Construction Navale
STX Offshore & Shipbuilding pourrait être vendu d’un bloc

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STX Offshore & Shipbuilding pourrait être vendu d’un bloc

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Un repreneur potentiel est intéressé pour acheter l’ensemble des trois dernières sociétés composant le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding. C’est ce qu’a indiqué un juge de la Cour du district central de Séoul. Placé en redressement judiciaire en juin, le quatrième constructeur du pays a présenté début septembre un plan de sauvetage. Le tribunal, qui l’examine depuis, doit se prononcer sur sa crédibilité ou, à défaut, prononcer la liquidation de STX O&S, dont les banques coréennes ont pris le contrôle depuis que le groupe, acculé par les dettes, a manqué de faire faillite en 2013. L’option d’une reprise en package doit être discutée entre les créanciers et les juges le 14 octobre.

Vers une remise en cause de la vente séparée de STX France ?

En plus de STX Offshore et de Goseong Offshore & Shipbuilding, avec les grands chantiers coréens de Jinhae et Busan (Goseong), le groupe est aussi actionnaire majoritaire des chantiers de Saint-Nazaire, dont il détient 66.66%. Cet été, le lancement d’un processus de vente séparée de STX France avait été initié et, le mois dernier, STX O&S a annoncé son intention de boucler la cession de ses actifs tricolores d’ici la fin de l’année.

La question est, maintenant, de savoir si l’arrivée d’un repreneur potentiel intéressé par l’achat des trois entités du constructeur coréen peut remettre en cause les projets qui émergent ces dernières semaines autour du seul chantier français. « Il est trop tôt pour dire si nous allons procéder à une vente groupée », a affirmé le juge. Ce dernier a par ailleurs refusé de donner l’identité du candidat mais, d’après la presse coréenne, il s’agirait d’un groupe britannique.

Britannique ou sino-britannique ? 

Cela fait évidemment penser au fonds d’investissement sino-britannique évoqué ces dernières semaines, notamment par des politiques, comme l’un des candidats au rachat des chantiers nazairiens. S’agit-il du même acteur ? On sait, en tous cas, les élus locaux et syndicats très hostiles à la piste du fonds sino-britannique. Compte tenu de la faible rentabilité des chantiers navals, même avec un carnet de commandes aussi garni que celui de STX France, l’intérêt de financiers, par définition sensibles aux profits, parait à beaucoup suspecte. Et la présence d’intérêts chinois dans cette entité laisse craindre une tentative détournée de venir se livrer à du pillage technologique.  

L’option du package très séduisante pour les Coréens

Quoiqu’il en soit, il parait clair aujourd’hui que reprendre uniquement les actifs coréens de STX peut constituer un investissement risqué. Car ces chantiers, surtout spécialisés dans la construction de navires civils (porte-conteneurs, méthaniers, vraquiers, pétroliers, rouliers…) et de structures marines, sont touchés de plein fouet, comme toute la navale asiatique, par la crise du transport maritime et de l’offshore. Seul Saint-Nazaire, surfant sur l’essor du marché de la croisière, dispose d’un carnet de commandes plein, dont 14 paquebots (d’une valeur de 12 milliards d’euros) à livrer d’ici 2026, ainsi que de belles perspectives dans d’autres secteurs, comme les énergies marines. Avec les chantiers français, la valeur de STX a été estimée cet été, par un audit, à plus de 900 millions de dollars. Mais sans eux, la mariée coréenne est beaucoup moins belle dans le contexte actuel.

De quoi inciter les Coréens, qui peuvent aussi en profiter pour faire monter les enchères, à réfléchir sérieusement à une vente groupée, afin de solder une bonne fois pour toutes le dossier STX et en tirer le meilleur prix. 

 

Les deux grands chantiers coréens du groupe (

Les deux grands chantiers coréens du groupe (© STX O&S)

 

L’Etat français devra donner son feu vert

Les juges et créanciers à Séoul ne peuvent néanmoins pas décider seuls de l’avenir des chantiers nazairiens, dont l’Etat français est actionnaire à 33.34%. Il dispose non seulement d’une minorité de blocage mais aussi, au titre de la loi sur les entreprises stratégiques (du fait que STX France est le dernier chantier hexagonal à pouvoir réaliser de grands bâtiments militaires pour la Marine nationale), de la possibilité de s’opposer à toute décision considérée comme contraire aux intérêts nationaux. Or, jusqu’en juillet au moins, on estimait à Bercy qu’une reprise par un acteur chinois tombait très clairement dans ce cas de figure.

Damen bien perçu, Fincantieri rejeté

Début septembre, une source proche du dossier au ministère de l’Economie indiquait qu’au moins deux candidats potentiels à la reprise de STX France s’étaient manifestés, dont un projet de consortium emmené par un acteur de la construction navale civile. Il s’agit très probablement du groupe néerlandais Damen, dont l’intérêt est d’autant mieux perçu dans l’estuaire de la Loire que les autres pistes sont loin, localement, de susciter l’enthousiasme. L’hypothèse de l’Italien Fincantieri, qui s’était intéressé en 2014 à son grand concurrent français, provoque une véritable levée de boucliers. S’ils réclament l’arrivée d’un actionnaire industriel solide capable d’impulser une stratégie de développement, syndicats et politiques rejettent catégoriquement l’option d’une reprise par la concurrence italienne, qui n’a pas plus les faveurs des principaux clients du chantier, MSC et RCCL. Des armateurs qui, d’ailleurs, ne se lanceront très probablement pas dans l’aventure de la reprise, sauf cas de force majeure.

DCNS dans une position délicate

Quant à DCNS, le groupe naval de défense s’est mis dans une position délicate. Depuis 15 ans, il rejette l’idée d’un rapprochement avec les ex-Chantiers de l’Atlantique, et cette position n’a fait que se renforcer avec l’entrée dans son capital de Thales, en 2007. Sauf qu’aujourd’hui, la perspective de voir Damen mettre la main sur STX France engendre beaucoup d’inquiétude chez DCNS et ses alliés, à commencer par le Concarnois Piriou. Tous redoutent en effet de voir émerger à Saint-Nazaire une nouvelle concurrence sur le marché militaire. DCNS suit donc avec une grande attention l'évolution du dossier et serait prêt à participer à un tour de table. Mais à un niveau limité, toujours pas en tant qu’actionnaire de référence. Ce qui fait dire aux syndicats et élus que, dans ces conditions, la seule motivation du groupe naval serait de bloquer toute velléité des chantiers nazairiens sur le militaire. Ce qu'ils refusent évidemment. Voilà donc comment DCNS, avec lequel un mariage de STX fut longtemps considéré comme une évidence par beaucoup, est aujourd’hui regardé avec défiance malgré le succès des programmes menés en commun.  

La France devra renchérir si elle rejette une proposition de vente

En tout état de cause, si l’Etat a la capacité de refuser une cession de STX France à un repreneur considéré comme indésirable, il devra faire une contre-offre aux Coréens. Et avec désormais le scénario du package, il n’est pas à exclure que dans ce cas la facture augmente sérieusement, ce qui nécessiterait  une mobilisation d’autant plus large pour soustraire l’entreprise au spectre d'un prédateur. Cela étant, l’Etat vient bien d'annoncer pour 700 millions d'euros de commandes afin de sauver le site Alstom de Belfort et ses 400 personnels. Il saura donc probablement, si la tempête se levait sur la côte atlantique, trouver les ressources nécessaires pour protéger l'un des plus grands fleurons de l'industrie française. Car le poids économique et social des chantiers nazairiens est autrement plus important : 2600 salariés, une multitude d’entreprises sous-traitantes et des centaines d'embauches prévues dans les prochaines années, une activité en plein développement tournée essentiellement vers l'export, une profondeur de carnet de commandes historique... Quand on pense qu'il y a deux ans, lorsque STX France avait été une première fois mis en vente, personne n'en voulait et qu'il n'aurait fallu alors mettre sur la table que 30 ou 40 millions d'euros... 

 

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