Formation et Emploi
Survie en mer :  Le CEPS au service des marins depuis 30 ans

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Survie en mer : Le CEPS au service des marins depuis 30 ans

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La base des sous-marins de Lorient est un endroit surprenant. A l'entrée du port, il y a le premier bloc de la base, le K3, qui renferme des bassins recouverts où les sous-marins s'abritaient. Des sous-marins, il n'y en a plus depuis 1997, date à laquelle la Marine nationale a officiellement rétrocédé la base à la communauté urbaine de Lorient. Le site aurait pu devenir une friche, il est devenu une pépinière d'entreprises tournées vers la mer. Mais la première structure a avoir investi les formes en béton armé est une association. Et, beau symbole, elle est dédiée à la survie en mer pour les marins de toutes les marines. Le Centre d'Etude et de Pratique de Survie (CEPS) s'est installé au K3 en juillet 1996. Yann Chauty, président de l'association, se souvient bien de son arrivée dans le bâtiment. « Lorient est un choix géographique, et puis il y a cette opportunité : nous pouvions avoir ici un lieu parfaitement approprié pour stocker notre matériel, nos bateaux et avoir un atelier. Alors, nous nous sommes installés. Et sans toucher une seule subvention, nous avons formé plus de 10.000 marins à la survie en mer ».

Yann Chauty devant l'alvéole du bâtiment K3 de la base sous-marine  (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
Yann Chauty devant l'alvéole du bâtiment K3 de la base sous-marine (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Yann Chauty a le verbe haut des gens passionnés qui se battent pour leur idéal. Puisqu'il s'agit un peu de cela quand même. « La survie en mer, c'est quelque chose de fondamental et de très spécifique. Et pourtant, quand le CEPS a été crée en 1979, nous nous sommes rendus compte qu'il y avait un vide dans la formation des gens de mer ». Yann Chauty n'est pas marin, mais il a de l'eau de mer dans les veines. « Mon grand-père était cap-hornier, c'est sans doute cela. Les techniques de survie, c'est quelque chose que j'ai appréhendé de manière générale au début. J'étais entouré de passionnés de mon genre, qui lisaient et écrivaient sur le sujet. Jean-Claude Armengaud, professeur à l'hydro de Nantes, était l'un d'entre eux. Il voyait à quel point il était nécessaire de mieux former les marins à ces techniques que d'autres secteurs connaissent et appliquent depuis longtemps. Il a été un des moteurs dans la création de l'association ». Quelques hommes voileux, terriens et marins qui sont persuadés qu'il faut faire bouger les choses à l'époque où la réglementation maritime internationale ne dresse qu'un très timide cadre pour la sécurité en mer.

De la remise du fond du jardin aux 3000 mètres carrés de la base sous-marine

Les débuts du CEPS sont modestes. Le premier manuel de survie édité par l'association paraît en 1989. Le premier stage e formation aux techniques individuelles de survie est lancé en 1991 dans les lycées maritimes. « Au début, quand nous avons lancé nos premières formations, nous avions quelques combinaisons, des bureaux d'écoliers, des livres, le tout stocké au fond de mon jardin ». Les formateurs, d'abord bénévoles, vont à la rencontre des armements pour essayer d'introduire la notion de management du risque à bord des navires. L'expertise du CEPS commence à être reconnue. « Nous avons élargi notre public sans faire trop de battage. Des armements au commerce sont venus nous voir, nous avons monté des stages adaptés à certains types de navigations puis d'industries, comme par exemple les employés travaillant sur l'offshore ». En 1999, la convention internationale STCW, qui prévoit le cadre général de la sécurité en mer, entre en vigueur en France. Elle renforce sensiblement les obligations des armements et des industriels travaillant en mer. « Entre temps, nous nous étions installés à Lorient et avons investi dans du matériel lourd pour l'entraînement ».

De nombreuses embarcations de sauvetage permettent de reconstituer plusieurs types de drome de sauvetage   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
De nombreuses embarcations de sauvetage permettent de reconstituer plusieurs types de drome de sauvetage (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Le CEPS dispose d'un bossoir avec un canot offshore fermé   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
Le CEPS dispose d'un bossoir avec un canot offshore fermé (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Yann Chauty est fier de faire découvrir son alvéole du K3. On est loin de la remise du fond du jardin. Autour du bassin s'alignent les radeaux et les embarcations. « Il faut pouvoir préparer les stagiaires à l'ensemble des équipements de la drome de sauvetage qu'ils pourront être amenés à rencontrer lors de leurs embarquements ». Un bossoir avec un canot offshore fermé, un canot semi-ouvert de 150 places, une grue avec un radeau de 25 places, un poste d'hélitreuillage, un canot de chute libre, un canot fermé de 25 places récupéré à bord du Rokia Delmas (qui s'était échoué en 2006 sur une plage de l'île de Ré), une ancien vedette de la SNSM en acier de la station de Ouistreham... De quoi dispenser les stages désormais nécessaires à l'ensemble des marins de commerce, comme le BAEERS ou le BAECSR. Ou d'autres plus spécifiques, comme l'encadrement des passagers et la gestion de crise ou le travail en sécurité dans la mâture. Yann Chauty ouvre la porte de l'atelier à l'arrière de l'alvéole, « nous avons 500 mètres carrés ici pour la maintenance de nos canots ». Un peu plus loin, ce sont les salles de cours entourées de bibliothèques, 50 mètres linéaires de documentation. Dans un conteneur, sur le terre-plein de la base, le CEPS a installé un espace en fumée, pour les formations d'évacuation et d'incendie. Juste à côté, le simulateur crash hélico, où les stagiaires sont placés en situation d'ammerissage accidentel. « Ils sont dans une cabine d'hélico, plongée dans la piscine. Ils doivent s'en sortir en apnée, c'est particulièrement stressant. » Stressant mais fondamental pour tous les marins travaillant sur des bateaux offshore ou des employés des plateformes pétrolières.

Le simulateur de crash hélico (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
Le simulateur de crash hélico (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Devant le centre, il y a aussi trois canots rapides : un 7.5 mètres de 200 CV, un 6 mètres de 80 CV et un autre de 7.5 mètres avec 250 CV avec un moteur inboard. « Ces canots rapides nous servent pour les formations, dites fast-boat, où nous formons les stagiaires à la conduite et la manoeuvre de ce type d'embarcation ». Et puis, évidemment, il y a tous les autres stages, ceux spécialement dédiés à l'industrie pétrolière et gazière comme le Basic Offshore Safety Training, ceux pour la pêche ou la voile professionnelle et de plaisance. Il y a même, dans l'épais catalogue de formation, des formations « terrestres » comme ces stages désert, jungle ou grand froid, pour l'industrie géophysique ou des formations à la conduite de véhicules tout terrain.

Un des canots destinés au stage Fast boat, doté d'un coussin anglais, en cas de retournement   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
Un des canots destinés au stage Fast boat, doté d'un coussin anglais, en cas de retournement (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Yann Chauty ne s'arrête pas là. En plus de l'organisation de stages, plus de 1000 personnes formées par an, il continue de parcourir le monde à la rencontre de marins, de sauveteurs, de professionnels de la survie pour enrichir ses connaissances et la doctrine dans le domaine. Sa manière à lui de servir les marins. « C'est notre motivation, c'est notre passion. Nous avons désormais 6 salariés, avec des vacataires qui viennent selon le type de stage. Ce sont tous des gens passionnés, souvent issus de la Marine nationale ». De la passion il en faut pour continuer une oeuvre indispensable, où les valeurs sont d'abord l'humanisme et l'entraide. « Si l'argent nous intéressait, nous ne serions pas restés une association », conclut en souriant Yann Chauty.