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Défense

Reportage

Sur l'arrêt technique de la frégate Forbin

Défense

Cap sur Toulon où la frégate de défense aérienne Forbin effectue actuellement son plus important arrêt technique depuis sa mise en service en 2010. Conduit par Naval Group, ce chantier a débuté le 22 janvier et a vu le bâtiment entrer en cale sèche en avril. Il devrait y rester jusqu’en octobre, les travaux se poursuivant ensuite à quai en vue d’un retour en flotte en décembre. En tout 11 mois d'intervention seront nécessaires. À l’heure actuelle, 100 à 150 personnes interviennent à bord, sachant que 60% du travail à l’intérieur est réalisé par les marins du Forbin. Toutefois, le Capitaine de vaisseau Thomas Fraïoli de rappeler que l’équipage ne reste pas un an sans naviguer. «  J’ai des membres d’équipages en mission sur d’autres navires. L’objectif est qu’ils conservent leurs compétences opérationnelles ». Plus de 1000 interventions sont prévues durant la durée des travaux.

À noter qu’à cause de la menace cyber qui est de nos jours de plus en plus importante, l’entretien du Forbin se fait selon des normes de sécurité draconiennes. Ainsi, tout appareil numérique susceptible d’être connecté aux équipements du bateau et qui rentre dans l’aire du chantier est contrôlé par un service de sécurité informatique de Naval group. Ce dernier avance le fait que la frégate est livrée, à la fin de l’arrêt technique, propre de toute menace informatique.

 

Le Forbin rentrant de sa dernière grande mission, fin novembre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Le Forbin rentrant de sa dernière grande mission, fin novembre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Le Forbin en cale sèche (© NAVAL GROUP)

Le Forbin en cale sèche (© NAVAL GROUP)

 

À bord du Forbin, on s’attelle depuis plusieurs semaines à la dépose de nombreux équipements. C’est le cas de l’armement avec les tourelles de 76 mm qui ont été envoyés en Italie chez la division Système de défense de Leonardo, dont fait maintenant partie l’ancien OTO Melara. Les canons F2 de 20 mm en arrière de la passerelle ont aussi été démontés. De manière définitive puisque la FDA sera dotée cette année de canons télé-opérés de 20 mm Narwhal à raison de trois exemplaires. Deux seront situés à l’emplacement actuel des affûts manuels. Le troisième sera quant à lui intégré sur le toit du hangar hélicoptère, en position centrale. Il disposera ainsi d’un débattement étendu, à une exception près, puisqu’il lui faudra faire avec la présence du brouilleur placé à proximité, sur tribord.

Le bâtiment maintenant au sec, la coque va pouvoir faire peau neuve. Avant de débuter le carénage, les deux lignes d’arbres et les hélices de la frégate, ainsi que l’appareil à gouverner, ont été débarqués. Les équipes doivent encore terminer de démonter les stabilisateurs. L’appareil propulsif va bénéficier d’une grande remise à niveau. Les lignes d’arbres connaissent ainsi de leur visite des 35.000 heures de fonctionnement, les réducteurs leur visite des 12.000 heures et les moteurs principaux des 16.000 heures. Pour les stabilisateurs ainsi que l'appareil à gouverner, mis à rude épreuve lors de l'intervention en Libye en 2011 (la frégate devant réaliser des embardées sévères pour éviter les tirs adverses), c'est la visite des 10 ans. 

 

 

La frégate Forbin en cale sèche aux bassins Vauban (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La frégate Forbin en cale sèche aux bassins Vauban (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

Les pales d'hélices aux fond de la cale sèche (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Les pales d'hélices aux fond de la cale sèche (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

La frégate Forbin en cale sèche aux bassins Vauban (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La frégate Forbin en cale sèche aux bassins Vauban (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Alors que la coque va faire l’objet d’un nettoyage complet et d'une remise en peinture, l’électronique est aussi remise à niveau, par exemple au niveau du système de combat, mais aussi des senseurs. Le radar de veille aérienne longue portée S-1850M a lui été démonté et renvoyé aux Pays-Bas chez son fabricant, Thales Nederland. Les radars de navigation vont quant à eux être remplacés.

La frégate bénéficie du concept de « chantier dédié » déployé par Naval Group afin d’optimiser les opérations de maintenance avec des équipes et moyens industriels affectés spécifiquement à l’entretien, par types de bâtiments. « L'organisation en chantier dédié au pied du navire est un levier majeur d'optimisation et d'efficacité. Plusieurs dizaines de collaborateurs Naval Group (Toulon, Ruelle, Ollioules) mobilisés chaque jour et au total 150 personnes, sous-traitants compris pour le Forbin », explique Cyril Garcia, directeur de programme MCO des frégates de premier rang (hors FREMM). Ce dernier souligne l’importance des contrats de maintien en condition opérationnelle. « Accompagner les marines sur l’intégralité du cycle de vie des navires, telle est la mission de la direction Services de Naval Group, qui regroupe 4700 collaborateurs et réalise 45% du chiffre d’affaires du groupe. Le modèle industriel des services repose sur des bases avant et un back office. Aujourd'hui, Naval Group conduit environ 20 programmes majeurs de MCO, avec pour objectif d'optimiser la disponibilité des flottes, de les  moderniser et de les pérenniser. Chaque année, ce sont 45 bâtiments de surface et sous-marins qui sont maintenus en service ».

Cet arrêt technique majeur, qui sera conduit en 2019 sur le sistership du Forbin, le Chevalier Paul, permettra aux deux bâtiments français du type Horizon de poursuivre leurs opérations jusqu’à leur refonte à mi-vie, prévue à ce stade vers 2027. Elle devrait notamment comprendre l’ajout d’une capacité de défense antimissile balistique. Il faudra pour cela rénover le système de combat, intégrer des missiles Aster 30 Block 1 NT et changer le radar de conduite de tir EMPAR. Plusieurs solutions sont possibles pour ce changement, dont le Sea Fire de Thales qui équipera les FTI ou le Kronos de Leonardo, qui devrait être retenu pour les deux frégates italiennes du type Horizon, dont la modernisation est prévue avant 2025.

Tête de série du programme franco-italien Horizon, qui a vu la construction en coopération de quatre frégates, soit deux pour la Marine nationale et deux autres pour la Marina militare, le Forbin est entré en service en 2010, un an avant son cadet français, le Chevalier Paul. Ces bâtiments de 152.9 mètres de long pour 20.3 mètres de large et plus de 7000 tonnes en charge font partie des frégates les plus modernes et les plus puissantes actuellement en service.

Elles peuvent mettre en œuvre 32 missiles surface-air Aster 30, 16 missiles Aster 15, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, deux tourelles de 76mm, des torpilles MU90 et un hélicoptère NH90. 

 

Naval Group (ex-DCNS) Marine nationale