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Tensions anglo-argentines lors des commémorations de la guerre des Malouines

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Tensions anglo-argentines lors des commémorations de la guerre des Malouines

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Le 14 juin 1982 s'est terminée la guerre des Malouines, qui a opposé le Royaume-Uni et l'Argentine durant un peu plus de trois mois. Un conflit déclenché après l'invasion, début avril 1982, des îles de Géorgie du Sud et des Malouines par la marine argentine, alors dirigée par la junte militaire du général Viola et du président Leopoldo Galtieri. La petite garnison britannique stationnée sur ces terres de l'Atlantique sud est contrainte de se rendre mais les îles sont reprises par un corps expéditionnaire transporté et soutenu par une flotte de plus de 70 bâtiments, dépêchée par Margareth Thatcher. Pour la première fois depuis bien longtemps, la Royal Navy part en guerre.

Les Harrier britanniques aux Malouines (© : ROYAL NAVY)
Les Harrier britanniques aux Malouines (© : ROYAL NAVY)

La frégate HMS Antelope, coulée le 23 mai 1982 (© : ROYAL NAVY)
La frégate HMS Antelope, coulée le 23 mai 1982 (© : ROYAL NAVY)

Alors qu'un pont aérien est mis en place entre Londres, Gibraltar et l'île de l'Ascension pour acheminer le matériel et les hommes, la flotte anglaise se bat aux abords des Malouines et en pleine mer. Malgré la présence de deux porte-aéronefs, les HMS Hermes et HMS Invincible, qui mettent en oeuvre des avions à décollage court et appontage vertical Sea Harrier, la Royal Navy encaisse des coups très sévères. Du côté argentin, on recoure notamment aux Super Etendard et aux missiles Exocet récemment achetés à la France. Plusieurs bâtiments britanniques sont coulés ou mis hors de combat, comme les destroyers Sheffield et Coventry, ainsi que les frégates Ardent et Antelope. Mais l'aviation argentine subit de lourdes pertes, alors que l'opinion publique est traumatisée par le torpillage du croiseur Belgrano, qui fait 323 morts et cloue la marine dans ses ports. Après trois mois de combat et près d'un millier de tués, Buenos Aires signe finalement sa reddition. Celle-ci provoquera la fin du régime de junte militaire dans les mois qui suivirent.

Le croiseur argentin Belgrano en train de sombrer (© : DROITS RESERVES)
Le croiseur argentin Belgrano en train de sombrer (© : DROITS RESERVES)

Un conflit issu de la décolonisation


Depuis, le casus belli est cependant loin d'être enterré. Le conflit territorial sur les Falklands (nom britannique des Malouines, que les Argentins appellent Malvinas), ainsi que sur ses dépendances (Géorgie du Sud, Orcades du Sud, Sandwich du Sud, Shetland du Sud) remonte à la décolonisation de l'Argentine par l'Espagne en 1810. Cette dernière cède alors les îles au Royaume-Uni, bien que l'Argentine y revendique sa souveraineté. Les Britanniques s'y installent réellement en 1830 - il y a actuellement 3000 habitants aux Malouines, la grande majorité issue de cette ascendance britannique - et occupent l'île, alors que l'Argentine maintient sa revendication territoriale. Au cours du XXème siècle, plusieurs tentatives d'établissement de statut restent vaines. Le Royaume-Uni, en pleine décolonisation, crée le Commonwealth, les Malouines en font partie mais restent loin des préoccupations londoniennes. En 1981, le Royaume-Uni modifie la loi attribuant la nationalité britannique aux habitants de l'archipel. Il envisage également une forte réduction de sa présence militaire dans la zone.
Parallèlement, en Argentine, le régime militaire, héritier du putsch du général Videla, ébranlé par la contestation du peuple, veut remobiliser la nation derrière un combat historique, déjà porté par le régime péroniste : celui de l'Argentine bicontinentale. L'Argentine américaine et l'Argentine antarctique, qui comprendrait le chapelet d'îles subantarctiques et une partie du territoire antarctique lui-même.

Base argentine en Antarctique (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Base argentine en Antarctique (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les promesses de ressources ravivent les tensions

Une notion qui n'existe désormais plus en tant que telle : le statut de l'Antarctique a été réglé par un traité international, les revendications territoriales y sont désormais impossibles, même si l'Argentine, comme le Chili, veillent à maintenir leur présence sur place via des bases scientifiques et militaires. En revanche, le statut des Malouines n'est toujours pas réglé. Après avoir fait usage des armes, les deux pays s'affrontent désormais à coup d'arguments juridiques devant les instances de l'ONU. Le Royaume-Uni argue de la charte des Nations Unies et de son article 73 du droit des peuples à disposer d'eux mêmes. Londres estime que les 3000 habitants des Malouines sont britanniques et qu'à ce titre l'Argentine n'a pas à leur imposer de changer de nationalité. Buenos Aires, de son côté, fait valoir le droit des peuples à la décolonisation, en exposant le fait que les Malouines, situés à 1000 milles nautiques des côtes argentines, appartiennent au territoire argentin et qu'elles auraient dû lui être dévolues par l'Espagne lors de la décolonisation.
L'archipel des Malouines, territoire hostile battu par les vents, suscite de plus en plus de convoitises. Outre la présence stratégique dans cette zone pour le Royaume-Uni, des campagnes sismiques ont mis à jour, en 2010, un potentiel important de ressources en hydrocarbures sur son plateau continental. Et c'est le Royaume-Uni qui a délivré des permis de forages exploratoires à quatre entreprises.
Une provocation aux yeux de l'Argentine, récemment rejointe par ses voisins, puisqu'en signe de solidarité, le Brésil, l'Uruguay et le Chili ont décidé d'interdire l'entrée dans leurs ports aux navires en provenance des Malouines. En février 2011, après l'envoi de plusieurs bâtiments de la marine britannique dans le secteur, l'Argentine a déposé plainte aux Nations Unies pour militarisation de la zone.

Un référendum en 2013

Les commémorations des trente ans de l'armistice ont rajouté de l'huile sur le feu. Face à la présidente argentine Christina Fernandez de Kirchner qui dénonce « l'absurde prétention » de Londres à garder les Malouines, les autorités britanniques ont été particulièrement assidues aux cérémonies d'anniversaire. Le secrétaire d'Etat britannique chargé de l'Amérique Latine, Jeremy Browne, s'est rendu à Port Stanley, la capitale des Malouines, pour assister aux commémorations. Le drapeau des Malouines a été hissé la semaine dernière sur la résidence du premier ministre David Cameron, au 10 Downing Street. Après avoir rappelé que le Royaume-Uni combattrait toute agression, ce dernier a bien insisté sur le fait que « lorsqu'il s'agit de la souveraineté des Malouines, il n'y a absolument aucune négociation possible. Il ne s'agit pas d'un jeu de Monopoly où les nations s'échangent les territoires entre elles. Il s'agit des habitants de l'île qui sont les seuls à déterminer leur futur ». Les autorités locales viennent en effet d'annoncer la tenue d'un référendum en 2013. Mais, déjà, le président de l'assemblée locale, Gavin Short, annonce la couleur : « Nous n'avons aucune envie d'être dirigé par le gouvernement de Buenos Aires et nous avons décidé avec le soutien entier du gouvernement britannique d'organiser un référendum sur les Malouines pour éliminer tout doute sur notre souhait de rester un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, doté d'un gouvernement autonome ». Drôle de hasard de calendrier puisque c'est précisément cette semaine que la présidente Kirchner s'est rendue à New York pour défendre la position argentine devant le comité de décolonisation des Nations Unies. Celle-ci a exhorté le Royaume-Uni « à revenir à la table des négociations en toute bonne foi pour surmonter ensemble des préjugés et clichés qui ne sont plus de mise dans le monde d'aujourd'hui ». Elle a cependant refusé de recevoir la lettre apportée par deux membres de l'assemblée législative des Malouines, dans laquelle ceux-ci auraient proposé une base de discussion. Et, telle une réponse du berger à la bergère, David Cameron a lui aussi refusé de recevoir une lettre que voulait lui remettre la présidente argentine lors du sommet du G20. Face à cette situation de tension diplomatique, c'est Ban-Ki-Moon, le secrétaire général des Nations Unies, qui a proposé ses bons offices pour tenter de résoudre le conflit.