Saint-Nazaire a marqué des points avec les Floréal

En dehors d’une offre sans nul doute plus intéressante financièrement, ce qui a forcément de l’importance en cette période budgétairement contrainte, l’industriel ligérien a clairement bénéficié de ses précédentes expériences pour convaincre le SSF. STX France a débuté cette activité de MCO au profit de la marine en 2009 avec les ravitailleurs Meuse, Marne, Var et Somme, qu’il a entretenus jusqu’en 2014. En 2012, il décrochait en groupement avec DCNS le marché des six frégates de surveillance du type Floréal, toutes basées Outre-mer et auparavant entretenues par CNN MCO (qui a récupéré les ravitailleurs en 2014). Un contrat qui s’est bien déroulé et pour lequel la Marine nationale a fortement apprécié le travail réalisé sur le Nivôse. Ce dernier a en effet bénéficié d’un remarquable chantier de réparation imprévu et d’une modernisation en avance de phase après avoir été gravement endommagé par un incendie en septembre 2014. Puis, l’an dernier, nouveau succès pour STX avec le contrat de MCO des trois bâtiments de projection et de commandement du type Mistral, là aussi remporté avec DCNS.  Enfin, en mars de cette année, Saint-Nazaire était choisi par le SSF pour assurer seul, à Brest, l’entretien du bâtiment d’essais et de mesure Monge, auparavant assuré par DCNS.

Un axe de diversification pour STX

Le succès est donc au rendez-vous pour les chantiers nazairiens, dont l’un des axes de la stratégie de diversification porte justement sur le développement des services, auxquels est rattachée la maintenance des bateaux gris, mais aussi des travaux d’ingénierie et le pilotage d’interventions techniques sur des navires civils. Les derniers exemples en date concernent des paquebots et ferries, à l’image de l’intégration de systèmes de lavage des fumées (scrubbers) sur des navires de Brittany Ferries et MSC Cruises. A cette activité de longue date dans le civil, vient donc désormais s’ajouter le domaine militaire, sur lequel les équipes du chantier ligérien développent progressivement un savoir-faire spécifique.  « Nous avons beaucoup appris et progressé depuis les ravitailleurs et nous pensons que ce qui est apprécié, c’est notre fonctionnement très agile qui permet une flexibilité et une grande rapidité d’intervention. Et nous proposons bien sûr des prestations compétitives en termes de coûts », explique-t-on à Saint-Nazaire.

Avec les La Fayette, STX franchit clairement une nouvelle étape. Car à l’exception des ravitailleurs (mais ce sont des bateaux proches des standards civils connus à Saint-Nazaire), l’entreprise n’a jusqu’ici travaillé que sur des bâtiments qu’il a conçu et/ou construit.

Concurrence très rude pour DCNS

En revanche, pour DCNS, la perte de ce contrat de MCO illustre la vive compétition à laquelle est désormais confronté le groupe sur le marché national, où d’autres acteurs, non seulement STX mais aussi CNN MCO ou Piriou, ont décroché la plupart des marchés ouverts à la concurrence depuis 10 ans. Même si l’industriel historique de la marine parvient à tirer son épingle du jeu dans certaines compétitions, comme celle des chasseurs de mines en 2014, force est de constater qu’il perd du terrain. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de sa politique de réorganisation des services, qui doit lui permettre notamment de gagner en compétitivité et de résister à des concurrents qui n’ont pas les mêmes contraintes. Car le groupe naval, s’il conserve le monopole sur les marchés relatifs aux unités les plus stratégiques, comme les sous-marins, le porte-avions ou les frégates très complexes, doit investir massivement pour préserver nombre de compétences clés et un outil industriel capable de répondre aux exigences opérationnelles et aux besoins très pointus des principales unités de la flotte. Or, l’équilibre économique et technologique nécessaire à cette mission passe aussi, selon la direction, par l’obtention d’une partie des marchés ouverts à la concurrence. « Si DCNS ne gagne que les gros contrats et perd les petits, cela augmentera les frais fixes et donc les coûts de revient, au risque de déséquilibrer les tarifs que nous appliquons dans des domaines plus scientifiques et plus spécifiques », avait ainsi indiqué Hervé Guillou, président de DCNS, suite à la perte du contrat du Monge.

L’habile découpage du SSF

La question d’une évaluation par l’Etat de la politique industrielle à long terme concernant la marine avait d’ailleurs été posée à cette occasion. Et elle se pose aujourd’hui avec encore plus d’acuité puisque les La Fayette représentent un nouveau cap. C’est en effet la première fois que le MCO de frégates dites de « premier rang » échappe à DCNS. Se basant probablement sur la collaboration déjà éprouvée avec STX sur les BPC et les Floréal, le SSF a habilement « découpé » les frégates entre les fonctions liées à la plateforme, comme la propulsion et les carénages, qui ne nécessitent pas une expertise particulière de DCNS et pouvaient être trouvées à moindre frais sur le marché, et les parties que seul le groupe naval peut assurer avec le niveau de technicité et de confidentialité requis. Une approche intéressante pour le budget de la marine, mais qui pourrait bien constituer un fâcheux précédent pour DCNS. Avec cette question : après les La Fayette, peut-on reproduire le même concept sur d’autres unités, à l’image des frégates des types FREMM et Horizon ?

Un marché attribué en plein processus de vente

La surprise vient aussi du contexte actuel. Car STX France doit être vendu prochainement et son repreneur n’est pas encore connu, sachant que le Néerlandais Damen, l’Italien Fincantieri et l’Asiatique Genting sont en lice. Dans ces conditions, on aurait pu imaginer, même si DCNS conservera la haute main sur les systèmes critiques des FLF, que l’Etat demeure prudent sur le nouveau contrat de MCO des frégates, en attendant au moins d’y voir plus clair sur l’identité du repreneur de STX France. On notera néanmoins que, si tel avait été le cas, cela n’aurait de toute façon pas empêché DCNS de perdre le contrat puisque son offre est apparemment arrivée en troisième position derrière celles de Saint-Nazaire mais aussi de CNN MCO. De quoi, probablement, appeler une vigoureuse réaction chez DCNS pour éviter d’autres déconvenues.  

 

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