Construction Navale
STX France : Une visibilité industrielle sans précédent

Actualité

STX France : Une visibilité industrielle sans précédent

Construction Navale

Première d’une série de bonnes nouvelles attendues d’ici la fin de l’année par STX France, la lettre d’intention signée hier avec MSC Cruises doit permettre d’ajouter quatre paquebots géants au carnet de commandes des chantiers nazairiens. Un projet qui doit offrir une visibilité jusqu’en 2026, soit une profondeur de carnet de commandes inédite pour le constructeur français, dont l’horizon était au mieux, jusqu’ici, de 5 à 6 ans. « C’est un évènement très important, une première puisque nous avons décidé avec MSC de travailler très en amont sur un nouveau projet. Il ne s’agit pas comme d’habitude de proposer un produit à un armateur. Cette fois-ci, nous allons développer ensemble de nouveaux paquebots », se félicite Laurent Castaing, directeur général de STX France.

Premier projet avec une propulsion au GNL

En cours de définition, ces navires d’environ 200.000 GT et 2750 cabines seront les plus gros commandés jusqu’ici par un armateur européen et les seconds au niveau mondial. La livraison du prototype est prévue en 2022, ses trois sisterships devant suivre en 2024, 2025 et 2026. Au-delà de leur taille, les « World Class » vont présenter la particularité d’être dotés d’une propulsion au gaz naturel liquéfié, actuellement en plein essor. Ce sera une première pour Saint-Nazaire, qui va ainsi pouvoir rattraper son retard par rapport à d’autres constructeurs après l’abandon du projet de ferries au GNL pour la défunte SNCM et la suspension de Pegasis (Brittany Ferries).

 

Le futur MSC Meraviglia (© : MSC CRUISES)

Le futur MSC Meraviglia (© : MSC CRUISES) 

 

Neuf commandes fermes à réaliser d’ici 2021

Les quatre navires supplémentaires de MSC s’ajouteront aux neuf commandes fermes dont dispose actuellement STX France. D’abord le plus grand paquebot du monde, l’Harmony of the Seas (227.700 GT, 2747 cabines), qui réalisera à la fin du mois sa seconde série d’essais en mer avant sa livraison en mai à l’armateur américain Royal Caribbean International. Un navire identique sortira de Saint-Nazaire au printemps 2018 alors que le chantier achèvera entretemps le premier des quatre navires déjà commandés par MSC dans le cadre du programme Vista. En cours d’assemblage, le MSC Meraviglia (167.600 GT, 2246 cabines) sera livré en mai 2017. Il sera suivi en 2019 par un sistership et une unité agrandie (projet Meraviglia +) de 177.100 GT et 2444 cabines, dont un second exemplaire sera achevé dès 2020. En outre, STX France va réaliser dans le cadre du projet Edge trois paquebots haut de gamme pour Celebrity Cruises, filiale comme Royal Caribbean du groupe américain RCCL. Ces navires de 117.000 GT et 1450 cabines, dont la tête de série sera mise en chantier à la fin de cette année, quitteront l’estuaire de la Loire fin 2018, début 2020 et fin 2021.

 

L'Harmony of the Seas (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

L'Harmony of the Seas (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) 

 

De la place pour de très gros paquebots en 2021 et 2023

Le nouveau projet World Class de MSC vient étendre dans la durée ce plan de charge colossal, mais malgré la taille des futurs navires de la compagnie italo-suisse, il faudra d’autres commandes pour maintenir l’activité au niveau qu’elle va atteindre avec le portefeuille actuel. Et STX France a justement plusieurs fers au feu, et non des moindres, pour compléter les contrats déjà engrangés. On remarque notamment qu’il reste deux slots pour des paquebots géants en 2021 et 2023. Même si le chantier est logiquement muet comme la tombe concernant ses prospects, les clients potentiels ne sont pas légion. Alors que des projets de paquebots plus grands que les Oasis, dont l’Harmony est le dernier né, sont évoqués depuis un moment dans les coursives de l’industrie de la croisière, on sait deux armateurs américains intéressés par des livraisons au début des années 2020 : NCL, qui est pour l’heure fidèle au groupe Meyer Werft et bien entendu Royal Caribbean, qui devrait logiquement poursuivre la série des Oasis avec une nouvelle classe de navires géants.

Petits navires et ferries

Mais ces deux compagnies ne sont pas les seules à envisager de nouvelles commandes. D’autres opérateurs travaillent sur différents projets, avec des navires de tailles variables. Avec, pour Saint-Nazaire, des possibilités de livraison pour des bateaux de gabarit « raisonnable » entre 2021 et 2023 même si deux géants viennent s’ajouter sur cette période au carnet de commandes. Si l’on pense évidemment à la croisière, il faut également tenir compte du marché des ferries. STX France se positionne en particulier sur les nouveaux développements de Brittany Ferries, qui souhaite commander deux à trois navires dans les cinq prochaines années, la notification du premier étant attendue en 2016, 2017 au plus tard.

Compte tenu de la saturation du chantier, en fonction du calendrier, si STX France doit livrer des bateaux supplémentaires avant 2020, le chantier pourra être amené, comme il l’a annoncé précédemment, à sous-traiter la réalisation de blocs ou sections chez d’autres industriels européens. Il souhaite néanmoins conserver l’armement et l’achèvement des bateaux à Saint-Nazaire.

 

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL) 

 

Continuer d’investir et accroître les capacités industrielles

En attendant, le constructeur français, qui a déjà significativement modernisé son outil industriel ces dernières années (100 millions d’euros investis en 5 ans, notamment dans le très grand portique et les outils informatiques), va poursuivre ses investissements avec 100 millions d’euros de plus d’ici 2020 pour mettre en place « le chantier du futur » basé sur de nouvelles technologies. Même si la productivité s’est nettement accrue, permettant de répondre à la hausse de la charge, STX France veut encore augmenter ses capacités et agrandir son aire de pré-montage de 130 mètres. Un projet qu’il considère comme crucial et pour lequel il attend le feu vert, notamment financier, des pouvoirs publics afin de lancer les travaux au plus vite.

Montée en puissance dans les énergies marines

Quant à la politique de diversification, malgré l’excellente santé du secteur de la croisière, elle demeure prioritaire pour la direction. En plus du développement de l’offre de services aux marines militaires et armateurs (maintenance, refontes), la nouvelle usine Anemos, inaugurée en 2015 et dédiée aux énergies marines, a déjà deux commandes de sous-stations électriques pour des champs éoliens offshore en Europe du nord à livrer d’ici 2018. D’autres contrats sont attendus cette année, ce qui devrait entrainer la décision d’agrandir Anemos, avec un accroissement de capacité de 30%.

Poursuite des embauches et métiers sous tension

En matière d’emploi, 6000 personnes sont actuellement mobilisées sur le site, dont 2600 de STX France. Le regain d’activité, ainsi que le remplacement des départs naturels, devrait entrainer l’embauche de 150 personnes par STX et 500 en comptant ses coréalisateurs. Au cours de la prochaine décennie, la navale à Saint-Nazaire devrait générer plusieurs milliers de recrutements, en partie pour compenser les retraites. On notera que l’annonce faite hier par MSC, qui représente 10 millions d’heures de travail pour le prototype puis 9 millions pour chacun des trois autres bateaux (soit 37 en tout) n’implique pas de créations immédiates d’emplois. En revanche, la future commande contribuera au maintien à long terme de ceux existants et créés à l’occasion de la hausse d’activité actuelle.

Afin de compenser la pénurie de main d’œuvre qualifiée dans certains métiers, en particulier ceux des métaux, la direction travaille en outre avec la région des Pays de la Loire et la préfecture afin de mettre en place des plans de formation et, ainsi, fortifier l’emploi local.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Redistribuer les gains de l’accord de compétitivité

Outre la bonne santé du marché de la croisière et la multiplication des commandes de paquebots, le redressement spectaculaire du dernier grand chantier civil français est lié aux efforts consentis par les salariés ces dernières années et au fort soutien de l’Etat, actionnaire à 33.34% de l’entreprise. C’est ce qu’a rappelé hier Laurent Castaing à l’Elysée. Il y a bien sûr la question du financement des navires mais aussi, plus globalement, les retombées positives de la politique gouvernementale pour soutenir les entreprises et relancer la croissance : programme d’investissements d’avenir (PIA), crédit d’impôt recherche (CIR),  crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE)… « Les nouveaux dispositifs de financement mis en place avec Bercy et la Coface ont été cruciaux pour les prises de commandes. Nous avons aussi bénéficié du soutien de l’Etat pour la R&D grâce au PIA et au CIR, alors que le CICE nous a permis de boucler nos comptes et d’investir pour nous moderniser et être plus compétitifs », souligne le patron de STX France, qui mise comme les autres entrepreneurs français sur la seconde tranche du pacte de responsabilité, entrée en vigueur début avril et qui va porter sur des baisses de charges patronales. Ces actions des pouvoirs publics nationaux, doublées de celles des collectivités locales, ont complété les effets du plan de compétitivité mis en œuvre en 2014. « Grâce à cet accord de compétitivité, au travers duquel les salariés ont travaillé plus, nous avons réussi à préserver notre potentiel alors que nous manquions de commandes. Il nous a permis de mettre des millions d’euros dans notre trésorerie pour répondre aux besoins financiers de la relance d’activité ». L’année prochaine, l’accord de trois ans conclu avec les organisations syndicales arrive à son terme. Une clause de cet accord prévoit une redistribution une fois que l’entreprise se porterait mieux. « C’est le cas aujourd’hui et nous allons donc discuter avec les représentants du personnel pour savoir sous quelle forme l’argent va pouvoir être redistribué aux salariés. C’est donc un exemple de partenariat gagnant-gagnant ». 

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)