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TechnicAtome: le spécialiste français des réacteurs nucléaires compacts
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TechnicAtome: le spécialiste français des réacteurs nucléaires compacts

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Spécialisé dans les réacteurs nucléaires compacts, en particulier ceux équipant les sous-marins et porte-avions de la Marine nationale, tout en évoluant aussi dans le nucléaire civil, TechnicAtome, alias « TA », fêtera en 2022 ses cinquante ans. Une entreprise qui prend très rarement la parole, comme le reconnait son président, Loïc Rocard : « Nous ne parlons pas beaucoup car notre matière est largement classifiée ». Mais en fin de semaine dernière, TA a décidé de sortir du bois pour présenter ses activités et faire le point sur ses perspectives à l’occasion d’une conférence de presse à laquelle Mer et Marine a assisté. Cela, après avoir connu une séquence exceptionnelle ces six derniers mois, entre la livraison du premier SNA du type Barracuda, le choix de la propulsion nucléaire pour le futur porte-avions français et le lancement de la phase de réalisation des SNLE de troisième génération. De quoi lui assurer un plan de charge sur des dizaines d’années et soutenir son développement, qui va passer par de nombreux recrutements.

Fruit de l’aventure nucléaire trisolore débutée après-guerre

L’entreprise nait en 1972 dans le sillage des gigantesques investissements lancés par la France pour développer une filière nucléaire militaire et civile et construire sa souveraineté dans ce domaine. « Nous sommes le produit de cette grande aventure française qui a débuté dans l’immédiat après-guerre », rappelle Loïc Rocard. Alors que le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) est fondé dès 1945 par le général de Gaulle, la première bombe atomique tricolore explose dans le Sahara en février 1960 lors de l’essai Gerboise Bleue. « La France poursuit alors vers la création d’une filière d’électricité nucléaire sûre et compétitive et le développement d’une propulsion nucléaire qui offre aux sous-marins une autonomie et une discrétion inégalées ». En 1972, le grand plan d’indépendance énergétique qui aboutira à la construction de 58 réacteurs exploités par EDF est lancé, alors que Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) français, achève sa première patrouille, marquant les débuts de la Force océanique stratégique et de la permanence de la dissuasion à la mer. C’est cette année-là que Technicatome est créé, d’abord sur la base du département de construction des piles du CEA puis, en 1975, les ingénieurs spécialisés dans les chaufferies à eau pressurisée de petite taille adaptées à la propulsion navale rejoignent cette entité, détenue à 90% par le CEA et à 10% par EDF. Côté civil, Framatome avait été créé en 1958 pour exploiter en France la licence du groupe américain Westinghouse sur les réacteurs à eau pressurisée, l’entreprise étant choisie en 1975 pour être l’unique constructeur de centrales nucléaires en France.

Dix-sept sous-marins et un porte-avions équipés en un demi-siècle

La filière française de la propulsion navale nucléaire travaille dans les années 70 sur les Redoutable, dont six exemplaires seront mis en service jusqu’en 1985, puis les six premiers sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) français, les Rubis, livrés entre 1983 et 1993 et qui sont les premiers à adopter le concept de réacteur compact de TechnicAtome, qui conçoit et assemble les chaufferies, démarre les installations et soutient leur maintenance durant toute la durée de vie des bâtiments. Vient ensuite le programme des SNLE de deuxième génération, qui donne naissance aux quatre Triomphant (entrés en flotte entre 1996 et 2010) et celui du porte-avions Charles de Gaulle, doté de deux chaufferies (une seule sur les sous-marins) et opérationnel