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Construction Navale

Reportage

Sur le chantier du MSC Bellissima

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Croisières et Voyages

1500 personnes s’activent actuellement sur le paquebot MSC Bellissima, mis à l’eau jeudi dernier et transféré le lendemain dans le bassin C des chantiers de Saint-Nazaire. C’est là que se poursuit son armement, qui va voir les effectifs croître dans les mois qui viennent afin d’achever les parties techniques et surtout les espaces publics. Cela, en vue d’une livraison du navire dès février 2019.  

Quelques heures avant la mise à l’eau, l’imposante coque offrait une vue spectaculaire depuis le fond de la forme de construction, d’où l’on pouvait apprécier la forme de sa carène, ses quatre propulseurs d’étrave ou encore ses deux énormes pods, moteurs électriques placés dans des nacelles orientables à 360 degrés. Installés à la poupe, ces équipements servent à la fois de propulseurs principaux et de gouvernails.

 

 

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Assemblage en un temps record

Sistership du MSC Meraviglia, remis à la compagnie italo-suisse MSC Cruises en mai 2017, ce navire, dont la découpe de la première tôle est intervenue le 28 novembre 2016, a été assemblé en un temps record. Sa mise sur cale date en effet d'octobre 2017. Il aura donc fallu seulement 7 mois pour monter les 48 blocs constituant sa coque, intégrant un ensemble d’environ 300.000 pièces métalliques pour un poids de 35.000 tonnes d’acier.

L’outil industriel optimisé pour aller encore plus vite

« Le MSC Meraviglia comptait 50 blocs et nous sommes parvenus, en optimisant la production, à réaliser son jumeau en 48 blocs. Les améliorations continues permettent de réduire les délais. Par exemple, pour gagner du temps, nous développons de plus en plus le pré-armement des blocs », souligne Bertrand du Charlat, qui a la responsabilité chez STX France de la construction de celui qu'on appelle ici le F34.  Le plan de charge du chantier, qui atteint un niveau inédit, impose en effet d’aller toujours plus vite dans la réalisation des navires. Grâce au nouveau très grand portique, mis en service en 2015, le nombre de blocs a pu être significativement réduit, l’engin offrant une capacité de levage de 1400 tonnes, contre 750 pour son aîné, finalement conservé et remis à niveau pour intervenir de manière complémentaire sur la manutention de charges moins lourdes. Moins haut que le TGP et situé vers l’estuaire de la Loire, c’est-à-dire en sortie de la gigantesque double forme de construction, qui comprend les formes A et B, longues chacune de 450 mètres, le vieux portique Krupp impose néanmoins une contrainte de hauteur pour les coques réalisées. C’est pourquoi une partie des éléments de la cheminée n’ont pas été montés avant le transfert du F34 vers le bassin C. Le portique bleu ne surplombait en effet que de quelques petits mètres la structure du paquebot avant sa mise à l’eau.  

 

Le MSC Bellissima pendant son assemblage (

Le MSC Bellissima pendant son assemblage (©  BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Le MSC Bellissima pendant son assemblage (

Le MSC Bellissima pendant son assemblage (©  BERNARD BIGER - STX FRANCE)

 

Grâce au TGP, STX France peut désormais réaliser des blocs en pleine largeur pour les superstructures, soit jusqu’à 47 mètres. L’aire de pré-montage a dans le même temps été réorganisée et étendue de 150 mètres grâce au dévoiement du boulevard des Apprentis, ce qui permet notamment de stocker, de rang, jusqu’à 6 énormes blocs en pleine largeur, en plus de nombreuses autres structures métalliques plus petites. Sans cette extension, a expliqué jeudi dernier Laurent Castaing, directeur général de STX France, le chantier n'aurait pas pu prendre la commande du 5ème Meraviglia, qui a pu ainsi s'insérer dans le plan de charge pour être livré 2023. Alors que des unités dédiées ont été aménagées ces dernières années pour accentuer le pré-armement, deux grands abris mobiles, soulevés par le TGP, permettent quant à eux de conduire les travaux de peinture des blocs quelle que soient les conditions météo. Avec à la clé une qualité accrue et là aussi des gains de temps. Enfin, il y a des sous-traitances de blocs, voire maintenant de sections entières en Pologne, qui permettent de saturer l'outil industriel et au final d'accroître les capacités, avec plus de bateaux construits et donc plus de travail en local. 8 des 48 blocs du MSC Bellissima ont ainsi été fabriqués par le chantier Crist de Gdansk.  

 

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (

Le MSC Bellissima dans sa cale de construction le 14 juin (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Moins de 27 mois pour réaliser un géant

C’est ainsi que le MSC Bellissima, qui représente 5 millions d’heures de travail pour le chantier et ses sous-traitants, peut être produit aussi rapidement, moins de 27 mois s’écoulant entre la découpe de la première tôle et la livraison. Il ne s’agit pourtant pas d’un petit navire mais de l’un des plus gros paquebots du monde.  

Long de 315.8 mètres pour une largeur de 43 mètres et une jauge de 167.600 GT, le F34 comptera 2246 cabines. Celles-ci, produites par une usine spécialisée de STX France à Montoir-de-Bretagne, arrivent préfabriquées. Elles sont hissées jusqu’aux ponts où elles doivent être intégrées par des monte-charges provisoires fixés sur la coque. De là, elles sont roulées jusqu’à leur emplacement final puis fixées et raccordées aux réseaux (électricité, eau, évacuation des sanitaires). Une partie des cabines est déjà embarquée sur le F34, les autres allant suivre dans les mois qui viennent. En attendant, derrière des baies vitrées donnant sur les futurs balcons, de grands espaces vides attendent leur arrivée.

 

 

La future coursive principale de l'équipage (

La future coursive principale de l'équipage (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le navire à près de 40% d’armement

Le F34 est encore un vaste chantier. Alors que le futur atrium est bardé d’échafaudages, dans son prolongement se dessine déjà la grande promenade, une véritable rue interne de 96 mètres de long. Surplombée d’une voûte numérique permettant de proposer différentes ambiances selon les moments de la journée, elle accueillera des boutiques et bars. Certains sont déjà avancés, les travaux d’isolation, le câblage et la maçonnerie étant en cours. L’aspect général est d’ailleurs souvent trompeur, des parties achevées, comme certains plaquages de cages d’escaliers, étant déjà en place mais dissimulées sous des protections. Le MSC Bellissima, à peine mis à l’eau, en est en réalité déjà à près de 40% d’achèvement au niveau de son armement.

 

 

La future promenade (

La future promenade (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La promenade du MSC Meraviglia

La promenade du MSC Meraviglia (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Que ce soit à l’intérieur ou sur les ponts extérieurs, on a toujours peine à croire que dans quelques mois seulement, les différents espaces accueilleront des restaurants, des salons, un casino, un grand théâtre, une seconde salle de spectacle à l’arrière conçue pour les shows du Cirque du soleil,  un centre de bien-être, un superbe pont piscines avec des bassins en plein air et un autre aménagé sous une grande verrière.

 

Le pont piscines (

Le pont piscines (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le pont piscines (

Le pont piscines (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La future piscine couverte (

La future piscine couverte (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Modifications sur le Yacht Club

Il y aura également, comme sur tous les navires de MSC Cruises depuis la classe Fantasia, un complexe privatif, le MSC Yacht Club, comprenant des suites, un restaurant, un salon et un solarium. Avec une modification par rapport au MSC Meraviglia. Aménagé sur deux ponts pour sa partie intérieure, cet espace sera sur l’avant complètement ouvert sur une immense baie vitrée, le niveau supérieur se transformant en mezzanine. Une modification à la demande de l’armateur, qui préférait cette disposition adoptée pour ses paquebots de la classe Seaside réalisés en Italie chez Fincantieri. La demande a été formulée en novembre dernier seulement, les équipes de STX France se mobilisant immédiatement, bien que le bloc du MSC Yacht Club soit déjà en cours de production, pour le modifier et répondre à ce souhait.

 

Le futur MSC Yacht Club avec salon et restaurant en mezzanine (

Le futur MSC Yacht Club avec salon et restaurant en mezzanine (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le futur MSC Yacht Club (

Le futur MSC Yacht Club (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dernière ligne droite au quai d’armement de Penhoët cet hiver

Le chantier et ses sous-traitants vont maintenant mettre les bouchées doubles pour achever le navire, appelé à réaliser ses essais en mer juste avant Noël (normalement du 19 au 23 décembre). Après cette campagne de tests au large de Belle-Ile, le MSC Bellissima ne reviendra pas au bassin C. Il rejoindra à son retour dans l'estuaire de la Loire, via la forme-écluse Joubert, le quai d’armement du bassin de Penhoët. Ce dernier aura été libéré suite à la livraison du Celebrity Edge, qui y est actuellement en achèvement à flot et doit être remis à la compagnie américaine Celebrity Cruises en octobre prochain.

 

Le Celebrity Edge au quai d'armement de Penhoët (

Le Celebrity Edge au quai d'armement de Penhoët (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Des blocs du futur G34 devant la proue du MSC Bellissima le 14 juin (

Des blocs du futur G34 devant la proue du MSC Bellissima le 14 juin (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le MSC Grandiosa occupera le bassin C dès janvier

Si le MSC Bellissima ne retrouvera pas le bassin C, c’est que ce dernier sera occupé dès le début du mois de janvier par un autre navire, le MSC Grandiosa (G34). L’assemblage de ce dernier va débuter cette semaine sur la base d’une section de coque de 125 mètres de long produite en Pologne. Entrée dans la forme B samedi, cette section va être complétée par les blocs réalisés à Saint-Nazaire. Une vingtaine est déjà en attente de montage, le navire, livrable en octobre 2019, devant être à moitié assemblé d’ici la fin juillet. Parmi ces blocs, les deux qui vont constituer l’extension de ce navire par rapport aux E34 et F34. Le G34 est en effet une version allongée des deux premiers paquebots de cette série. La tranche 4 est allongée de 16 mètres afin de porter la longueur du bateau à 331.4 mètres et sa jauge à 181.500 GT, le nombre de cabines étant aussi légèrement accru (2408). Cette partie se trouve notamment au niveau de la rue intérieure, qui sera prolongée pour atteindre près de 112 mètres.

 

L'un des blocs de l'extension du G34 sur l'aire de pré-montage (

L'un des blocs de l'extension du G34 sur l'aire de pré-montage (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Bertrand du Charlat (

Bertrand du Charlat (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« C’est fantastique de pouvoir se projeter »

Après le MSC Grandiosa viendra un navire jumeau, le futur MSC Virtuosa, dont la première tôle a été découpée jeudi dernier et qui doit entrer en flotte entre septembre et octobre 2020. Une commande surprise va même permettre d’allonger la classe avec un cinquième navire, livrable en 2023, qui aura en plus la particularité de disposer d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié. « Quand un armateur décide d’allonger ainsi une série c’est une vraie reconnaissance, car cela signifie que les navires sont bien faits et répondent parfaitement aux attentes », se félicite Bertrand du Charlat, qui rappelle que le chantier connait actuellement une période exceptionnelle, avec 11 navires en commande ferme, des options à suivre et d’autres projets en négociation. « Nous avons pratiquement 10 ans de charge. C’est fantastique de pouvoir se projeter ainsi et de ne plus être à se demander, tous les deux ou trois ans, ce que l’on va devenir. Là, on peut investir, travailler sur le long terme, continuer d’améliorer nos process industriels et innover ».

 

Le MSC Bellissima lors de son transfert au bassin C le 15 juin (

Le MSC Bellissima lors de son transfert au bassin C le 15 juin (©  BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) MSC Cruises