Construction Navale
Sur le chantier du Quantum et de l’Anthem of the Seas (1/2)

Reportage

Sur le chantier du Quantum et de l’Anthem of the Seas (1/2)

Construction Navale

Cap aujourd’hui sur la Basse-Saxe et le chantier Meyer Werft de Papenburg, où la compagnie américaine Royal Caribbean International fait construire une nouvelle génération de paquebots géants.  Issus du projet Sunshine, lancé en 2011, le Quantum of the Seas et l’Anthem of the Seas seront livrés en octobre 2014 et avril 2015, une troisième unité de ce type devant être achevée au printemps 2016. Affichant une jauge de 167.800 GT, il s’agit des plus gros navires de croisière réalisés jusqu’ici en Allemagne. Et c’est aussi, probablement, les plus complexes techniquement. D’incroyables vaisseaux de 2090 cabines que nous avons eu l’opportunité de découvrir fin août à Papenburg.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les paquebots construits à la campagne

 

Situé au nord de l’Allemagne, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Brême et tout près de la frontière avec les Pays-Bas, Papenburg est probablement le dernier endroit où l’on imaginerait trouver un tel chantier naval. Le site n’est pas installé en bord de mer, comme c’est habituellement le cas, mais en pleine campagne. Sur la route qui nous y conduit, en ce petit matin, la brume enveloppe les champs, où cultures et troupeaux défilent devant nos yeux. C’est là, à mille lieux d’un paysage littoral, qu’apparaissent finalement d’immenses bâtiments et, devant eux, un grand paquebot, dont les superstructures émergent au dessus des arbres.

 

Sur la route de Papenburg (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Sur la route de Papenburg (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Quantum of the Seas émerge au petit matin (© MER ET MARINE - VG)

Le Quantum of the Seas émerge au petit matin (© MER ET MARINE - VG)

 

Le Quantum of the Seas émerge au petit matin (© MER ET MARINE - VG)

Le Quantum of the Seas émerge au petit matin (© MER ET MARINE - VG)

 

Meyer Werft, encore distant de deux bons kilomètres, se trouve de l’autre côté de l’Ems, une rivière de 371 kilomètres qui prend sa source en Rhénanie et, après avoir traversé la Basse-Saxe, se jette dans la mer du Nord, à hauteur d’Emden. Cela signifie donc que les navires réalisés à Papenburg effectuent d’abord une longue navigation fluviale, soit un périple de 24 heures environ dans les boucles de l’Ems, qui est jalonnée de plusieurs écluses. Autant de passages devenus de plus en plus délicats à franchir au fil du temps, la taille des paquebots ne cessant de croître. Les préparatifs sont d’ailleurs en cours pour le prochain convoyage du Quantum of the Seas, qui devrait intervenir le 21 septembre si les conditions météo sont réunies. Sorti de sa forme de construction le 13 août, l’énorme navire, long de 348 mètres pour une largeur de 41.4 mètres, devra d’abord négocier l’écluse séparant l’Ems du bassin à flot du chantier. Il s’agit d’une sortie extrêmement étroite pour un tel bateau puisque celui-ci est presque aussi large que l’écluse qu’il va emprunter. La manœuvre, au chausse-pied, sera donc très complexe et, lorsque l'on arrive au chantier et que l’on regarde l’ouvrage, on se demande bien comment le mastodonte va pouvoir s’y faufiler.

 

L'étroite écluse donnant accès à l'Ems (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'étroite écluse donnant accès à l'Ems (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Passage de l'écluse par le Celebrity Silhouette en 2011 (© MEYER WERFT)

Passage de l'écluse par le Celebrity Silhouette en 2011 (© MEYER WERFT)

 

Pour l’heure, le Quantum of the Seas est à quai et des milliers de salariés de Meyer Werft et de ses sous-traitants s’activent pour l'achever dans les délais impartis. Si, vu de l’extérieur, le navire semble pratiquement terminé, un travail considérable reste à accomplir dans ses entrailles. Nous y reviendrons en détail dans la seconde partie de ce reportage. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à son jumeau, l’Anthem of the Seas, et à travers lui à son berceau, Meyer Werft, un constructeur aussi discret que remarquable.

 

Bernard Meyer, le patron du chantier allemand (© MEYER WERFT)

Bernard Meyer, le patron du chantier allemand (© MEYER WERFT)

 

Une entreprise familiale depuis six générations

 

Fondé en 1795 et réalisant des navires motorisés à coque acier depuis 1872, le chantier allemand est une aventure familiale. Au sein des Meyer, six générations se sont déjà succédées à la tête de l’entreprise. A la barre depuis 1982, l’actuel patron, Bernard Meyer, a su faire face à la concurrence de pays à bas coût en orientant très tôt la production vers des projets à forte valeur ajoutée. Ces 10 dernières années, Papenburg a, ainsi, travaillé sur des navires gaziers innovants, ou encore des bateaux scientifiques, dont le dernier exemplaire, le Sonne, a été livré cet été. Cependant, le constructeur allemand s’est surtout orienté vers les navires à passagers. Il dispose de belles références dans le domaine des ferries, avec par exemple le Mont St Michel et le Pont Aven, livrés en 2003 et 2004 à Brittany Ferries, mais s’est surtout imposé dans la croisière. Meyer Werft a réussi, dans ce domaine, à devenir l’une des grandes références mondiales et l’actuel leader du marché, en réussissant même le tour de force de travailler simultanément pour les trois majors américaines : Carnival Corporation, Royal Caribbean Cruises Ltd (RCCL) et Norwegian Cruise Line (NCL). Son secret tient en trois points : une construction de grande qualité à un coût compétitif,  de fortes relations de confiance avec les clients et une paix sociale garantissant la réalisation des projets dans les meilleures conditions.

 

Le Quantum of the Seas à son quai d'armement (© RCI)

Le Quantum of the Seas à son quai d'armement (© RCI)

 

Un carnet de commandes plein

 

Un triptyque gagnant qui a permis à Papenburg d’être le seul constructeur européen à traverser sans problème majeur la crise de 2008 et de disposer aujourd’hui d’un carnet de commandes plein pour plusieurs années. Ainsi, en plus des trois géants de Royal Caribbean, Meyer Werft va réaliser quatre paquebots à peine moins gros de la classe Brekaway Plus (164.600 GT, 2100 cabines) pour NCL, qui en prendra livraison en octobre 2015, au printemps 2017, au printemps 2018 et fin 2019. S’y ajouteront en octobre 2016 et octobre 2017 deux navires de 150.000 GT et 1680 cabines pour l’armement asiatique Star Cruises, co-propriétaire de NCL. Et d’autres projets sont dans les tuyaux. Alors que des discussions semblent notamment en cours avec le groupe RCCL, le chantier peut espérer reconquérir le groupe Carnival, via notamment sa filiale allemande AIDA Cruises. Ce client historique, pour lequel Papenburg a réalisé 7 unités de la classe Sphinx (68.500 GT à 71.300 GT pour 1025 à 1096 cabines) entre 2007 et 2013, est parti au Japon pour sa nouvelle série de paquebots, soit deux navires de 125.000 GT et 1625 cabines. Mais le projet tourne à la catastrophe pour Mitsubishi, qui accuse six mois de retard sur la tête de série, l’AIDAprima,

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