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Symphony of the Seas : Saint-Nazaire livre un nouveau géant

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Le Symphony of the Seas a été livré vendredi 23 mars et a fait ses adieux le lendemain aux chantiers STX France de Saint-Nazaire. Ceux-ci ont remis à la compagnie américaine Royal Caribbean International, filiale du groupe RCCL, ce qui constitue désormais le plus gros paquebot du monde. Le Symphony of the Seas, ou « B34 » comme on l’appelle à Saint-Nazaire, est le quatrième navire de la classe Oasis. Les deux premiers (Oasis of the Seas et Allure of the Seas) étaient sortis des chantiers finlandais de Turku en 2009 et 2010, Saint-Nazaire parvenant ensuite à convaincre RCCL de lui confier la construction de la troisième unité de la série. Un coup magistral et surtout une commande salvatrice pour STX France, signée en décembre 2012 et qui avait permis de relancer le constructeur français à un moment critique de son histoire. L’Harmony of the Seas (A34) avait ainsi quitté l’estuaire de la Loire en mai 2014. Version améliorée de ses deux aînés, avec en particulier une réduction significative de la consommation en carburant, il était déjà plus gros. Le B34 l’est encore un peu plus.

 

Le paquebot Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

Le paquebot Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

Le paquebot Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

Le paquebot Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

 

Commandé en mai 2014, ce mastodonte mesure 362 mètres de long pour 47 mètres de large à la flottaison et jusqu’à 66 mètres au niveau des superstructures. La jauge atteint 228.081 GT, ce qui permet au Symphony d’être légèrement plus volumineux que l’Harmony (227.700 GT). Le gain de volume a notamment été obtenu par l’ajout sur l’arrière de quelques cabines, qui sont désormais au nombre de 2759 (au lieu de 2747). Le nouveau fleuron de Royal Caribbean offre une capacité maximale de 6680 passagers, servis par 2200 membres d’équipage, dont 520 pour les nombreux restaurants et les cuisines associées.

 

Le Symphony of the Seas à quai au Bassin C vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le Symphony of the Seas à quai au Bassin C vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

A bord du Symphony of the Seas vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

A bord du Symphony of the Seas vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

A bord du Symphony of the Seas vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

A bord du Symphony of the Seas vendredi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Vendredi, la météo était plus clémente que lors des premiers mois de l’année 2018. Il n’empêche que la cérémonie de livraison du Symphony of the Seas ne s’est pas tenue en extérieur, comme ce fut le cas pour son aîné en 2016, l’Harmony of the Seas. Cette fois, les festivités se sont déroulées dans le grand théâtre à l’avant du navire. Avec, dans les gradins, les différents corps de métier de l’équipage, invités comme c’est l’habitude chez Royal Caribbean à participer à l’évènement et mettre l’ambiance.

 

L'équipage convié à la cérémonie de livraison dans le grand théâtre (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'équipage convié à la cérémonie de livraison dans le grand théâtre (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Présence de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault

Etaient présents pour cet évènement Richard Fain, le grand patron du groupe RCCL, Michael Bayley, président de Royal Caribbean International, Rob Hempstead, commandant du Symphony of the Seas, Laurent Castaing, directeur général de STX France mais aussi d’autres personnalités, à commencer par Jean-Marc Ayrault, ancien député-maire de Nantes et premier ministre au moment de la signature des commandes de l’Harmony et du Symphony.

 

Laurent Castaing, DG de STX France, RIchard Fain, CEO de RCCL, le capitaine Rob Hempstead, Michael Bayley, CEO de RCI ou encore Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Laurent Castaing, DG de STX France, RIchard Fain, CEO de RCCL, le capitaine Rob Hempstead, Michael Bayley, CEO de RCI ou encore Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

L’ancien chef du gouvernement a d’ailleurs été au centre des remerciements de Laurent Castaing et Richard Fain. Le premier a loué le rôle crucial de Jean-Marc Ayrault, « l’homme clé » des négociations de 2012, rappelant que le locataire de Matigon avait reçu personnellement le PDG de RCCL dans son bureau pour lui assurer que la France soutenait le chantier nazairien à un moment où celui-ci était en difficulté. De son côté, Richard Fain a raconté l’anecdote de ce rendez-vous le « dernier vendredi avant Noel 2012 » au cours duquel il s’était entretenu avec le premier ministre de l’époque pour lui exposer sa volonté de faire construire l’Harmony à Saint-Nazaire. La signature du contrat était intervenue quelques jours après. Pour mémoire, l’État avait facilité les procédures administratives pour assurer la couverture du montage financier nécessaire au projet, tout en favorisant la mise en place d’un tour de table avec les banques.

Sur scène, un vrai show à l’américaine avec la participation d’un orchestre en live et un humour bienveillant de l’ensemble des protagonistes. Signe de la bonne entente entre le chantier et l’armateur, il a été fait mention plusieurs fois des aspirations des uns et des autres avec autodérision et satisfaction.

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Un navire plus rapide et économe en carburant

Pour Laurent Castaing, qui a salué la confiance de RCCL et le travail accompli par les personnels du chantier et ses sous-traitants, la construction de ce navire a été un réel challenge et constitue une grande fierté. « Ce n’était pas le premier navire de cette classe que nous réalisions, mais il y avait quand même des modifications importantes. C’était parfois compliqué à gérer. RCCL est un client exigeant qui nous pousse à donner le meilleur de nous-même, à dépasser nos limites. Cela nous a forcé à être innovant. Et cette réalisation prouve que l’on peut toujours améliorer un navire si nous travaillons ensemble ». Le patron des chantiers nazairiens a illustré son propos en faisant allusion à aux améliorations techniques dont bénéficie le Symphony of the Seas : « Il n’est pas plus long que son grand frère, mais il est quand même plus volumineux. De même, la vitesse a été augmentée. Mécaniquement, à allure modérée il consommera moins que l’Harmony of the Seas. Enfin, il est labellisé Silent E par la société de classification DNV-GL pour sa faible émission de bruits dans l’eau ». Enfin, le directeur général a sarappelé qu’alors qu’une autre unité de ce type était en commande, le C34 livrable au printemps 2021, STX France était prêt à accepter la construction d’un autre Oasis.

 

Laurent Castaing lors de son discours (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Laurent Castaing lors de son discours (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Alors que le Symphony of the Seas a représenté 3 ans de construction et 10 millions d’heures de travail, impliquant des milliers de personnes et des centaines de fournisseurs, Richard Fain a tenu à remercier les personnels des entreprises ayant œuvré à l’accomplissement de cette œuvre collective unique en son genre. Et comme à son habitude, le mythique président de RCCL, qui était déjà là lorsque Saint-Nazaire a livré un premier paquebot à la compagnie (le Sovereign of the Seas en 1987), l’a fait avec l’humour qui lui est propre : « Disons qu’un remerciement équivaut à un euro. Et bien je vous dois 1 milliard de remerciements ! » Il est ensuite revenu sur les mots de Laurent Castaing. « Vous parlez du plus grand navire de croisière. C’est vrai, il l’est. Mais nous ne voulons pas que le plus grand navire, nous voulons surtout le meilleur. Et je pense que nous l’avons ». Richard Fain s’est en particulier dit très satisfait de l’augmentation de la vitesse, qui permet à allure de croisière de consommer moins de carburant. « Sur le Symphony, nous gagnons encore 10 à 15% d’économie d’énergie par rapport à l’Harmony. ».

 

Richard Fain avec des membres d'équipage (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Richard Fain avec des membres d'équipage (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

La construction du B34, un challenge du début à la fin pour STX

La réalisation du B34 n’aura pas été de tout repos pour le chantier naval. Même si le retour d’expérience de l’Harmony of the Seas a été pleinement mis à profit, d’autres challenges sont venus s’additionner à la tâche. On se rappelle que la construction avait débuté en avance. En 2015, après l’abandon du projet Pegasis de ferry au GNL pour Britanny Ferries, il avait été décidé de réaliser des premiers blocs en avance sur le calendrier, afin de lisser la charge de travail. Malgré cette période gagnée en 2015, le temps est très vite apparu comme une ressource limitée « Lorsqu’il a fallu reprendre les blocs qu’on avait stockés, nous avions un planning très chargé », explique Alain Buck, responsable commercial pour le programme B34.

 

Alain Buck, responsable d'affaires chez STX pour le B34 (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Alain Buck, responsable d'affaires chez STX pour le B34 (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Plus économe et silencieux pour l’écosystème

De même, si le navire est globalement similaire à ses aînés, il présente quelques innovations technologiques qui lui sont propres. Il y a les économies d’énergies bien sûr (l’Harmony était déjà 20% plus économe que ses deux grands frères, le Symphony gagne encore 10 à 15% par rapport au troisième de la série), mais aussi les faibles émissions sonores dans l’eau. « Nous sommes le premier paquebot noté Silent E par DNV-GL. C’est très important, car pour certains ports, notamment en Alaska, il y a des normes très contraignantes vis-à-vis de la faune locale », souligne Alain Buck. « Cela permettra à l’opérateur de continuer à pouvoir accoster dans certaines zones ». En particulier des zones naturelles où la faune marine sera donc moins exposée aux bruits rayonnés.

 

Le navire, ici en cale sèche en janvier, est équipé de trois moteurs orientables de type pods (© BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Le navire, ici en cale sèche en janvier, est équipé de trois moteurs orientables de type pods (© BERNARD BIGER - STX FRANCE)

 

Des nouveautés de dernière minute

Il a aussi fallu compter sur le projet Encore. Il s’agit d’une série de demandes de modifications émises par l’armateur à seulement quelques mois de la livraison du navire. RCCL a, en effet réédité le « coup » du double toboggan géant de l’Harmony, Ultimate Bliss, une idée que l’armateur avait eu six mois seulement avant la livraison du navire et dont l’intégration avait constitué un beau casse-tête pour le chantier. Cette fois encore, les ingénieurs de STX France ont dû travailler dans l’urgence, le contenu définitif des changements à effectuer sur le Symphony n’étant arrêté qu’à l’été dernier. Ce projet s’est chiffré à près de 30 millions d’euros, dont 10 à la charge du chantier. La compagnie américaine avait de son côté mis sur pied une équipe dédiée pour le suivi à Miami, où se trouve son siège, son service technique et son laboratoire d’innovation. Les modifications sont surtout là pour différencier le produit par rapport au reste de la flotte. Elles comprennent l’Ultimate Family Suite, un concept d’appartement familial de 100m2 sur plusieurs niveaux avec mezzanine, jacuzzi, consoles de jeux vidéo et un toboggan entre les deux niveaux de la suite (réservée 85.000 dollars pour la semaine de Noël !) Plusieurs bars et restaurants comme les Playmakers Sports Bar & Arcade, Hooked Seafood, ou El Loco Fresh voient également le jour ainsi que de nouvelles activités (laser game) et shows, à l’image de la comédie musicale  Hairspray.

 

Cette oeuvre d'art en finition au Solarium fait partie des nouveautés du projet Encore (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Cette oeuvre d'art en finition au Solarium fait partie des nouveautés du projet Encore (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La nouvelle Ultimate Family Suite

La nouvelle Ultimate Family Suite (© RCI)

Le nouveau restaurant de fruits de mer Hooked Seafood (© RCI)

Le nouveau restaurant de fruits de mer Hooked Seafood (© RCI)

Le nouveau Playmakers Sports Bar & Arcade (© RCI)

Le nouveau Playmakers Sports Bar & Arcade (© RCI)

 

Un navire fini à temps malgré les dernières péripéties

Sur le bateau, le travail des chantiers est terminé. Les dernières phases de finition sont l’œuvre des sous-traitants pour la décoration ou l’aménagement, 250 personnes ayant embarqué sur le navire pour réaliser les ultimes finitions avant la mise en service. Toutefois, les nerfs des équipes nazairiennes ont été mis à rudes épreuves jusqu’à la fin. Tout d’abord, il y a eu les conditions météorologiques exécrables du début d’année qui ont contraint à retarder les essais en mer d’un mois. Puis lors de la première campagne (que STX espérait être la seule), une anomalie sur les pods assurant la propulsion du navire a été détectée. « Les pods, (des Azipods construits par ABB, ndlr) se composent d’un moteur électrique de forte puissance pour la propulsion et d’une série de moteurs de faible puissance qui servent à la rotation de l’engin. Il s’est avéré que les fréquences engendrées par le premier entraient en résonnance avec les seconds », résume-t-on chez STX. Une fois l’origine du problème trouvée, il a fallu deux semaines d’efforts soutenus en coopération avec le fournisseur, nuit et jour, pour trouver la bonne solution. « C’est à ça que servent les périodes d’essais ». La seconde sortie en mer fut la bonne, heureusement, car si cela n’avait pas été le cas le chantier aurait été contraint de faire ressortir le navire une troisième fois avec, comme seul créneau disponible avant la livraison, le week-end de visite des familles, qu’il aurait fallu annuler.

 

Le Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

Le Symphony of the Seas quittant Saint-Nazaire samedi (© BERNARD BIGER - STX FRANCE )

 

Cap sur l’Espagne avant la Floride

Le Symphony of the Seas a quitté l’estuaire de la Loire samedi devant une foule nombreuse. Cap sur l’Espagne maintenant, où il sera exploité tout l’été sur un programme de croisières en Méditerranée occidentale. Après une première croisière de présentation au marché qui débutera demain à Malaga et s’achèvera jeudi à Barcelone, le navire sera basé au départ du port catalan jusqu’à l’automne. À partir du 10 novembre, il sera positionné à Miami et effectuera des croisières de 7 jours dans les Caraïbes.

- Voir la construction en photos du Symphony of the Seas

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) Royal Caribbean