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Syrie : De nouveaux bâtiments russes et occidentaux en approche

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Syrie : De nouveaux bâtiments russes et occidentaux en approche

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Le bras de fer diplomatique et militaire se poursuit entre les Occidentaux, Damas et leurs alliés respectifs.  Alors que, malgré une situation qui se complique sérieusement sur le plan diplomatique,  le régime de Bachar El-Assad est toujours menacé de frappes suite à l’attaque chimique du 21 août, de nouveaux bâtiments sont attendus au large de la Syrie. Un cinquième destroyer lance-missiles américain, l’USS Stout, est en approche, quatre de ses sisterships (USS Gravely, USS Mahan, USS Barry et USS Ramage) étant déjà positionnés sur zone. Selon le Pentagone, il s’agit de relever le Mahan. Cela fait en effet 8 mois que le bâtiment a quitté sa base de Norfolk pour opérer au sein de la 6ème flotte, en Méditerranée. Basé dans le même port américain, le Stout a quitté les Etats-Unis le 18 août pour lui succéder. Ce déploiement est donc prévu de longue date mais le hasard du calendrier fait que cette relève, normalement anodine, prend une dimension particulière médiatiquement et politiquement. Il est ceci dit vrai que la présence d’un cinquième Arleigh Burke dans le secteur tombe plutôt bien si une opération militaire est déclenchée dans les prochains jours. D’autant que les Britanniques ne pourront finalement pas intervenir, le parlement londonien n’ayant pas donné son feu vert à une intervention.

 

 

Le croiseur russe Moskva (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le croiseur russe Moskva (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Le Moskva sort de la mer Noire

 

 

Dans le même esprit, la Russie a annoncé l’arrivée en Méditerranée de deux grands bâtiments, l’imposant croiseur lance-missiles Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire, accompagné d’un destroyer. Là encore, certains media, peut-être abusés par la rhétorique de Moscou, y voient une décision directement liée aux évènements, alors qu’en fait ce déploiement était programmé avant que la tension monte. Toutefois, à l’instar des Américains, le hasard du calendrier offre la possibilité de renforcer les forces navales russes positionnées dans le secteur. Celles-ci sont déjà importantes, la Russie ayant en Syrie son point d’appui stratégique en Méditerranée, avec une base navale à Tartous. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons du soutien de Moscou à Damas, la Russie craignant que le renversement de Bachar El-Assad mette un terme à sa présence à Tartous. La Syrie est, de plus, un client important de l’industrie russe de l’armement. D’ailleurs, le déploiement de la flotte russe devant les côtes syriennes (au demeurant fortement défendues par des batteries côtières) permet d’empêcher un blocus naval  et laisse ouvert un corridor maritime pour la livraison de matériel militaire.

 

 

Le Response Force Task Group britannique (© : ROYAL NAVY)

Le Response Force Task Group britannique (© : ROYAL NAVY)

 

 

Les Britanniques en nombre mais seulement spectateurs

 

 

Toute cette gesticulation, car c’est bien de cela qu’il s’agit, aurait pu se poursuivre avec le Royaume-Uni, puisqu’une importante force navale britannique est entrée en Méditerranée il y a quelques jours. Parti ce mois-ci de Portsmouth, le Response Force Task Group (RFTG) est composé du porte-hélicoptères HMS Illustrious, du transport de chalands de débarquement HMS Bulwark, des TCD auxiliaires RFA Mounts Bay et RFA Lyme Bay, des frégates HMS Montrose et HMS Westminster, ainsi que de bâtiments de soutien. Une flotte imposante qui n’a, là aussi, pas été dépêchée pour la circonstance mais réalise tout simplement son grand déploiement annuel (Cougar 13). Ses moyens, essentiellement amphibies, ne sont d’ailleurs pas adaptés à une éventuelle intervention, étant entendu qu’il n’est pas question de débarquer des troupes sur les plages syriennes. La question de l’engagement du RFTG, ou surtout des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) britanniques dotés de missiles de croisière, ne se pose de toute façon plus puisque le premier ministre David Cameron a essuyé hier un camouflet devant le parlement britannique, qui a voté contre le principe d’une intervention en Syrie.

 

 

Le Chevalier Paul (© : MARINE NATIONALE)

Le Chevalier Paul (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Le Chevalier Paul en route

 

 

Côté français, la frégate de défense aérienne Chevalier Paul a appareillé hier de Toulon, cap sur la Méditerranée orientale. Elle va y relever la frégate Aconit, qui participe depuis deux bonnes semaines à la présence permanente que la marine française entretien dans le secteur depuis le début de la guerre civile syrienne, il y a deux ans. Grâce à ses puissants équipements électroniques, le Chevalier Paul pourra surveiller une large zone et, en cas d’intervention, assurer éventuellement le contrôle aérien et le guidage des raids de l’aviation, si celle-ci est engagée. Concernant le porte-avions Charles de Gaulle, dont l’appareillage a été évoqué en début de semaine, tout était encore calme, hier, à Toulon. Aucun mouvement particulier aux appontements Milhaud ne trahissait l’imminence d’un départ. Mieux, la préfecture maritime de la Méditerranée a indiqué que le bâtiment accueillerait lundi 2 septembre la cérémonie de prise de commandement du vice-amiral Coindreau, qui succède au vice-amiral d’escadre Magne à la tête de la Force d’action navale. Si les évènements se précipitent et que le président de la République le décide, le Charles de Gaulle peut évidemment quitter Toulon en urgence. Soumis comme tous les bâtiments de la marine à une habituelle alerte opérationnelle, le porte-avions peut appareiller en 48 heures. Quelle que soit l’issue de la crise syrienne, on notera que le groupe aéronaval français devrait, de toute façon, appareiller fin septembre pour un déploiement programmé en Méditerranée et peut être au-delà, selon l’évolution du contexte géostratégique.

 

 

Le Charles de Gaulle, hier à Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Charles de Gaulle, hier à Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

La situation se complexifie sur le front diplomatique

 

 

En attendant, la semaine se termine de manière délicate pour les tenants d’une intervention en Syrie. L’humiliation infligée hier, à la surprise générale, par les parlementaires britanniques à David Cameron (qui devait au demeurant porter un projet de résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU) fait perdre à Washington et Paris un allié de poids et sème le trouble dans la démonstration de force occidentale. Les  députés britanniques, en votant contre la motion du gouvernement défendant le principe d’une intervention en Syrie, ont notamment fait valoir le manque de preuves concernant l’implication du régime syrien dans l’attaque chimique qui a fait plus de 1300 morts dans la banlieue de Damas le 21 août. Avec en toile de fond les fameuses preuves falsifiées fournies par les Américains en 2003 pour justifier la guerre d’Irak.  Alors que des soupçons existent toujours à propos de l’auteur de l’attaque du 21 août, que Bachar El-Assad et ses proches attribuent aux rebelles, accusés de coup monté, Washington, Londres et Paris ont sans nul doute des informations de première main grâce aux divers moyens de renseignement dont ces pays disposent. Mais ces éléments ne peuvent peut être pas être publiquement communiqués, dans la mesure où ils seraient susceptibles de dévoiler les moyens employés pour les recueillir. En toute logique, les Occidentaux, qui font de plus face à une opinion publique très majoritairement hostile à une intervention en Syrie, devraient donc attendre la fin de la mission des experts de l’ONU. Après avoir enquêté cette semaine sur le site de l’attaque, ceux-ci doivent quitter la Syrie demain. La Russie et la Chine, comme le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, réclament avant toute chose d’attendre les conclusions de cette enquête, Moscou ayant même demandé qu’elle soit prolongée.  

 

 

 

 

Les Etats-Unis prêts à une action unilatérale

 

 

Malgré l’opposition russe et chinoise, ainsi que la défection involontaire du gouvernement britannique, les Etats-Unis sont toujours prêts à frapper la Syrie. A Washington, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, citée par Le Monde, indique que Barack Obama « pense que des intérêts cruciaux des Etats-Unis sont en jeu, et que les pays qui violent les règles internationales sur les armes chimiques doivent rendre des comptes ». Caitlin Hayden ajoute que si les consultations avec les alliés des Etats-Unis sont « extrêmement importantes, nous prenons nos décisions en suivant notre propre calendrier ».  Washington se pose donc comme maître du jeu et n’exclut pas une intervention unilatérale Les Américains continuent toutefois de vouloir constituer une coalition afin de ne pas endosser seuls la responsabilité politique d’une intervention qui se ferait sans mandat des Nations Unies. En dehors de la France et de la Turquie, des soutiens viennent également du Moyen-Orient, la Ligue Arabe, sous la pression de l’Arabie Saoudite, ayant condamné le régime de Damas pour l’attaque du 21 août et appelé à une réaction de la communauté internationale.

 

Marine nationale US Navy / USCG