Construction Navale
STX s'empare de la quasi-totalité d'Aker Yards

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STX s'empare de la quasi-totalité d'Aker Yards

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Le groupe sud-coréen STX Shipbuilding a mené à bien, en août, l'OPA lancée sur le constructeur norvégien Aker Yards, propriétaire d'une quinzaine de chantiers, dont ceux de Saint-Nazaire. STX Norway, filiale du géant asiatique, contrôle désormais 92.46% d'Aker Yards, qui devient STX Europe. Après s'être séparé de sa branche Navires Marchands cet été (les chantiers allemands de Wismar et Warnemünde et ukrainiens Okean ont été cédés au Russe FLC West), Aker possède aujourd'hui 15 chantiers en Norvège, Finlande, France, Roumanie, Brésil et Vietnam. L'ensemble représente 16.000 employés. Le groupe se focalise sur deux secteurs principaux : L'offshore et les navires spécialisés, activité florissante concentrée principalement en Norvège ; ainsi que la croisière et les ferries. Cette dernière branche s'articule autour des sites finlandais de Turku (paquebots), Rauma et Helsinki (ferries), et bien entendu des chantiers français de Saint-Nazaire et Lorient.

Avenir incertain pour les Finlandais

Au sein de la division Cruise & Ferries, le contexte est assez contrasté. Alors que les sites tricolores ont rempli leurs carnets de commandes (7 paquebots pour Saint-Nazaire, 3 ferries côtiers et 4 patrouilleurs pour Lorient), les chantiers finlandais semblent à la peine. Turku ne compte à ce jour que les deux géants du projet Genesis. Certes, les Oasis et Allure of the Seas seront les plus gros paquebots du monde (220.000 tonneaux, 2700 cabines), mais ils ne permettront pas au site de vivre après 2010. Et si, d'ici là, aucune autre commande n'est enregistrée, de graves problèmes interviendront au niveau des bureaux d'études et des secteurs de fabrication dès 2009. Pour Rauma et Helsinki, la situation est à peine meilleure. Le solide carnet de commandes engrangé dans le domaine des ferries fond comme neige au soleil et ce n'est pas le contrat, signé cet été, portant sur deux grosses unités pour P&O, qui permettra de maintenir la cadence.
En Finlande, Aker Yards a été confronté en 2007 et 2008 à de gros problèmes d'organisation, entrainant d'importants retards dans la livraison des ferries. Le groupe doit également faire face à la pénurie de main d'oeuvre qualifiée, la moyenne d'âge des ouvriers finlandais étant très élevée (+ de 50 ans) et l'entreprise parvenant de plus en plus difficilement à les remplacer. Dans ce contexte, l'avenir des sites finlandais parait plus incertain que celui de leurs homologues français.

Saint-Nazaire et Lorient semblent peu menacés

Saint-Nazaire et Lorient, bien que rencontrant eux aussi des difficultés de recrutement, semblent mieux sortir leur épingle du jeu. Dans l'estuaire de la Loire, le carnet de commandes s'étale désormais jusqu'en 2012, avec 7 paquebots à livrer. Si, ce qui est espéré très prochainement, un nouveau contrat est signé (on pense aux futurs navires de TUI Cruises), le problème de la baisse de charge dans les études sera solutionné et l'activité industrielle pourrait être assurée sur plusieurs années supplémentaires. Le dernier grand chantier français dispose, en outre, du plus important outil industriel d'Europe, avec sa double forme de construction de 900 mètres et son bassin C, long de 450 mètres pour une largeur de 90 mètres. Un nouveau portique, capable de lever des blocs de 1200 tonnes et donc d'améliorer la productivité, complètera vers 2010/2011 les moyens du site. STX Shipbuilding s'est, d'ailleurs, engagé à maintenir et développer l'activité croisière à Saint-Nazaire. Pour s'assurer des promesses coréennes et répondre aux craintes des salariés, le gouvernement français a, parallèlement, annoncé une entrée de l'Etat dans le capital des Chantiers de l'Atlantique.

L'Etat partiellement à la barre

En 2006, lorsqu'Alstom avait « lâché » sa branche marine, cette dernière n'avait, en effet, pas été absorbée par le Norvégien. Une société commune de droit français, détenue à 75% par Aker et 25% par Alstom, avait été créée. L'accord prévoyait qu'en 2010, Alstom cèderait le restant de ses parts. Suite aux négociations menées avec STX, Nicolas Sarkozy, en déplacement le 5 septembre à Saint-Nazaire, a confirmé que l'Etat avait obtenu un droit de préemption sur les 25% d'Alstom. « Si Alstom devait partir, c'est l'Etat français qui rachètera », a expliqué le président, précisant qu'en outre, l'Etat allait rapidement acquérir 9% d'Aker Yards France. Avec 34% de l'entreprise, et donc la minorité de blocage, l'Etat disposera d'un droit de veto sur toutes décisions stratégiques. Pour l'Elysée et Bercy, ces dispositions sont suffisantes pour protéger le site, ses emplois et son savoir-faire. Du côté des syndicats, on reste néanmoins méfiant, un pillage technologique étant toujours redouté. Reste qu'en reprenant la quasi-totalité d'Aker Yards, c'est-à-dire en investissant plus de 800 millions d'euros, on voit mal les Coréens s'installer en Europe dans le seul but d'y fermer, à court ou moyen terme, des chantiers qui peuvent leur être financièrement des plus profitables. Il conviendra en revanche de voir la réaction des autres grands constructeurs asiatiques. Samsung, qui ne cache pas ses ambitions sur le marché de la croisière, pourrait s'intéresser à l'Italien Fincantieri, qui doit être privatisé l'an prochain. Mais il pourrait aussi, éventuellement, lorgner sur son compatriote. En s'adjugeant Aker Yards, STX a réussi un coup de maître, mais au prix, selon certains responsables syndicaux, d'un endettement record. Cette acquisition peut-elle mettre le groupe dans une situation de fragilité financière propice à attiser la convoitise des autres coréens ? La question mérite d'être posée.

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