Construction Navale
STX France : DSME renonce, les Italiens se tâtent et les Français réagissent

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STX France : DSME renonce, les Italiens se tâtent et les Français réagissent

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Le groupe sud-coréen Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering a bel et bien étudié la reprise des chantiers STX France de Saint-Nazaire, où s’est notamment rendue une délégation en février dernier. Mais DSME n’est apparemment plus intéressé. Hier, pour sa première conférence de presse depuis sa nomination au poste de président du groupe fin mai, Jung Sung-Leep s’est clairement dit défavorable à un rachat des parts de son compatriote STX dans les chantiers nazairiens. « Ce n’est pas le moment que notre société réfléchisse à ce rachat », a déclaré le patron de DSME, dont les propos sont rapportés par l’agence de presse coréenne Yonhap.

Daewoo se lancera dans la croisière, mais pas tout de suite

Selon lui, même s’il « est clair que la construction de navires de croisière est un secteur d’activité dans lequel DSME doit pénétrer à l’avenir, c’est encore prématuré ». Et d’ajouter, pour justifier l’arrêt des réflexions au sujet de Saint-Nazaire : « Le résultat des activités n’est pas si positif cette année et le syndicat s’y oppose également. Il y a aussi des effets négatifs au niveau du financement en cas de rachat. C’est la raison pour laquelle nous avons temporairement fermé le dossier de rachat ».

Alors que KDB, la banque d’investissement coréenne aux commandes de STX Offshore & Shipbuilding, a mis en vente les 66.6% que possède ce dernier dans STX France (dont les 33.4% restants sont détenus par l’Etat français), DSME évalue le coût du rachat des parts de son compatriote à seulement 24 millions d’euros.

Peu de repreneurs potentiels depuis la mise en vente en 2014

Depuis l’annonce de la mise en vente de son dernier gros actif européen, l’an dernier, STX n’a manifestement pas croulé sous les propositions de reprises. Le fait que DSME semble se retirer du jeu peut constituer un soulagement pour les syndicats français, qui redoutent l’arrivée d’un nouvel actionnaire asiatique capable d’opérer un pillage technologique. Mais la situation peut évoluer dans les prochains mois et d’autres Coréens peuvent aussi se placer en embuscade (un intérêt de Samsung avait été évoqué en 2014 par Bercy).

Côté européens, l’Allemand Meyer Werft a choisi de reprendre le chantier finlandais de Turku, qui appartenait aussi à STX. La consolidation est donc effectuée au nord de l’Europe.

Fincantieri reste discret

Une même démarche pourrait s’opérer au sud si Fincantieri reprend Saint-Nazaire. La piste italienne est en effet avancée depuis de nombreux mois entre Paris et Rome, notamment sur le plan politique. Mais, dans les faits, rien n’a encore bougé. Lundi, Giusepppe Bono, patron de Fincantieri, demeurait évasif sur le sujet. Questionné par la presse, il indiquait toutefois que son groupe était financièrement en mesure de reprendre, le cas échéant, les chantiers nazairiens. Pour Fincantieri, le dossier est en réalité complexe. Une reprise de Saint-Nazaire est certes intéressante, du fait des capacités industrielles hors normes du chantier français, mais elle peut être politiquement très contraignante. 

Christophe Clergeau souhaite une solution française

Pendant ce temps, en France, certains appellent à la constitution d’un consortium tricolore pour racheter les parts de STX. C’est le cas de Christophe Clergeau, 1er vice-président de la région Pays de la Loire, en campagne pour succéder à Jacques Auxiette à la tête de la collectivité ligérienne. « Depuis un an et l’annonce de la mise en vente du chantier par ses actionnaires Coréens, aucun projet de reprise sérieux ne garantit l’ancrage à Saint-Nazaire des emplois, des compétences et des centre de décisions, aucun projet ne donne au chantier les moyens de son ambition industrielle », explique-t-il. « Nous ne pouvons plus attendre qu’un repreneur se manifeste. Le temps est venu de prendre l’offensive et d’ouvrir le débat sur une piste de réflexion supplémentaire pour assurer l’avenir du chantier : celle d’une solution nationale et régionale pour un chantier naval qui soit une entreprise française, indépendante, même si elle a pour vocation de nouer des partenariats avec d’autres entreprises en France ou à l’étranger ». Christophe Clergeau croit possible de faire émerger un consortium d’acteurs privés « qui puisse jouer le rôle d’actionnaire de référence en fédérant, autour du management du chantier, des entreprises nationales et régionales, des groupes industriels comme des PME et des ETI des Pays de la Loire. Il reviendrait alors à cet actionnaire de référence d’assumer le pilotage stratégique de l’entreprise en bonne intelligence avec l’Etat et les partenaires locaux ». Et d’ajouter que les contacts qu’il a récemment eu « avec des industriels locaux et nationaux me rendent optimiste sur leur capacité à s’organiser et à formuler une offre ».

DCNS ne refuserait pas une participation minoritaire

Parmi les investisseurs potentiels les plus évidents se trouve évidemment DCNS. Le groupe naval français, qui partage notamment avec STX France une partie de son réseau de sous-traitants et collabore sur différents programmes militaires (BPC, bâtiments logistiques), a refusé jusqu’ici de racheter les parts de STX. Son actionnaire industriel, Thales (qui possède 35% de DCNS, détenu à 65% par l’Etat), et derrière lui Dassault Aviation, ne veulent pas entendre parler d’une reprise intégrale des chantiers nazairiens. Toutefois, comme certaines sources au sein du groupe l’ont très récemment indiqué à Mer et Marine, une reprise partielle est envisageable. Cela, aux côtés d’autres investisseurs. DCNS est, en effet, soucieux de l’avenir des chantiers nazairiens, notamment pour des raisons stratégiques.

Reste maintenant à voir si les Français seront en mesure de présenter une offre. Si, comme le disent les Coréens, l’investissement est inférieur à 30 millions d’euros, ce n’est tout de même pas la mer à boire pour reprendre la barre du fleuron industriel que représente Saint-Nazaire… Une entreprise qui, de plus, bénéficie aujourd’hui d’un solide carnet de commandes, comprenant notamment 9 paquebots (dont 6 fermes) lui offrant une visibilité jusqu’en 2022. 

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