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System-E : un support de bouts à base d’huîtres

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System-E : un support de bouts à base d’huîtres

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La débrouillardise, ça la connaît. Originaire de Montpellier, Luce Molinier, 38 ans, est une véritable touche-à-tout. Attirée par la mer, elle a posé ses valises à Lorient il y a 15 ans. Diplômée en génie mécanique à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon, elle s’est d’abord lancée dans la course au large. Elle a ensuite travaillé deux années dans un chantier naval à Keroman et quatre ans à Naval Group, avant de passer 18 mois à la fondation Race for water, dédiée à la préservation de l’eau et des océans. « Une vie riche d’expériences », confie la jeune femme.

« Sensibiliser à la lutte contre le plastique »

De son dernier job, l’ingénieure a gardé une farouche volonté de « sensibiliser à la lutte contre le plastique ». Quand l’Institut régional des matériaux avancés (Irma), basée à Ploemeur, l’a approchée en mars, la navigatrice n’a pas hésité. Sa mission ? « Développer toute la partie nautisme ». L’opportunité ne se refuse pas, d’autant qu’elle permet à Luce « d’allier la partie sportive de (sa) vie tout court à (sa) vie professionnelle », ravie de « retourner faire un peu de technique », au contact des matériaux composites cette fois.

Entre recherche, études et projets, l’Irma développe les matériaux et technologies de demain, en associant ingénieurs, compétences et savoir-faire. Après l’aéronautique et l’automobile, l’institut se met logiquement au service du nautisme. Une évidence au sein de la Sailing Valley lorientaise. La technologie est rodée et la matière, à base de coquilles d’huîtres, éprouvée depuis huit ans déjà.

Du simple goodie au prototype

L’idée, elle, a germé dans l’esprit de Luce « en deux jours », suite à une navigation. « J’ai imaginé un support d’écoute pour haubans utile et écoresponsable. J’ai fait un croquis que Romain Bévan, ingénieur, a modélisé en 3D ». Le System-E est né. « Un clin d’œil au système D », sourit-elle. Du simple goodie - « pour faire connaître l’Irma sur les pontons » - naissent alors les premiers prototypes, fabriqués à base de coquilles d’huîtres grâce à l’imprimante 3D du plateau ComposiTic. 30 minutes à une heure sont nécessaires à la fabrication d’un support grisâtre.

« Finis, les bouts de tuyaux qui déchirent les spis ! ». En cours de brevetage, ces « moustaches » ont été testées et validées par deux skippers, Anthony Marchand et Alexis Loison. « L’Irma en fabrique aujourd’hui 200 à 300 pièces au mois. Le System-E s’adapte à tous les bateaux à spi asymétrique, des unités allant de 6 m à 60 pieds », précise sa créatrice. « Il y a un marché. C’est certes un secteur de niche mais avec du potentiel. Le plus petit support coûte 10 €. Le tarif grimpe en fonction de la taille. L’avantage est de pouvoir créer des petites séries et de les customiser. On ne devient pas équipementier », insiste-t-elle.

Vers une gamme éco-responsable ?

« J’apporte une petite pierre à l’édifice », se réjouit Luce, soucieuse de « limiter l’utilisation du plastique. Ces pièces sont neutres en écotoxicité. Elles se dissolvent dans l’eau en dix ans », explique-t-elle, prête « à produire, démocratiser et réaliser une gamme écoresponsable ». Elle lorgne déjà sur des accessoires en plastique qu’elle aimerait voir disparaître des embarcations : capuchons, œillets, etc. « Il y a des choses à faire pour limiter l’impact écologique de la voile », conclut-elle.


Un article de la rédaction du Télégramme