Construction Navale
STX France : Fincantieri réagit après l’interview de Bruno Retailleau

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STX France : Fincantieri réagit après l’interview de Bruno Retailleau

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Lundi, nous diffusions une interview accordée par le président de la région des Pays de la Loire au sujet de la vente des chantiers de Saint-Nazaire. Un entretien dans lequel Bruno Retailleau appelle Emmanuel Macron à rouvrir le dossier, manifestant un certain nombre de craintes quant à une reprise par Fincantieri. Alors que le président de la République vient aujourd’hui à Saint-Nazaire à l’occasion de la livraison du paquebot MSC Meraviglia, le groupe italien tient à réagir à l’interview de Bruno Retailleau et nous livre ses commentaires comme sa vision du rapprochement avec Saint-Nazaire.

Voici la réaction in extenso de Fincantieri :

« Les déclarations faites par le Président de la Région des Pays de la Loire M. Bruno Retailleau dans l’interview qu’il a accordée à la revue Mer et Marine donnent à Fincantieri l’opportunité de réaffirmer ce qui a été dit à plusieurs reprises au cours des nombreux échanges de ces derniers mois. Les rencontres entre la Direction de Fincantieri et le Président M. Retailleau, toujours empreintes d’un esprit d’ouverture et de collaboration constructive de part et d’autre, ont permis à Fincantieri de présenter son projet industriel et les opportunités qu’il offre pour l’avenir de Saint-Nazaire, avec toujours un retour positif de la part de son interlocuteur. Les sujets évoqués par le M. Retailleau dans l’interview ont reçu une réponse précise, qui probablement n’a pas été suffisamment claire. Il convient donc de reprendre ces points brièvement.

L’article affirme que, puisque les chantiers de Saint-Nazaire ont une charge de travail assurée jusqu’en 2026, tandis que le carnet de commandes de Fincantieri est moindre au-delà de 2020, il pourrait y avoir un risque de délocalisation du travail au profit des chantiers du Groupe italien. Tout d’abord, clarifions les chiffres : comme cela a été communiqué officiellement aux marchés lors de la présentation du premier rapport trimestriel 2017, le backlog de Fincantieri atteint aujourd’hui près de 27 milliards d’euros, avec une projection à 30 milliards pour la fin de l’année courante, si bien que les perspectives de travail du Groupe Fincantieri sont couvertes jusqu’à fin 2026, et donc pour les 9 prochaines années. Dans ce contexte, le problème ne se pose certainement pas de délocaliser du travail depuis Saint-Nazaire, mais plutôt de réussir, à travers une intense collaboration, à faire face à une demande en croissance continue, en répondant de manière appropriée à un marché qui exige de plus en plus de ponctualité, de qualité, d’innovation et de rapport qualité-prix. De plus, il ne faut pas oublier qu’en vertu de la nature des activités de conception et de construction des navires, ces derniers voient le jour en lien étroit avec le chantier où le projet devra être réalisé, si bien qu’un déplacement éventuel d’un chantier à l’autre entraînerait des coûts additionnels qui plaident contre toute opération de ce genre. Soulignons en outre que la plupart des navires qui seront construits à Saint-Nazaire ont des dimensions telles que leur éventuelle construction chez Fincantieri entraînerait des externalités négatives considérables.

Nous nous devons également de souligner qu’un portefeuille d’activités aussi extraordinaire, qui garantit tant à Saint-Nazaire qu’à Fincantieri un horizon à dix ans, constitue une occasion unique pour penser dans une perspective de long terme, en ayant conscience que, dans ce secteur, les investissements exigent de la clairvoyance et que les changements sont structurellement difficiles à réaliser. Nous avons des certitudes pour la prochaine décennie ; notre devoir d’ici là est d’en créer de nouvelles pour les dix années qui suivent. Il s’agit d’une responsabilité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, car nous sommes conscients des impacts sociaux, économiques et industriels des constructions navales sur les communautés locales et nationales.

Seule une analyse superficielle du portefeuille clients peut amener à considérer Fincantieri comme un concurrent de STX France.  MSC est déjà client de STX et de Fincantieri, et Royal Caribbean construit ses navires aussi chez les Allemands de Meyer Werft. L’analyse devrait se placer dans une optique différente : dans un secteur de plus en plus global et où l’unité de mesure devient de plus en plus grande (au plan industriel, financier et technologique), la taille devient une condition de développement indispensable,  faute de quoi nous sommes destinés à rester tout au plus des figurants. 

Il convient de rappeler à ceux qui ont commenté le faible prix d’achat de STX France que ce chiffre est le fruit d’une procédure officielle de vente par le Tribunal des faillites de Séoul, et qu’il a été considéré raisonnable par le vendeur aussi. De plus, il convient de tenir compte de l’endettement de la Société et des énormes garanties que Fincantieri devra lui fournir, tout ceci dans un contexte où le plan conçu par la Direction de STX prévoit pour les quatre prochaines années (2017/2020) un bénéfice net cumulé d’environ 40 millions, face à un chiffre d’affaires global de près de 6 milliards. Ces chiffres donnent clairement la mesure de l’engagement que Fincantieri est prêt à prendre à sa charge pour le développement et la relance de Saint-Nazaire.

En outre, notre Groupe s’est engagé à accepter les demandes avancées par les représentants syndicaux de Saint-Nazaire, présentées le 20 janvier 2017, ainsi que les diverses requêtes du Gouvernement français pour protéger les nombreux intérêts en jeu : maintien du plan d’investissements, soutien des projets de diversification actuels, exigences de la défense nationale, niveau d’emploi, maintien et autonomie totale du département projets et du service devis ; sans compter que le Groupe Fincantieri a déclaré aux deux sociétés armatrices travaillant actuellement avec les Chantiers sa ferme intention de consolider leur rôle de clients privilégiés de Saint-Nazaire. Enfin, c’est avec disponibilité que Fincantieri a accédé à la demande du Gouvernement français de ne pas détenir plus de 50% de la Société, en acceptant de prendre une part de 48,66% et de trouver un actionnaire italien ayant un profil financier et indépendant, comme c’est le cas de la Fondazione CRTrieste. Pour garantir le respect effectif de ces engagements par Fincantieri, l’Etat français, à travers l’APE, a demandé et obtenu une gouvernance lui accordant des droits de véto et de surveillance particuliers auxquels, il faut le souligner, l’actionnaire coréen précédent n’avait pas consenti. A ce jour, Fincantieri a signé l’acte d’achat pour 66,66% de STX France ; comme nous le savons, le Groupe a convenu avec l’APE de l’Head of Terms et du plan industriel et il œuvre maintenant à la finalisation des pactes d’actionnaires. Nous avons appris qu’aujourd’hui le Vendeur a notifié au Gouvernement français la proposition de vente de STX à Fincantieri, qui est subordonnée au renoncement au droit de préemption par le Gouvernement français.

On passe souvent sous silence la participation de DCNS dans cette opération. Celle-ci voit la présence d’un important associé industriel français, qui complète et enrichit les opportunités de STX France, lui permettant de sortir de cette période avec un éventail inédit de perspectives futures et deux partenaires de métier dont les compétences et la solidité sont reconnues. DCNS et Fincantieri, notamment à travers la collaboration entre la France et l’Italie et leurs Marines nationales respectives, ont acquis une expérience de plus de vingt ans de travail en commun, qui a abouti à d’importants résultats (destroyers classe Horizon et frégates classe FREMM). Enfin, il ne faut pas oublier que la structure identifiée avec le Gouvernement français pour STX France permet à cette dernière de retrouver la stabilité qui lui a fait cruellement défaut ces dernières années. Fincantieri ne se fait pas d’illusions sur le fait que la période actuelle de demande maximale ne durera pas indéfiniment, et qu’il est donc nécessaire de prévoir tous les instruments de diversification, d’internationalisation et d’innovation utiles pour affronter les périodes de crise avec la solidité structurelle nécessaire.

Enfin, il convient de considérer qu’un projet de dimension européenne, qui se caractérise par sa vocation éminemment industrielle et non financière, voit enfin le jour. Dans un contexte de nouvelles turbulences géopolitiques à l’échelon mondial, cette initiative unissant de grandes entreprises de pays de l’Union européenne au sein d’un partenariat revêt encore plus d’importance et de sens, dans la perspective d’un renforcement des meilleures compétences techniques et industrielles d’Europe ».

 

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