Construction Navale

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STX France va remotoriser deux paquebots de Princess Cruises

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La compagnie américaine Princess Cruises a confié à STX France le soin de remotoriser deux paquebots construits à Saint-Nazaire, les Coral Princess et Island Princess. Longs de 280 mètres pour une largeur de 31.5 mètres, ces navires de 92.000 GT ont été livrés en décembre 2002 et juin 2003. L’objectif de l’opération consiste à ajouter un module comprenant un troisième moteur diesel afin de limiter l’emploi de la turbine à gaz. Depuis leur mise en service, les « C32 » et « D32 », comme on les appelle aux chantiers nazairiens, disposent en effet d’une propulsion basée sur deux moteurs diesels Wärtsilä et une TG General Electric LM2500 (de 25 MW). « L’emploi de turbines sur les paquebots avait été imaginée par les armateurs à une époque où le coût du combustible était gérable. Cela présentait, notamment, un avantage pour les paquebots naviguant dans des zones sensibles en termes de pollution atmosphérique, car les turbines brûlent un combustible plus propre et le cycle de combustion est continu, évitant l’émission de fumée. De plus, les gaz d’échappement sont beaucoup plus chauds qu’avec un moteur diesel (450 à 500°, contre 300 à 350°), ce qui fait qu’il n’y a pratiquement pas d’imbrûlés dans les gaz produits par les turbines. Cette solution était intéressante pour les Coral Princess et Island Princess, amenés à faire des croisières en Alaska », explique Alain Crouzols, directeur Affaires et Services de STX France. Mais au fil des années, le carburant s’est significativement renchérit et il s’avère que le coût de maintenance d’une turbine à gaz est élevé. Celle-ci nécessite, par exemple, des compétences très pointues, obligeant à recourir à des spécialistes, contrairement aux moteurs diesels, beaucoup plus répandus et dont l’entretien comme la réparation sont maîtrisés par les équipes techniques des compagnies et tous les grands chantiers de réparation navale. Princess Cruises a, de plus, constaté au fil des années que lorsque l’un des deux moteurs diesels de ses navires était en avarie ou en maintenance, l’autre moteur n’était pas suffisant pour fournir l’énergie nécessaire à la propulsion lors des phases de transit, obligeant à allumer la turbine à gaz, plus gourmande en combustible.

 

Le bloc contenant le nouveau moteur du Millennium, en 2007 (© : STX FRANCE)

 

Première expérience avec les Millennium

 

Fort de son expérience sur la remotorisation des paquebots de la classe Millennium de Celebrity Cruises, qui avaient une propulsion voisine et sur lesquels un diesel supplémentaire a été ajouté en 2007, le département Services de STX France a proposé à Princess Cruises  une opération similaire sur les Coral et Island. Un troisième moteur Wärtsilä va donc être mis en place afin que la puissance des groupes atteigne environ 48 MW, tout en faisant qu’en cas de problème technique ou de maintenance, deux diesels soient toujours disponibles pour répondre aux besoins de la propulsion. « L’ajout d’un diesel  va permettre de limiter significativement l’utilisation de la turbine, qui ne sera plus là que pour des opérations ponctuelles, par exemple une navigation dans des zones où les émissions de particules sont contrôlées. Cette intervention va permettre de préserver le potentiel de la turbine, et donc d’en diminuer les coûts de maintenance, tout en améliorant le coût global de la consommation de combustible ».

 

Reste que, par rapport aux Millennium, le projet s’est avéré plus complexe car, sur les Coral Princess et Island Princess, il s’avère que l’espace est plus restreint. Les ingénieurs de STX France ont donc fait appel à leur imagination pour loger le module comprenant le nouveau moteur et les équipements associés. « Nous avons travaillé longuement sur les plans et avons trouvé différentes solutions. Nous avons par exemple proposé de remplacer le bouilleur d’origine par un osmoseur, ce qui permet un gain d’espace, ou encore de pousser un ascenseur destiné à l’équipage afin d’utiliser sa cage pour faire passer le conduit d’échappement du moteur », explique Alain Crouzols. Après avoir présenté une première ébauche de projet, la compagnie américaine, intéressée par la proposition du chantier, a demandé à Saint-Nazaire de creuser la question. Un contrat d’études a été signé avec STX France, qui a validé la faisabilité technique de l’intervention et chiffré son coût, aboutissant à la notification du marché de remotorisation des deux paquebots. Alors que les études effectuées en interne par Princess Cruises montrent que le coût de l’opération sera amorti en quelques années seulement, la compagnie américaine a, de plus, proposé à STX d’utiliser l’une des soutes à combustible, dont les navires ne se servent finalement pas puisque leurs réserves de carburant sont très importantes, afin de pouvoir créer un nouveau local machine.

 

 

Images virtuelle des nouveaux équipements (© : STX FRANCE)

 

Travaux en janvier aux Bahamas

 

Depuis plusieurs mois, une équipe du département Services de STX France prépare l’opération, dont la partie la plus spectaculaire sera menée à bien le mois prochain sur le Coral Princess. A l’occasion d’un passage en cale sèche au chantier Grand Bahama Shipyard, aux Bahamas, le navire verra sa coque ouverte, de manière à y ajouter un module comprenant le nouveau moteur, en lieu et place de l’ancienne soute à combustible. Dans le même temps, le bouilleur sera bien remplacé par un osmoseur et, comme imaginé dès le début par STX France, un ascenseur équipage sera modifié sur plusieurs ponts. Alors que Princess Cruises se charge de l’achat et de la livraison des équipements, les travaux préparatoires sont menés en amont à bord, par les équipes techniques de la compagnie, alors que le navire est en opération. Puis l’intervention se poursuivra après le passage au chantier, de manière à réaliser progressivement tous les branchements et connexions, effectuer les tests et obtenir la classification règlementaire nécessaire à la mise en œuvre du nouveau dispositif. « C’est une opération de longue durée, avec 8 mois de travaux préparatoires, 15 jours à trois semaines de cale sèche et six mois de travaux après ». Alors que le montage et les essais sont réalisés par les équipes de Princess, une vingtaine d’ingénieurs et techniciens français doit se rendre à Grand Bahama Shipyard en janvier afin de superviser les opérations. « Cette affaire a notamment amené du travail aux bureaux d’études et au service achats, mais il fait aussi travailler des sous-traitants spécialisés, qui vont intervenir sur le réseau de réfrigération, ou encore la modification des câbles électriques haute tension. C’est un contrat très intéressant techniquement, car tout le monde ne peut pas faire cela, mais aussi en termes de services rendus à l’armateur, qui grâce à notre proposition et au travail que nous avons mené ensuite ensemble, va pouvoir exploiter des paquebots plus efficients ».

 

L'Island Princess (© : PRINCESS CRUISES)

 

D’autres contrats en perspective

 

Alors que STX France souhaite développer son activité dans les services, où il est par exemple titulaire des marchés de maintien en condition opérationnelle des bâtiments de ravitaillement et des frégates de surveillance de la Marine nationale, et fait partie du consortium qui exploitera la forme 10 du port de Marseille pour les arrêts techniques de grands paquebots, de nouveaux contrats de remotorisation pourraient être signés. En dehors de l’Island Princess, qui bénéficiera des mêmes modifications que son aîné fin 2013, il existe en effet d’autres navires de croisière rencontrant la même problématique, à commencer par les Diamond Princess et Sapphire Princess. Mais aussi le Queen Mary 2.

 

Le Diamond Princess (© : PRINCESS CRUISES)

 

Le Queen Mary 2 (© : CUNARD)

 

STX FRANCE (Chantiers de Saint-Nazaire)