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Tahiti : Le dock flottant a encore de beaux jours devant lui

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Unique moyen de mise au sec de grands navires en Polynésie française, le dock flottant de Papeete n’est pas de première jeunesse. Construit spécialement par l’arsenal de Brest pour les besoins militaires dans le Pacifique, cet outil de 150 mètres de long pour 22 mètres de large est en service à Tahiti depuis 1975. Il y a donc eu logiquement, ces dernières années, des questions quant à l’état général de cet équipement, le seul à pouvoir prendre en charge des bateaux d’au moins 800 tonnes dans un rayon de 4500 kilomètres. D’autant que le dock est exploité depuis plus de 40 ans en climat tropical, qui se traduit généralement par une fatigue plus rapide des structures métalliques. Il avait d’ailleurs été déclassé à une capacité maximale de 3000 tonnes, toujours suffisante selon les Forces Armées en Polynésie Françaises (FAPF) pour assurer les arrêts techniques de la frégate de surveillance Prairial et du nouveau bâtiment multi-missions (B2M) Bougainville, basés à Tahiti. Mais pas de bateaux plus gros. Il était en tous cas devenu crucial pour la Marine nationale (qui en est propriétaire) comme le port autonome de Papeete, de s’assurer des capacités du dock et avoir une idée de la durée de vie qui lui reste.

Dans cette perspective, le Service de soutien de la flotte (SSF) a notifié fin 2017, à l’issue d’un appel d’offres, une expertise structurelle complète du dock à un groupement constitué des sociétés Sites et Doris Engineering. Il s’agissait d’évaluer son état actuel mais aussi sa capacité de levage réelle, avec pour objectif le maintien voire l’augmentation de son niveau de service actuel jusqu’en 2030 moyennant la réalisation de réparations indispensables identifiées et priorisées dans le cadre de cette expertise.

 

Le dock flottant de Papeete (© : EMA

Le dock flottant de Papeete (© : EMA)

 

1000 mesures d’épaisseur réalisées et modélisation des résultats

Celle-ci a été conduite en moins de six mois. Sur place, Sites s’est chargé de l’inspection visuelle des œuvres vives et œuvres mortes du dock, ainsi que des relevés d’épaisseurs, plus de 1000 mesures ayant été effectuées. Des contrôles non destructifs des soudures via la technique ACFM (Alternative Current Field Measurements) ont également été conduits. Doris, société d’ingénierie travaillant notamment dans l’offshore, a de son côté analysé et modélisé les résultats. « Ce fut un travail assez complexe et il a d’abord fallu bâtir une méthodologie puisque nous avions affaire à une structure construite il y a plus de 40 ans, avec un design et des critères différents de ce qui se pratique aujourd’hui. Il y a eu ensuite beaucoup d’analyses pour comprendre le comportement de la structure, et nous avons créé à cet effet un modèle 3D. Nous avons travaillé sur différentes hypothèses concernant le niveau de corrosion et, quand les mesures effectuées sur le dock sont arrivées, les résultats ont été assez surprenants », explique Evgeny Andreev, architecte naval chez Doris Engineering.

Quand l’arsenal de Brest faisait du très solide

Certes, par endroits, le dock est bien rouillé et a même perdu depuis 1975 une bonne épaisseur d’acier. Malgré cela, il tient encore la route : « Cela dépend des zones mais la perte d’épaisseur atteint parfois 20 à 30 % par rapport à l’épaisseur initiale. Cependant,  même sans cela, le dock marche très bien. Globalement, la majorité de la structure est en réalité très peu corrodée, en particulier les zones des poutres, qui assurent la résistance. Il faut chercher l’explication dans sa construction. En fait, à l’époque, les structures étaient surdimensionnées car on ne pouvait pas les optimiser comme aujourd’hui avec des outils numériques. Les épaisseurs d’aciers étaient donc extrêmement importantes, ce qui fait qu’aujourd’hui, même si certaines zones ont perdu 30 ou 40% d’épaisseur, ce n’est pas critique et il reste encore assez d’acier pour disposer d’importantes marges ».

Doris a notamment modélisé la capacité de levage actuelle du dock au regard des critères de résistance, de flambement et de fatigue, ainsi que sa capacité en 2030 via une extrapolation du vieillissement de la structure.

 

Modèle 3D du dock flottant (© : DORIS ENGINEERING

Modèle 3D du dock flottant (© : DORIS ENGINEERING)

 

Une capacité portée à 3800 tonnes et encore 20 ans de potentiel

Au final, l’expertise a permis de reclasser le dock pour une capacité de 3800 tonnes, soit 800 de plus qu’aujourd’hui, un niveau compatible avec les gros navires devant passer en cale sèche en Polynésie et même des unités plus imposantes, par exemple des bateaux de commerce. Quant à la durée de vie, là aussi ce fut une bonne surprise. Les militaires et acteurs économiques locaux s’attendaient en effet à être potentiellement obligés de remplacer le dock dans les toutes prochaines années. A l’arrivée, l’outil actuel va bien pouvoir être exploité jusqu’en 2030, comme espéré avant l’étude, et il pourrait même, techniquement, durer bien plus longtemps, estime Evgeny Andreev : « Les expertises montrent que le dock peut aller au-delà de 2030. En fait, s’il bénéficie d’une bonne maintenance, il pourrait être exploité sans souci jusqu’en 2040 ». Une marge de manoeuvre intéressante même si les FAPF et l'autorité portuaire de Papeete ont toujours pour objectif de disposer d'un nouvel outil de mise au sec des navires à l'horizon 2030. 

 

 

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