Disp POPIN non abonne!
Marine Marchande

Reportage

Sur le chantier du phare des Grands Cardinaux avec le baliseur Gavrinis

Marine Marchande

Aujourd'hui, nous vous embarquons sur le baliseur côtier Gavrinis, de l’Armement des Phares et Balises. Basé à Port-Haliguen, sur la presqu’île de Quiberon, il réalise l’été des travaux de génie maritime et de peinture sur des tourelles et des phares. Cette fois, il s'agit d'une opération de décoffrage d’un escalier en béton menant au phare des Grands Cardinaux.

 

Le Gavrinis au mouillage, vu du phare (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le Gavrinis au mouillage, vu du phare (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Transit de Port Haliguen jusqu’à Hœdic

En ce début de journée de la fin juillet, le temps est parfait sur la baie de Quiberon. Une légère brise et un grand soleil accompagnent la sortie du port du Gavrinis. Celui-ci dispose d’un quai donnant juste sur l’entrée de Port-Haliguen. Equipé de deux propulseurs arrière orientables et d'un propulseur d’étrave, le navire manoeuvre aisément. Une fois sorti du port et alors que la fréquentation devant la presqu'île est encore très calme à cette heure-là, le baliseur s’élance vers sa zone de travail, à 15 milles de là, au sud-est. Le transit va s’effectuer à 10 nœuds, un peu moins que la vitesse maximale du bateau (12 nœuds). La mission du jour se déroule au sud-est de l’île d’Hœdic.

 

L'Île d'Houat au premier plan et Belle-Île au second (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'Île d'Houat au premier plan et Belle-Île au second (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Deux équipes sont constituées pour deux opérations différentes. Une première va décoffrer un escalier en béton sur le site des Grands Cardinaux. Pendant ce temps, une deuxième ira repeindre une tourelle sur la côte d’Hœdic. Outre l’équipage du Gavrinis, composé du capitaine, Jean-Louis Padellec, d’un mécanicien, d’un maître d’équipage et de deux marins polyvalents, le bateau embarque un maçon. Ce dernier n'est pas directement rattaché à l'APB, c'est un ouvrier parc atelier (OPA) de l’établissement des Phares et Balises de Lorient. « Je ne fais pas partie de l’Armement des Phares et Balises. Je ne suis pas un marin, même si je suis amené à opérer en mer. Je suis rattaché au parc atelier de Lorient, où nous sommes 13 », indique Pascal, le maçon. « Il y a toutes les spécialités techniques au parc, des mécaniciens, des électriciens, des maçons, des peintres, etc. ».

 

Le Phare des Grands Cardinaux sur son piton rocheux (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le Phare des Grands Cardinaux sur son piton rocheux (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Lors du trajet, le Gavrinis remorque un canot destiné à transporter le personnel au plus près des récifs et des sites d’exploitation. Si le tirant d’eau du Gavrinis est volontairement faible pour opérer en zone côtière, la petite embarcation, réalisée par le chantier Pêch’Alu International, est nécessaire à marée basse pour conduire les opérations de génie civil sur les ouvrages maritimes. Ce qui est le cas aujourd'hui. 

 

La plage arrière du Gavrinis et le canot remorqué (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La plage arrière du Gavrinis et le canot remorqué (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le canot farbiqué par Pech'Alu Internationnal. Le Gavrinis peut aussi remorquer un chaland (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le canot farbiqué par Pech'Alu Internationnal. Le Gavrinis peut aussi remorquer un chaland (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Après avoir longé l’île d’Houat et dépassé Hœdic, le Gavrinis arrive sur la zone de mouillage. Il s'est arrêté entre les deux sites d’opération de la journée, Hœdic et le phare des Grands Cardinaux. Après avoir jeté l’ancre, Jean-Marc, le mécanicien, s’occupe de changer l’alimentation électrique du bord. Avant de couper les moteurs principaux, il enclenche le générateur auxiliaire, permettant ainsi d’économiser du carburant.

 

L'un des deux moteurs principaux, très facilement accessible (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'un des deux moteurs principaux, très facilement accessible (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le générateur auxiliaire (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le générateur auxiliaire (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Changement d'alimentation du bord (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Changement d'alimentation du bord (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Décoffrage en plein cagnard

Plusieurs tournées sont nécessaires pour amener à la fois le personnel et le matériel sur les zones de travaux. En contournant les Grands Cardinaux par le sud, on remarque très vite que l’élégant édifice du XIXème siècle accuse son âge. La peinture extérieure du phare est globalement en mauvais état, dans l'attente d'un futur rafraîchissement. À l’est du phare, c’est la zone d’accueil qui a subi la force des éléments. C’est justement là que se déroule l’une des opérations de la journée. Sous un soleil de plomb, Mickael et Pascal s’attellent déjà depuis un quart d’heure au décoffrage d’un escalier en béton, faisant office d’accès au phare.

 

Les deux ouvriers dévissent les palplanches (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Les deux ouvriers dévissent les palplanches (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)
Une fois les palplanches enlevées, Pascal réalise les dernières finitions (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Une fois les palplanches enlevées, Pascal réalise les dernières finitions (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

L’escalier en question n’avait pas survécu aux assauts de la mer. La partie inférieure avait été emportée par les vagues. « Dans ce genre de cas, il faut intervenir rapidement, sinon après c’est toute la structure qui est fragilisée. Pour sauver l’escalier dans son ensemble, il fallait remplacer la partie manquante », détaille Pascal. Le coulage du béton a eu lieu deux semaines auparavant. Pour ces opérations, la plage arrière du baliseur a été adaptée à l’emport de matériels spécifiques, comme une petite bétonnière. Ici, le ciment est agrémenté de cailloux pour le rendre moins glissant l’hiver, quand l’eau et les algues recouvrent les marches. Le coffrage en bois a été vite enlevé et le reste de la matinée est employé par les deux hommes pour réaliser des finitions sur l’ouvrage. L’escalier s’étend des rochers jusqu’au chemin de ronde. Deux autres moyens permettent de rejoindre le phare. Une échelle et une plateforme d’hélitreuillage.

 

Le phare est difficilement accessible sans la zone d'accès établie le long de son côté nord (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le phare est difficilement accessible sans la zone d'accès établie le long de son côté nord (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Cette dernière a elle aussi eu besoin d’une rénovation récemment. « De l’eau avait fini par s’infiltrer et créer un trou, résume Mickael, donc on a refait un coulage de béton pour lui redonner sa forme originelle ». Il y a 15 ans, c’était le chemin de ronde côté sud-ouest qui s’était volatilisé : « Le danger était grand de fragiliser l’ensemble de l’édifice, y compris le phare », explique Pascal. Il avait été reconstruit dans la foulée. « Il faut comprendre que les conditions sont très compliquées par gros temps. La porte d’entrée par exemple, on l’a retrouvée plusieurs fois cabossée et déformée par la force des vagues », se rappelle le maçon.

 

La plateforme d'hélitreuillage (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La plateforme d'hélitreuillage (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Un élément toujours essentiel pour la sécurité maritime

Malgré les moyens modernes de navigation (GPS, AIS, radar, sondeur, etc.), le rôle des phares dans la sécurité maritime est encore primordial. Celui des Grands Cardinaux mesure 27 mètres et a été construit en 1875. Il n’est plus habité depuis 1973, ce qui a un impact très visible sur son état. L’intérieur est en effet vétuste, même si les boiseries sont encore conservées. Des panneaux solaires, reliés à un pack de batteries, alimentent en électricité la lampe au sommet de la tour. En cas de besoin, un groupe électrogène SDMO peut prendre le relais. Un transpondeur AIS (système d'identification automatique) a aussi été installé au sommet du phare afin qu'il soit mieux répéré par les bateaux.

 

La lampe du phare (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La lampe du phare (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

Le phare fait aussi office de dernier refuge. En cas de problème, des personnes peuvent se s'abriter à l’intérieur, la porte d’accès rouge flamboyant n’étant pas fermée. Par contre, une porte cadenassée empêche des visiteurs extérieurs de monter plus haut dans le phare. « Il y a quelques années, on nous avait reporté la présence de personnes extérieures au service en au haut du phare. Pour des raisons de sécurité, on a dû condamner l’accès au public de l’escalier principal », explique Pascal.

La coupole sera hélitreuillée en septembre

Le vieux phare n’en a pas fini avec les travaux. Et c’est une opération spectaculaire à laquelle il aura droit en cette rentrée. En effet, sa coupole va être enlevée pour être rénovée au parc de Lorient. Pour cela, plusieurs étapes vont être nécessaires. D’abord, la présence d’amiante a été constatée dans la coupole. Une entreprise extérieure va donc désamianter cette partie du phare. Par la suite, il faudra hisser la coupole, qui pèse plus de 800 kilos. Elle sera d’abord allégée, les vitres ainsi que la lampe retirées. Puis, elle sera désolidarisée de son socle. Le système d’ancrage actuel repose sur des tiges métalliques enfoncées dans la pierre. Elles seront sectionnées pour permettre la libération de la coupole. Dès lors, un hélicoptère viendra soulever la coupole pour la ramener à terre. Cette délicate manoeuvre devrait se dérouler mi-septembre. Un modèle temporaire sera installé en remplacement, le temps que l’original soit rénové, ce qui devrait durer plusieurs mois.

 

 

Après avoir terminé le décoffrage, l’équipage rejoint le navire. N’ayant plus d’ordre de mission pour la semaine, le bateau reprend la direction de Quiberon après le déjeuner. 

Le Gavrinis, un outil moderne multifonctions 

Mis en service à l’hiver 2017, le baliseur appartient à l’Armement des Phares et Balises de la direction des Affaires maritimes. Spécialement conçu pour l’installation et l’entretien de la signalisation maritime, il est mis à la disposition de la Direction Interrégionale de la mer Nord Atlantique Manche Ouest (DIRM NAMO), plus précisément la Subdivision des phares et balises de Lorient. 

L’hiver, l’essentiel des missions concerne l’entretien du balisage côtier allant de l’embouchure de la Vilaine à la pointe de Penmarc’h. L’été, le beau temps permet d’entreprendre des travaux et l’entretien sur les phares et les tourelles. À terme, le baliseur doit opérer depuis Lorient l’hiver et depuis Port-Haliguen le reste de l'année. Pour l’instant, le bateau est surtout utilisé depuis Quiberon, en attendant d’avoir un quai aménagé pour lui à Lorient (notamment avec du courant quai).

 

Le Gavrinis, à quai à Port Haliguen (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le Gavrinis, à quai à Port Haliguen (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Conçu par le bureau d’architecture nantais HT2 d’Alain Tobie et réalisé par le chantier Delavergne d'Avrillé, en Vendée, le Gavrinis mesure 27.5 mètres de long pour 7.3 mètres de large. Ce bateau en aluminium affiche un déplacement lège de 68.5 tonnes et de 102 tonnes en charge. Pour intervenir au plus près des côtes et dans les eaux peu profondes du littoral de Bretagne sud, son tirant d’eau a été réduit à seulement 1.2 mètre. Ses propulseurs, externes, peuvent être à cet effet légèrement réglés en hauteur. Ces derniers, à entraînement hydraulique, tirent leur puissance de deux moteurs Scania de 450 cv chacun.

 

Les propulseurs ajustables à transimission hydraulique du Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Plus de confort et de sécurité

Le Gavrinis remplace deux vedettes de l’APB, les Logoden (16.9 mètres, 1959) et Locmaria (15.6 mètres, 1957). Par rapport à ces dernières, Le Gavrinis affiche des capacités bien supérieures en terme de capacité et de performances, mais aussi de confort. « Aujourd’hui on peut rester plusieurs jours en mer. On peut se faire à manger dans notre carré. On dispose aussi de cabines pour six couchages et surtout de douches. Avant, on devait s’arrêter dans des ports, ce qui n’était pas toujours évident. Maintenant, on est totalement indépendant de ce point de vue là. », rappelle Mickael. Seuls petits bémols, l’absence de climatisation, qui se fait sentir l’été, et le tirant d’air assez élevé de l’avant du bateau qui a tendance à le faire un peu rouler au mouillage.

 

 

Outre les anciennes vedettes, l’armement utilisait aussi à Lorient jusqu’en 2014 l’antédiluvien baliseur Roi Gradlon. Construit en 1948 au chantier havrais des Forges et Chantiers de la Méditerranée, ce bateau de 35 mètres de long pour 7 de large est arrivé à Lorient en 1952, il est resté en service pendant 62 ans. Depuis, il est conservé en tant que navire-musée à Douarnenez. Si les marins qui ont eu la chance de servir à son bord en gardent un souvenir nostalgique, ils ne regrettent pas le passage à leur nouvel outil de travail. En effet, si le Gavrinis remplace d’abord les Logoden et Locmaria, il possède suffisamment de capacités et de polyvalence pour effectuer des tâches dévolues à l’ancien baliseur. « Par rapport au vieux Roi Gradlon, on a énormément gagné en confort et en sécurité. Par exemple, le Gavrinis est très bien insonorisé. On entend très peu les machines. Et le Roi Gradlon avait une tenue à la mer moins bonne que le Gavrinis. Quant au maniement des bouées sur le pont, il était effectué avec un mat de charge… », explique Mickael, maître d’équipage. Une époque révolue maintenant, y compris pour le capitaine, Jean-Louis Padellec, qui a du quant à lui se faire à une nouvelle manière de piloter: « Il n'y a plus de barre, tout se fait avec l'aide de deux joysticks, un par propulseur. On peut jouer avec l'un ou l'autre, voire les deux en même temps».

 

Le pont de la plage arrière apporte une vraie plus value (© APB)

Le pont de la plage arrière apporte une vraie plus value (© APB)

Le capitaine peut suivre les manœuvres depuis la passerelle (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le capitaine peut suivre les manœuvres depuis la passerelle (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

Le tout récent baliseur dispose comme on l'a vu d’une belle modularité qui lui permet de réaliser plusieurs types de missions tout en se basant sur des standards de confort modernes. L’Armement des Phares et Balises projette d’ailleurs de continuer la modernisation de sa flotte avec l’ajout de cinq nouveaux bateaux d’ici 2022, dont une unité équivalente au Gavrinis.

 

L'équipage de cette journée, une fois de retour à Port Haliguen (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'équipage de cette journée, une fois de retour à Port Haliguen (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)