Construction Navale
STX France : Face à la menace chinoise, l’Etat devra-t-il nationaliser ?

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STX France : Face à la menace chinoise, l’Etat devra-t-il nationaliser ?

Construction Navale

Le quotidien Libération a fait sensation, hier matin, en évoquant la possibilité que l’Etat monte au capital de STX France, voire en devienne l’actionnaire majoritaire. Une hypothèse qui découle de la nouvelle donne survenue en Corée du sud avec l’annonce d’une possible vente globale du groupe STX Offshore & Shipbuilding, sous le coup depuis le moins de juin d’une procédure de redressement judiciaire et menacé de liquidation.

Jusqu’à la semaine dernière, le scénario envisagé était une cession séparée des chantiers nazairiens, dont STX détient 66.66% des parts, aux côtés de l’Etat (33.34%). Plusieurs candidatures avaient émergé durant l’été, dont celle d’un consortium emmené par un constructeur civil européen, probablement le Néerlandais Damen. D’autres pistes ont été évoquées, comme un fonds d’investissement sino-britannique, sachant que le gouvernement s’est fixé comme ligne rouge de ne pas céder Saint-Nazaire à la Chine.

La vente groupée à même de séduire les Coréens

Alors que STX avait annoncé en septembre vouloir vendre sa filiale française d’ici la fin de l’année, la donne a donc brutalement changé la semaine dernière avec l’annonce, par un juge de Séoul, d’une proposition de reprise de l’ensemble de STX O&S, c’est-à-dire Saint-Nazaire mais aussi les chantiers  Jinhae et Busan (Goseong). Ces sites coréens, dont les carnets de commandes sont pour ainsi dire vide, ne valent sur le papier plus grand-chose et, au moment où la navale asiatique fait face à une crise majeure, leur revente séparée parait extrêmement difficile. Une proposition de rachat les incluant avec Saint-Nazaire a donc tout pour séduire les juges coréens et les créanciers de STX, pour l’essentiel des banques nationales. Ce projet doit normalement être présenté officiellement vendredi, l’identité du candidat à la reprise n’ayant pas été officialisée. Cependant, selon la presse de Séoul, il s’agit d’un groupe britannique. Peut-être, c’est l’une des grandes questions, est-ce le même qui a postulé en France - le sino-britannique - et qui, face au manque d’enthousiasme de Paris, cherche un autre biais pour emporter la partie.

Quelles modalités et pour quel coût ?

Toujours est-il que si les Coréens acceptent cette proposition et que derrière le Britannique se cache un Chinois, c’est-à-dire un acteur susceptible de se livrer à du pillage technologique, la France sera confrontée à un problème majeur, et sera contrainte de réagir. C’est tout l’enjeu des prochaines semaines, avec comme principale incertitude les modalités et le coût de l’opération. Comme le rappelle Bercy, l’Etat « bénéficie du levier de sa minorité de blocage dans le capital de STX France et des droits qui lui sont conférés par le pacte d’actionnaire. En outre, selon l’identité de l’acquéreur, l’Etat pourra mobiliser la réglementation des investissements étrangers en France, qui lui donne des moyens importants pour s’opposer à une prise de contrôle des Chantiers de Saint Nazaire qui ne serait pas conforme aux intérêts nationaux ». C’est la fameuse la « loi Montebourg » qui permet d’empêcher l’entrée d’un actionnaire indésirable dans une entreprise stratégique, ce qui est le cas pour Saint-Nazaire, puisqu’il s’agit du dernier chantier français capable de réaliser de grands bâtiments (porte-avions, porte-hélicoptères, bâtiments logistiques) pour la Marine nationale. S’y ajoute donc le pacte d’actionnaire, qui n’est pas public mais dont on peut se douter qu’il comporte un droit de préemption de l’Etat sur les parts de STX en cas de vente.

Jinhae et Goseong ne seront pas sacrifiés gratuitement

Néanmoins, si l’Etat peut s’opposer à la cession du chantier à des intérêts asiatiques et plus particulièrement chinois, considérés comme dangereux du fait de la menace d’un transfert de savoir-faire, la possibilité d’une vente groupée complexifie sensiblement la donne. Car, bien entendu, ni l’Etat ni les acteurs qui se sont manifestés à son endroit et qu’il soutient ne peuvent, ou veulent, reprendre les chantiers coréens. Or, sans Jinhae et Goseong, les rentrées financières seraient logiquement bien moindres pour les créanciers de STX, qui ont injecté dans le groupe, en pure perte, des milliards de dollars ces dernières années. Si l’hypothèse de la vente groupée est actée à Séoul et que la France veut obtenir une vente séparée, il y a donc fort à parier que la négociation sur le prix sera sensiblement revue à la hausse (il n’est d’ailleurs pas à exclure que les Coréens cherchent aussi à faire monter les enchères). Dans ce cas, les candidats potentiels à la reprise des seuls chantiers nazairiens pourraient se retrouver hors course. Sauf si, ce qui est envisagé depuis plusieurs mois par certains élus, l’Etat vient soutenir le projet de rachat au travers d’une grande mobilisation regroupant autour de lui différents acteurs, comme les collectivités locales et certains industriels, tel DCNS. « Tous les scénarios sont à l’étude. L’Etat peut monter au capital, seul ou accompagné, pour prendre la majorité de STX France le temps qu’il faudra », a expliqué à Libération une source à Bercy (voir l'article complet).

Le démenti de Bercy qui n’en est pas un

Suite à la publication de l’article du quotidien, le ministère de l’Economie a réagi à la mi-journée. « L’objectif du Gouvernement n’est pas de devenir actionnaire majoritaire de la société STX France mais il est de peser dans le choix du repreneur pour que les Chantiers de Saint-Nazaire puissent disposer d’un actionnariat industriel solide capable d’accompagner leur développement sur le long terme (…) L’Etat conservera quoi qu’il arrive une position d’actionnaire minoritaire disposant de la minorité de blocage dans le capital de STX France », ont indiqué dans un communiqué les services de Michel Sapin et du nouveau secrétaire d’Etat à l’industrie, Christophe Sirugue. De nombreux media y ont vu un démenti des informations parues dans Libération. C’est faire peu de cas de l’art des cabinets ministériels dans la communication et le choix des mots.

Si l’Etat n’a pas le choix, l’Etat ira

« L’Etat conservera quoi qu’il arrive une position d’actionnaire minoritaire », a d’abord vocation à rassurer ceux qui redoute une baisse de participation, mais cette déclaration, qui cache habilement un double sens, n’exclut pas une montée au capital selon le niveau de lecture qu’on lui applique. Pas plus que le fameux « objectif du gouvernement ». Ce n’est un secret pour personne que l’exécutif et la haute administration ne souhaitent pas que l’Etat devienne l’actionnaire majoritaire de STX France et donc, de facto, nationalise l’entreprise. L’Etat, qui n’est pas un entrepreneur, fera tout pour éviter cette solution et privilégier les pistes de reprise ayant émergé ces derniers mois et qui lui conviennent. Mais soyons clairs, si la vente groupée se concrétise et que l’investissement nécessaire monte en flèche, l’Etat ira. Car il n’aura tout simplement pas politiquement le choix, à quelques mois des élections, après le précédent Alstom et compte tenu de ce que représentent dans l’opinion publique les chantiers nazairiens, érigés par le gouvernement lui-même comme symbole du redressement industriel du pays.

 

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