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Syrie : La flotte russe tire des missiles de croisière depuis la Caspienne

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Syrie : La flotte russe tire des missiles de croisière depuis la Caspienne

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Quand les Russes font la guerre, ils ne font pas semblant et leur intervention en Syrie est montée spectaculairement d’un cran hier. Après l’aviation, c’est la flotte russe qui est entrée en action en offrant son baptême du feu au nouveau missile de croisière Kalibr-NK. Pas depuis la Méditerranée mais, à la surprise générale, à partir de la mer Caspienne. Quatre bâtiments ont, selon Moscou, tiré 26 missiles contre des cibles de l’Etat islamique en Syrie. En tout, onze objectifs situés à très grande distance et qui, d’après le ministre russe de la Défense, ont tous été détruits. « Les civils n’ont pas été touchés. Les résultats des frappes confirment la haute efficacité des missiles de longue portée, presque 1500 kilomètres », a affirmé Serguëi Choïgou. Fabriques d’armes, dépôts de munitions et de carburant, structures de commandement et camps d’entrainement auraient notamment été visés dans les secteurs de Raqqa, Idleb et Alep.

 

 

Un long vol à travers l’Iran et l’Irak avant d’atteindre le territoire syrien

Pour parvenir jusqu’à leurs cibles, les missiles sont passés au-dessus de l’Iran et de l’Irak, ce qui pose pour ce dernier la question d’une autorisation d’utilisation de l’espace aérien par Bagdad. Un camouflet en perspective pour les Américains, qui affirment ne pas vouloir coopérer avec les Russes pour mener des frappes coordonnées en Syrie. Il parait en tous cas clair que les Irakiens se rapprochent de Moscou pour former un axe avec Téhéran et Damas contre Daech. Probablement du fait que les frappes occidentales et arabes, menées depuis un an, n’ont au mieux fait qu’endiguer la menace, sans empêcher les Islamistes de gagner du terrain, notamment en Syrie.

Le rouleau compresseur russe se mesure aux Occidentaux  

L’intervention des Russes va-t-elle changer la donne ? Si c’est le cas, ce sera une victoire politique majeure pour Moscou – qui a médiatisé son intervention d’hier comme jamais - et un revers cuisant, pour ne pas dire une humiliation, pour Washington et ses alliés. Alors que les Russes et leurs partenaires ne prennent pas vraiment de pincettes, l’intervention occidentale est corsetée par des règles d’engagement très (trop ?) strictes, un manque flagrant de continuité terrestre dans les actions et des positions divergentes entre alliés,  la France rejetant par exemple tout soutien direct ou indirect à Bachar el-Assad.

Actions coordonnées avec les troupes pro-Assad

A l’inverse, Moscou s’appuie sur le dictateur syrien et ses troupes au sol pour mener un travail plus efficace contre les islamistes, en coordonnant de puissantes actions terrestres et aériennes. Avec des résultats déjà palpables depuis l’entrée en scène de l’aviation russe le 30 septembre. Serguëi Choïgou annonce ainsi 112 cibles atteintes en une semaine et une  « intensité des frappes (qui) augmente » depuis la base syrienne de Lattaquié, où l’on trouve une cinquantaine d’appareils russes, dont plus de 30 avions de combat Su-24 et Su-25, appuyés semble-t-il par le nouveau Su-34. En plus de protéger son point d’appui local, avec la base navale de Tartous où la marine russe a débarqué avant l’offensive des troupes et du matériel, la force aérienne a clairement pour mission de desserrer l’étau autour du régime de Damas.

« Nos forces vont soutenir les offensives de l’armée syrienne »

Les troupes fidèles à Bachar el-Assad bénéficient des importants moyens de renseignement mis en œuvre par la Russie et se coordonnent avec ses raids aériens pour lancer des offensives terrestres et repousser les combattants islamistes. C'est le cas actuellement dans la province de Hama, au centre du pays. « Nos forces spatiales et aériennes vont soutenir efficacement les offensives de l’armée syrienne », a déclaré Vladimir Poutine, qui n’a laissé planer aucune ambiguïté quant à l'appui direct qu'il fournit au régime de Damas. Une stratégie dans laquelle la marine russe apporte désormais un soutien de poids.

 

Corvette du type Buyan-M tirant un Kalibr-NK (© : ARMEE RUSSE)

Corvette du type Buyan-M tirant un Kalibr-NK (© : ARMEE RUSSE)

 

La frégate Daghestan et trois corvettes du type Buyan-M

La flottille de la Caspienne ne dispose pas de croiseur, comme indiqué hier par la plupart des media. Elle aligne seulement une douzaine de frégates et corvettes, en particulier les nouvelles Buyan-M, dont trois exemplaires (Grad Sviyazhsk, Uglich et Velikiy Ustyug) ont été mis en service l’an dernier en Caspienne. C’est notamment à partir de ces corvettes de 75 mètres de long et 1000 tonnes de déplacement en charge que les frappes d’hier ont été menées. Chaque bâtiment de ce type peut en effet mettre en œuvre 8 Kalibr-NK. La force navale russe chargée d’attaquer les positions de l’EI était également composée de la frégate Daghestan, une unité de 102 mètres et 2000 tonnes mise en service en 2012 et première équipée du nouveau missile de croisière russe, qui a remplacé à bord de ce bâtiment l’Uran antinavire (16 munitions) initialement prévu. C’était donc le premier engagement du Kalibr-NK, qui a manifestement prouvé sa redoutable efficacité.

 

La frégate Daghestan tirant un Kalibr-NK (© : ARMEE RUSSE)

La frégate Daghestan tirant un Kalibr-NK (© : ARMEE RUSSE)

 

La flotte de la mer Noire en Méditerranée

Alors que les bâtiments russes de la Caspienne pourront en cas de besoin poursuivre leurs actions, Moscou peut aussi compter sur d’autres forces navales, en l’occurrence les unités de la flotte de la mer Noire (qui devait également recevoir cette année ses deux premières Buyan-M). Le croiseur Moskva serait actuellement positionné en Méditerranée orientale, en compagnie semble-t-il d’un destroyer et de deux frégates (la flotte de la mer Noire comprend le destroyer Smetliviy du type Kashin ainsi que les frégates Ladniy et Pytliviy des types Krivak I et Krivak II).

 

Le croiseur Moskva (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le croiseur Moskva (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Quelle réaction des Occidentaux ?

Il reste maintenant à voir quelle sera la réaction des Occidentaux. On imagine en effet mal Washington et ses partenaires se contenter de regarder Vladimir Poutine réussir là où ils échouent depuis un an et en engranger les bénéfices. Une question de crédibilité sur le plan international, mais aussi d’influence sur tout le Proche et le Moyen-Orient, est peut-être en train de se jouer. Car si l'homme fort du Kremlin n’a pas encore gagné la guerre contre l’Etat islamique, il a déjà remporté la bataille médiatique, même si les Etats-Unis et leurs alliés accusent les Russes de s'en prendre non seulement à l'Etat islamique et la branche locale d'Al-Quaida, mais aussi aux opposants "modérés" à Bachar el-Assad.  

Marine russe