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Surfrider : Vers un recensement européen des déchets aquatiques

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Surfrider Foundation Europe dévoile le classement des premiers prédateurs de l’Océan : les déchets aquatiques. Un classement établi dans le cadre du projet “Monitoring marine litter across Europe“ qui vise à harmoniser la collecte et l’analyse des déchets aquatiques au niveau européen en impliquant les citoyens. Bouteilles et sacs en plastique, mégots de cigarettes mais aussi cotons-tiges… l’association européenne s’alarme de la présence de plus de 80% de plastiques dans les déchets aquatiques et appelle industriels et pouvoirs publics à agir pour préserver l’Océan et l’environnement.

Surfrider Foundation Europe a mené en 2015 un premier recensement des déchets aquatiques selon le protocole international OSPAR et avec l’aide de centaines de bénévoles. Une initiative de sciences participatives qui vise à collecter et analyser à l’échelle européenne les déchets qui polluent plages, littoraux, océans et fonds marins, afin de travailler à des solutions communes pour plus d’efficacité dans la lutte contre la pollution marine, mais aussi d’évaluer localement l’efficacité des mesures appliquées.

« Chaque jour, 8 millions de tonnes de déchets finissent dans l’Océan. 80% de la pollution qui touchent nos mers est d’origine terrestre et issue de l’activité humaine, avec des répercussions terribles sur la biodiversité et l’ensemble de notre environnement » explique Gilles Asenjo, président de Surfrider Foundation Europe. « Nos déchets ignorent les frontières : une lutte efficace et pérenne contre la pollution marine suppose une réponse globale. C’est tout l’enjeu de notre engagement et de l’action menée en 2015, qui doit rapidement permettre de construire et développer des solutions concrètes partagées par le plus grand nombre de pays. »

Bouteilles et sacs en plastiques, mégots de cigarettes… et cotons tiges

Les premières opérations ont été menées en 2015 sur 5 sites entre la France et l’Espagne. Réalisées en suivant le protocole OSPAR qui permet un comptage standardisé des déchets des plages, ces collectes révèlent la présence massive de plastique, à plus de 80% sur la plupart des sites. En cause : les bouteilles et sacs en plastique bien sûr mais aussi… les cotons-tiges, dont les tiges en plastique finissent à la mer. Ainsi, ce sont plus de 10 000 déchets qui ont été retrouvés sur la seule plage de La Barre à Anglet (64), près de 1500 bouteilles et contenants en verre sur celle d’Inpernupe (Pays Basque espagnol) lors de 4 campagnes de collecte uniquement. À Mutriku en Espagne, 96,6% des 5866 déchets collectés sur une seule année sont des plastiques.

« À ce stade, il s’agit de premières indications qui nous donnent un aperçu des statistiques européennes, » précise Gilles Asenjo. « De la Bretagne au Pays Basque, les déchets plastiques humains sont clairement les premiers prédateurs de l’Océan. Si le bois ou le carton se dégradent, les matières plastiques mettent plusieurs centaines d’années avant de disparaître. Et quand elles ne sont pas sous nos pieds à la plage, elles sont ingurgitées par les animaux marins qui s’en étouffent, sans parler des substances toxiques qu’elles déversent et dans lesquelles nous nous baignons ou de leur possible intégration au sein de la chaine alimentaire. »

Une collecte harmonisée aujourd’hui… des solutions européennes demain ?

Si la sensibilisation, l’éducation et la prévention jouent un rôle primordial pour l’organisation, les pouvoirs publics et les industriels ont la responsabilité de réduire directement la source des déchets. Pour Surfrider, l’Union européenne va dans le bon sens avec la directive adoptée en avril 2015 portant sur la réduction de la consommation de sacs en plastique légers, que la France a transposée dans la loi sur la Transition énergétique. De même, le projet de loi dit « Biodiversité » qui sera étudié en deuxième lecture au Sénat en mai 2016 prévoit l’interdiction au 1er janvier 2018 de la commercialisation des cotons tiges à usage domestique dont la tige est en plastique.

« Les industriels doivent à leur tour s’emparer du sujet et anticiper les interdictions réglementaires en proposant des solutions d’avenir, qui préservent l’environnement et correspondent aux besoins économiques et humains de la société du XXIème siècle, » conclut Gilles Asenjo. « Nous travaillons étroitement avec des groupes tels que SUEZ, notre partenaire sur ce projet, à l’identification des sources de pollution et à la mise en oeuvre de solutions pour limiter la pollution en provenance des terres. Préserver l’environnement ne doit pas être une contrainte mais une évidence. »