Construction Navale
Sur le chantier du plus grand paquebot du monde
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Sur le chantier du plus grand paquebot du monde

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Croisières et Voyages

En février 2015, nous vous avions fait découvrir pour la première fois le chantier de l’Harmony of the Seas, qui était alors en cours d’assemblage à Saint-Nazaire. Un an plus tard, un travail colossal a été effectué. La coque a été achevée, le navire mis à l’eau en juin dernier et, actuellement, 3200 personnes, dont 2500 sous-traitants de STX France, s’activent pour terminer le géant d’ici la fin avril, sa livraison à la compagnie américaine Royal Caribbean International étant officiellement prévue le 12 mai. « Le navire est achevé à 95%. 1700 des 2700 cabines ont été acceptées par l’armateur et les travaux avancent bien dans les espaces publics. Nous poursuivons en parallèle le tirage des câbles, les connexions électriques, les tests sur la tuyauterie… », note Pascal Favreau, qui supervise la construction du navire aux chantiers nazairiens. Une oeuvre titanesque puisque le plus grand paquebot du monde, ce sont des dizaines de milliers de m2 de locaux publics à aménager, dont une vingtaine de bars et restaurants, un grand théâtre, un casino, un vaste centre de bien-être, une patinoire,  un parc aquatique, un jardin botanique naturel…  

 

Vue de l'Harmony of the Seas une fois achevé (© : RCI)

Vue de l'Harmony of the Seas une fois achevé (© : RCI) 

 

« Un navire exceptionnel qui marquera les esprits »

Laurent Castaing, directeur général de STX France, rappelle que la construction de l’Harmony of the Seas représente 10 millions d’heures de travail. « Il en reste encore quelques centaines de milliers mais aujourd’hui, on le voit vraiment prendre forme, dehors comme dans les espaces intérieurs. Le résultat est à la hauteur des espérances et je suis toujours ébloui de ce que nous parvenons à faire collectivement à Saint-Nazaire. Ce sera un navire exceptionnel qui marquera les esprits ». Pour autant, si les espaces publics paraissent très avancés à trois mois de la livraison, les équipes du chantier sont plus que jamais mobilisées pour tenir le calendrier et réussir le tour de force que représente la réalisation d’un tel paquebot : « La construction avance bien, des locaux publics ont déjà été présentés à l’armateur et nous allons passer à l’installation du mobilier et à la décoration. Pour les essais, en revanche, c’est plus difficile car le bateau, qui comprend une multitude de systèmes, dont certains sont nouveaux, est très complexe. Le démarrage de tous ces systèmes, la vérification de leurs performances et leur interconnexion prend du temps », explique Laurent Castaing, qui donne comme exemple le fonctionnement des portes coupe-feu. «  Il faut, en cas de besoin, pouvoir en fermer simultanément 1000 en appuyant sur un simple bouton ». Et puis, rappelle le patron des chantiers, « il faut être souple car un projet comme celui-ci s’affine au fil du temps et l’armateur demande des modifications en cours de réalisation, la dernière grosse évolution ayant été actée il y a quelques mois seulement ».

 

Laurent Castaing (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Laurent Castaing (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Avec ses 362 mètres de long, ses 47 mètres de large à la base (plus de 57 au niveau des superstructures) et sa jauge de 227.700 GT, l’Harmony of the Seas, que l’on appelle à Saint-Nazaire selon son numéro de coque (A34), est nettement plus grand que tous les paquebots réalisés jusqu’ici sur les bords de Loire. Livré en décembre 2003, le Queen Mary 2 (G32), qui détenait jusque-là le record local, mesure ainsi 345 mètres de long pour 41 mètres de large et une jauge de 148.500 GT. Quant au Norwegian Epic (C33), entré en service en juin 2010, il était un peu moins long que la QM2 (329 mètres) mais plus volumineux (155.800 GT).

 

L'Harmony of the Seas au bassin C (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

L'Harmony of the Seas au bassin C (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) 

 

Un prototype plus d’un troisième de série

Si le G32 et le C33 furent des pièces uniques, l’Harmony of the Seas est le troisième navire d’une série, qui compte déjà les Oasis of the Seas et Allure of the Seas, construits à Turku, en Finlande, et mis en service en 2009 et 2010. Sur le papier, les bateaux sont donc quasiment identiques. Mais la réalité est bien différente. En effet, si extérieurement le petit-dernier de la classe Oasis ressemble à s’y méprendre à ses aînés, il cache de profondes évolutions, en particulier sur le plan technique. « Pour nous c’est un prototype car nous avons tout redessiné. Il est un peu plus gros que les deux premiers paquebots de cette série et a représenté d’importants challenges techniques. L’intégration de systèmes de lavage des fumées (qui traitent les émissions d’oxyde de soufre, ndlr) dans des volumes existants a été difficile, tant en conception qu’en réalisation. Un très gros travail a également été effectué pour améliorer la performance énergétique, avec un gain attendu de près  20%. Ce navire sera donc beaucoup plus économe ».

 

Les pods (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les pods (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Importante évolution de la partie énergie/propulsion

Pour y parvenir, l’Harmony of the Seas bénéficie d’un ensemble énergie/propulsion plus efficace que ce que l’on trouve sur ses ainés. « Les nouveaux modèles de moteurs sont plus efficients et nous avons intégré une turbine à vapeur de 2 MW, qui n’existait pas sur les précédents navires. Elle permet de récupérer toute la chaleur qui peut l’être et, ainsi, d’utiliser une source d’énergie supplémentaire », précise Jean-Yves Péan, responsable du contrat, qui comprend en plus de l’Harmony la construction d’un second navire de ce type (B34), livrable au printemps 2018. La motorisation a également évolué, avec toujours six moteurs diesels Wärtsilä mais, en plus du fait que leurs performances sont meilleures, ils se répartissent en deux machines de 16 cylindres et quatre de 12, contre trois de chaque auparavant. L’ensemble de la puissance générée atteindra 96 MW, pour moitié destinée à la propulsion. Comme les Oasis et Allure, l’Harmony dispose de trois moteurs électriques orientables Azipod de 20 MW chacun, qui lui permettront d’atteindre la vitesse de 23 noeuds. Mais les hélices de ces propulseurs ont vu leur design être optimisé, tout comme le dessin de la carène, modifié par les architectes français pour être lui aussi plus efficient.

 

 

Deux campagnes d’essais en mer en mars et avril

Toutes ces nouveautés, il va maintenant falloir les tester et valider le fonctionnement d’ensemble comme les performances de chaque équipement. Cela passe par une longue et complexe phase de démarrage, d’intégration et de mise au point qui commence à quai et se poursuit en mer. A cet effet, deux campagnes d’essais au large de Saint-Nazaire sont prévue. La première est programmée du 10 au 13 mars et la seconde du 7 au 11 avril, avec entre les deux un passage en cale sèche de quelques jours dans la Bassin C, où le navire se trouve depuis sa sortie de la grande forme de construction il y a huit mois. Le calendrier, prévisionnel, peut bien entendu évoluer en fonction de la météo ou de considérations techniques.

 

A bord de l'Allure of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

A bord de l'Allure of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

L’aménagement des espaces publics

En attendant, le travail se poursuit à bord. Mécaniciens, électriciens, peintres, maçons, menuisiers, carreleurs, éclairagistes, spécialistes de la ventilation, de l’aménagement ou de l’électronique… Des dizaines de corps de métiers sont à l’œuvre pour terminer cette véritable ville flottante, qui pourra accueillir plus de 6400 passagers et 2380 membres d’équipage.

La tôle brute se pare de panneaux de cloisons, de revêtements de sol, de moquettes, de carrelage. On tire les câbles électriques, on installe les portes, les armatures métalliques des bars sont recouvertes de plaquages, les maçons façonnent les colonnes et autres arcades, les luminaires sont progressivement installés… Certains espaces publics ont déjà été livrés à Royal Caribbean. C’est le cas de la future patinoire, le Studio B, et il en sera de même cette semaine pour le casino. Il ne restera plus qu’un installer les sièges, les tables de jeu et les machines à sous pour que tout soit prêt.

 

Studio B, la future patinoire (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Studio B, la future patinoire (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

Le futur théâtre de l'Harmony (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le futur théâtre de l'Harmony (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Le grand théâtre, où les passagers pourront découvrir Grease, un show de Broadway et une nouvelle production de la compagnie (Columbus), est lui aussi bien avancé. S’étalant sur trois ponts, à l’avant du bateau, la gigantesque salle de spectacle pourra accueillir 1380 personnes.

La Royal Promenade, véritable rue intérieure haute de deux ponts, évolue elle aussi de jour en jour. Un important travail de finition reste à faire mais, déjà, on voit à quoi vont ressembler les différents bars, restaurants, boutiques et clubs de cet espace de vie central du navire. S’il y a un air familier, avec la structure générale surplombée des grandes verrières donnant sur Central Park et le Rising Tide, cet étonnant bar ascenseur, ceux qui connaissent les Oasis et Allure remarquent déjà que de nombreuses choses changent. L’aménagement comme la décoration de la Royal Promenade ont en effet été modifiés, et il y aura des nouveautés, comme le Bionic Bar avec ses robots en guise de barmen, qui remplacera le Champagne Bar sur les précédents navires de la série.

 

La Royal Promenade de l'Allure of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La Royal Promenade de l'Allure of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Un parc paysager en pleine mer

L’extrême largeur des Oasis a permis de créer, au centre du bateau, de nouveaux espaces à ciel ouvert, qui présentent en particulier l’avantage d’offrir une ouverture extérieure aux cabines qui ne sont pas tournées vers la mer. Comme ses aînés, l’Harmony of the Seas reprend ce concept avec deux lieux principaux : Central Park et Boardwalk. Le premier, au centre du navire, est aménagé au-dessus de la Royal Promenade. Il s’agit d’un véritable parc paysager qui comprendra plusieurs milliers de plantes et arbustes naturels. Il sera bordé de bars et restaurants, sur lesquels le travail se poursuit en attendant que le service botanique de RCI installe la verdure. On notera par ailleurs que la largeur plus importante de l’Harmony par rapport ses aînés (une cinquantaine de centimètres) se traduit par des cabines plus profondes et spacieuses.

 

Central Park sur l'Allure of the Seas (© : RCI)

Central Park sur l'Allure of the Seas (© : RCI) 

 

Amphithéâtre extérieur et toboggan géant

A l’arrière, on retrouve le Boardwalk, avec ses impressionnants murs de cabines aux balcons incurvés, donnant à cette zone une allure de ruche géante. Bordé comme Central Park de bars et restaurants, il s’achève sur l’arrière par un amphithéâtre extérieur installé à la poupe et enserrant une profonde piscine. C’est là qu’en soirée sont proposés des shows aquatiques, avec en particulier d’impressionnantes performances de plongeurs. Sur les côtés, de grands murs d’escalade sont en cours de réalisation. Et puis il y aura aussi, dans ce lieu, l’arrivée d’Ultimate Abyss, l’une des nouveautés proposées par l’Harmony of the Seas. Il s’agit d’un gigantesque toboggan, le plus haut en mer, qui offrira une vue vertigineuse depuis les ponts supérieurs et une glissade d’anthologie pour descendre une dizaine de ponts, soit une bonne trentaine de mètres. En cours de construction chez une société spécialisée du sud de la France, ce toboggan géant sera installé d’ici le printemps.

 

Le Boardwalk sur l'Allure of the Seas (© : RCI)

Le Boardwalk sur l'Allure of the Seas (© : RCI) 

 

Les ponts supérieurs

De nouveaux toboggans ont également fait leur apparition sur les ponts supérieurs, où se trouvent les piscines et qui surplombent Boardwalk et Central Park. Sur l’arrière, on retrouvera le complexe sportif des deux premiers Oasis, avec son terrain de sport, ses deux practices de surf et son mini-golf. Sans oublier la tyrolienne qui fera « voler » les passagers au-dessus du Boardwalk. A l’avant, l’immense solarium, sur deux niveaux, prend également forme. Cet espace plus calme, dédié à la détente, comprendra des plantes exotiques, des bassins et bains à remous, en plus des deux fameux Jacuzzis panoramiques débordant de la superstructure. Le tout sera surplombé d’une immense verrière, redessinée par rapport aux premiers Oasis mais qui ne sera pas fermée, comme c’est le cas avec les derniers paquebots de la classe Quantum of the Seas de RCI.

Ce à quoi ressembleront les ponts supérieurs surplombant Central Park (© : RCI)

Ce à quoi ressembleront les ponts supérieurs surplombant Central Park (© : RCI) 

 

L’équipe de RCI satisfaite et très confiante

Pour l’heure, la compagnie américaine compte à Saint-Nazaire une équipe forte d’une centaine de personnes. Il y a là des membres de son département constructions neuves mais aussi les premiers membres d’équipage de l’Harmony of the Seas, à commencer par le commandant, Gus Andersson. Ce dernier prépare avec ses équipes et celles de STX France les essais en mer. Il les suivra notamment depuis la passerelle du paquebot, en cours de finition et qui offre une vue incroyable sur l’extérieur.  Large de plus de 70 mètres, la timonerie intégrera en plus des fonctions habituelles liées à la navigation, un véritable centre de gestion de crise. Ce concept, inspiré des PC sécurité des nouveaux porte-avions britanniques et installé pour la première fois sur les unités de la classe Quantum, permet en cas de problème majeur de mieux gérer les opérations, par exemple de lutte contre un incendie et une voie d’eau, tout en améliorant le suivi des opérations d’évacuation.

 

La passerelle de l'Harmony of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle de l'Harmony of the Seas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Tout comme le capitaine Andersson, le directeur hôtelier de l’Harmony of the Seas, Gianluca Corneli. se dit très confiant dans l’avancée des travaux et salue le savoir-faire des chantiers nazairiens. L’essentiel de l’équipage, qui comprendra donc plus de 2300 personnes, commencera à arriver fin mars, le gros des troupes étant attendu mi-avril, après la seconde série d’essais en mer.

 

Pascal Favreau, Gus Andersson, Jean-Yves Péan et Gianluca Corneli (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Pascal Favreau, Gus Andersson, Jean-Yves Péan et Gianluca Corneli (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Départ le 15 mai pour Southampton

Le départ de Saint-Nazaire est actuellement prévu le 15 mai, date à laquelle le navire mettra le cap vers Southampton. Contrairement aux derniers paquebots construits par STX France, l’Harmony of the Seas n’embarquera pas de passagers à Saint-Nazaire. « Nous avons d’abord prévu trois jours de formation pour l’équipage puis trois jours d’inauguration », explique Gianluca Corneli. A l’issue des festivités, destinées en priorité au marché anglo-saxon, l’Harmony of the Seas embarquera ses premiers clients le 22 mai à Southampton. Le navire réalisera deux mini-croisières de trois et quatre jours au départ du port britannique avant de réaliser sa traversée inaugurale (29 mai au 5 juin), pendant laquelle Mer et Marine organisera sa prochaine croisière des lecteurs. Ce voyage s'achèvera à Barcelone, où l'Harmony of the Seas sera basé tout l'été. Au départ de la capitale catalane, il proposera des croisières d’une semaine vers Palma de Majorque, Marseille, La Spezia, Civitavecchia (port d’embarquement secondaire) et Naples. 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) | Actualité Royal Caribbean