Construction Navale
STX France : Remous sur la sous-traitance étrangère et creux de charge à l'horizon

Actualité

STX France : Remous sur la sous-traitance étrangère et creux de charge à l'horizon

Construction Navale

STX France, comme d'ailleurs DCNS à Lorient (*), est actuellement confrontés à la grogne des syndicats à propos de la sous-traitance étrangère. Chez STX France, à Saint-Nazaire, le conflit se double de revendications salariales avec, à la clé, des appels aux débrayages depuis plusieurs semaines. Mais la question de la sous-traitance étrangère est revenue sur le devant de la scène il y a quelques jours. Dans un contexte concurrentiel très fort, avec des pressions sur les coûts de production, les syndicats, à commencer par la CGT et Force Ouvrière, craignent en effet une concurrence déloyale de la part de fournisseurs étrangers. « La section syndicale FO a été alertée par des salariés d'entreprises sous-traitantes locales sur les menaces qui pèsent sur leurs emplois. En effet, pour certaines d'entre elles, intervenant dans la phase armement des navires, il apparaît que leurs marchés traditionnels depuis plusieurs années ne seraient pas reconduits sur le paquebot Hapag-Lloyd (H33), ceci au profit d'entreprises étrangères à bas coûts salariaux », explique Force Ouvrière. Des sous-traitants de premier rang sont plus particulièrement montrés du doigt, certains employant, aux côtés de leurs propres équipes, un nombre significatif de salariés étrangers, au travers de contrats de prestation signés avec leurs propres fournisseurs, ce qu'on appelle les sous-traitants de second rang.

Des questions sur les temps de travail

Comme c'est le cas depuis longtemps, les différents marchés liés à la réalisation des navires ne sont évidemment pas réservés aux seules entreprises françaises. Depuis longtemps, le chantier nazairien s'appuie d'ailleurs sur des compétences venues d'autres pays. Mais il semble bien que, sur la décennie écoulée, la proportion de personnels étrangers travaillant sur le site (équipes de STX et sous-traitants confondus) ait augmenté. Ainsi, ils étaient 1400 en 2002, alors que l'activité battait son plein à Saint-Nazaire, où 13.000 personnes travaillaient pour la navale. Or, en mai dernier, les salariés étrangers étaient plus de 800, pour 4600 personnes sur site. Ce niveau n'est toutefois pas supérieur à ce que l'on connaissait dans l'estuaire de la Loire en 2008 (2350/6500) et 2009 (1900/6000). D'après ces chiffres, fournis par la CFDT, il n'y a donc pas, brusquement, de hausse significative du recours à la main d'oeuvre internationale. Ce qui n'empêche pas le syndicat de se montrer vigilant : « Nous avons observé une hausse importante en proportion ces dernières années. Nous pensons que les contrats de ces salariés sont conformes à la règlementation. Néanmoins, nous nous posons des questions sur le respect des temps de travail. C'est pourquoi nous avons alerté l'inspection du travail afin que des contrôles soient menés ».

Il n'y aura pas de travail pour tout le monde en 2012

Du côté de STX France, on estime qu'il n'y a pas de problème particulier. « La navale est un métier européen et pas uniquement français. Dans les quatre pays constructeurs en Europe, on travaille avec les mêmes entreprises, qui sont présentes sur les chantiers en France, en Finlande, en Allemagne et en Italie. Et il y a d'ailleurs quelques sous-traitants français qui interviennent aussi pour des chantiers en dehors de l'Hexagone et sont aussi, dans ces pays, des travailleurs étrangers. A Saint-Nazaire, le niveau de sous-traitance étrangère est identique à celui que nous avions il y a deux ans, lorsque nous avions aussi deux grands paquebots en construction ». Quant au futur H33, la direction rappelle qu'il s'agit, au regard des deux géants de 139.000 tonneaux et 1739 cabines actuellement en achèvement (le U32, futur MSC Divina et le X32, ex-libyen toujours en attente de rachat), d'un très petit navire (39.500 tonneaux, 258 cabines). « En charge de travail, le H33 représente seulement 30% d'un gros paquebot, comme le U32 ou le X32. Tous les sous-traitants qui travaillent actuellement sur ces deux navires ne pourront donc pas être sur le H33. D'autant qu'en 2012, nous aurons une sous-charge en fabrication et nous allons donc rapatrier vers nos équipes une partie du travail que nous confions d'habitude aux sous-traitants. Immanquablement, certains sous-traitants français ne seront plus présents sur le site après le départ des U32 et X32 (dont les livraisons sont prévues en mai et décembre 2012, ndlr). Le véritable problème est donc bien au niveau de la charge. Il n'y a aucune volonté de remplacer la main d'oeuvre locale par de la main d'oeuvre étrangère. Nous avons d'ailleurs besoin d'un réseau de fournisseurs locaux solide, c'est vital pour nous ».

Concurrence et manque de visibilité

Malgré les assurances de la direction, les syndicats demeurent prudents. « Ces dernières années, nous avons constaté une évolution du recours à la sous-traitance étrangère. Auparavant, elle était concentrée sur l'armement des navires. Mais, aujourd'hui, elle est de plus en plus impliquée dans l'assemblage, et même la fabrication. Le problème est que des sous-traitants français la préfèrent aux intérimaires locaux. Car, une fois que le travail est terminé, les gens repartent dans leur pays sans poser de question. C'est évidemment plus pratique qu'avec des salariés locaux », estime un représentant du personnel. Polonais, Portugais, Lituaniens, Roumains... Avec la main d'oeuvre étrangère, les fournisseurs de premier rang gagneraient finalement en flexibilité, et sans doute aussi en termes de coûts, ce qui répond aux objectifs d'amélioration de la productivité fixés par STX. Cette situation n'est malheureusement pas étonnante dans le contexte actuel. Car les chantiers européens, en surcapacité flagrante, se livrent une bataille farouche pour décrocher quelques rares commandes. Les impératifs de compétitivité sont donc exacerbés. De plus, si la construction navale est traditionnellement cyclique, avec des périodes de grande activité suivies de phases de disettes, la fréquence de ces cycles fut très rapprochée sur la décennie écoulée : les périodes fastes n'excédèrent pas deux ans et ont été suivies d'impressionnants creux de charge. De quoi malmener et fragiliser la sous-traitance locale, qui n'a plus gère de visibilité. Certains acteurs sont donc logiquement tentés, pour survivre, de limiter au maximum les risques, y compris sur le plan social. Il convient aussi de noter que certains corps de métier ne sont plus très prisés en France et le recours à des fournisseurs internationaux permet de répondre à certaines difficultés en termes de recrutement.

Nouveau creux de charge à l'horizon

La situation ne va en tous cas pas s'arranger à court terme. Si une petite embellie est actuellement constatée à Saint-Nazaire dans le domaine de l'armement, la situation en fabrication va rapidement se dégrader. Car, après les U32 et X32, il n'y a aucun gros paquebot dans le carnet de commandes. Le H33, livrable au premier trimestre 2013, n'occupera les ateliers que quelques mois. Et ce ne sera guère mieux pour les deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) commandés par la marine russe et livrables en 2014 et 2015. La découpe de la première tôle du M33 est intervenue il y a quelques semaines et, pour minimiser le creux de charge attendu l'an prochain, son sistership va voir sa construction débuter dès le premier trimestre 2012, alors qu'une année devait normalement séparer les deux BPC. En parallèle, STX France espère décrocher de nouveaux contrats pour la réalisation de fondations d'éoliennes offshores. Mais l'ensemble ne permettra pas d'assurer le même niveau d'activité qu'aujourd'hui. Dans le domaine de l'armement, compte tenu du planning de livraison des U32, X32 et H33, la situation va devenir très difficile à la fin 2012 et au moins au premier trimestre 2013. Or, il est maintenant trop tard pour espérer y remédier, même si de nouvelles commandes interviennent rapidement.

Plusieurs contrats en cours de négociation

STX France a, en effet, bon espoir de remporter prochainement plusieurs contrats importants. Le chantier négocie toujours avec MSC Cruises la reprise du X32, ex-navire libyen construit sur le modèle des paquebots de la classe Fantasia (dont le U32 est la troisième unité). Cette négociation se double d'un nouveau projet de l'armateur italo-suisse, baptisé Vista et portant sur une série de deux à quatre paquebots de 2000 cabines livrables à partir de 2014. En parallèle, les chantiers nazairiens discutent avec d'autres compagnies, là aussi dit-on avec de bonnes chances d'aboutir. Mais, évidemment, rien n'est gagné et, si ces contrats sont engrangés, il s'agira de prototypes. Cela signifie que STX ne pourra pas mettre les navires en chantier avant 7 à 9 mois, délai incompressible nécessaire pour mener à bien les études. En clair, si un contrat était signé en janvier, le début de la phase de production n'interviendrait au mieux qu'en septembre 2012, le niveau d'activité en préfabrication ne devenant vraiment intéressant qu'en toute fin d'année (Et en armement bien plus tard, en 2013). D'où l'important creux de charge prévisible en 2013, un trou d'air qui pourrait bien laminer la sous-traitance durant de nombreux mois. Le même scénario s'était déroulé en 2009, provoquant le départ de quelques 800 sous-traitants.

Des embauches espérées l'an prochain

Le contexte demeure donc tendu pour Saint-Nazaire, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de bonnes nouvelles dans les prochains mois. Cela pourrait d'abord commencer avec des commandes de navires prototypes, qui présentent l'avantage de pouvoir redonner une bonne charge de travail aux bureaux d'études. Si le projet Vista est lancé, il sera de plus structurant pour STX puisqu'il permettrait, s'il est mené dans le périmètre prévu, d'offrir une visibilité sur quatre ans. Et, dans cette perspective, un plan de recrutement de 90 personnes (cadres et ATAM - administratifs, techniciens et agents de maîtrise) serait lancé en 2012. En dehors d'autres clients que MSC dans la croisière, Saint-Nazaire attend également beaucoup du développement du secteur des énergies marines renouvelables, sur lequel il se positionne fortement. Ainsi, dans le cadre de l'appel d'offres lancé par le gouvernement pour installer des parcs au large des côtes françaises, notamment au large de Guérande, des centaines de machines devront être construites. Et, là aussi, STX a une belle carte à jouer, avec de nombreux emplois à la clé.
Pour mémoire, STX France emploie actuellement 2100 personnes, auxquelles il faut ajouter 3500 sous-traitants travaillant sur le site.
____________________________________________________

- Voir l'article sur DCNS de nos confrères du Télégramme de Lorient
 

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire