Construction Navale
Tera-4 développe des quadrimarans à portance aérodynamique

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Tera-4 développe des quadrimarans à portance aérodynamique

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C’est dans les domaines de la sécurité, du transport et de la plaisance que la jeune société française Tera-4, implantée à Aix-en-Provence, souhaite s'implanter avec son concept de quadrimaran à portance aérodynamique. Suite aux essais et démonstrations réussies d’un prototype de 9 mètres en aluminium mis à l’eau en début d’année, deux avants-projets pour deux unités de 12 et 16 mètres ont été vendues. Si les études et le développement s'avèrent concluants, elles pourraient être livrées fin 2016 alors que les discussions se poursuivent avec plusieurs clients potentiels, notamment sur un modèle de 28 mètres.

 

Le prototype T-9 Prime (© : TERA-4)

Le prototype T-9 Prime (© : TERA-4) 

 

Un « Aero-boat » très stable, économique et rapide

Proposé sur le marché professionnel (transport de passagers et de fret, travaux maritimes, pilotage, sauvetage en mer…), aux forces de sécurité et aux marines, ainsi qu’au secteur de la plaisance, le concept de Tera-4, baptisé « Aero-boat », vise à combiner les avantages hydrodynamiques et aérodynamiques d’un multicoque pour développer un bateau très rapide, stable, confortable et, surtout, moins gourmand en énergie. « Le fait d’avoir quatre coques rend le navire hyper-stable. Il subit beaucoup moins les mouvements de mer qu’un catamaran, où l’on constate des rappels de coque d’un bord sur l’autre. Mais, surtout, notre design s’appuie sur un phénomène de portance aérodynamique. Les espaces entre les quatre coques forment trois tunnels, qui agissent comme autant de pièges pour l’air. Celui-ci s’engouffre dans ces entonnoirs et se compresse, permettant de créer un coussin d’air sous la coque et de soulever le bateau », affirme Alexandre Tollet, l’un des fondateurs de Tera-4.

 

(© : TERA-4)

(© : TERA-4) 

 

Pas de vague et une autonomie supérieure de 15 à 30%

Grâce à ce phénomène de sustentation, la plateforme gagne en vitesse et consommerait, selon ses concepteurs, beaucoup moins de combustible qu’une carène traditionnelle : « En comparant avec un monocoque de même poids, pour un moteur classique, l’autonomie est augmentée de 15 à 30%, selon le régime et les besoins en énergie en fonction de la vitesse. Grâce à ces gains, on peut donc augmenter la distance franchissable ou réaliser les trajets plus rapidement pour une consommation équivalente  ». Autre avantage de l'Aero-boat : il ne perturbe que très légèrement la masse d’eau lors des évolutions nautiques : « On ne fait pas de vague, ce qui est très avantageux dans un certain nombre de cas, comme les évolutions discrètes, le confort des autres usagers sur le plan d’eau ou encore la navigation fluviale », note Alexandre Tollet dont le père est en fait à l’origine du concept.

 

Le T-9 Prime testé par les sauveteurs de la SNSM (© : TERA-4)

Le T-9 Prime testé par les sauveteurs de la SNSM (© : TERA-4) 

 

Une aventure qui commence dans les années 90

Scientifique, pilote d’avion et inventeur, Daniel Tollet planche sur le sujet dans les années 90 et pousse les études. « Il y a eu un important travail de R&D puis des essais en soufflerie ont été réalisés à Saint-Cyr, ainsi que des tests en bassins à Paris (à l'époque où la DGA n'était pas encore à Val de Reuil, ndlr) puis à Göteborg », explique son fils. Appelé vers d’autres horizons, le père laisse le projet en suspens. Jusqu’à ce que, deux décennies plus tard, son fils tombe dessus, un peu par hasard. « Il avait tout conservé dans un vieux garage : les données des tests, des maquettes en bois et en composite… une vraie mine d’or ! J’ai pris conscience que c’était plus qu’une idée, que c’était un projet abouti et qu’on pouvait aller jusqu’au bout ». Dans cette perspective, Tera-4 voit le jour en 2014 dans une pépinière d’entreprises innovantes installée à Aix. Alexandre Tollet crée la société avec trois associés, Steve Vassor, Guillaume Delage et Richard Martel. Ils relancent l’idée et c’est ainsi que nait leur fameux quadrimaran. 

 

Le T-9 Prime (© : TERA-4)

Le T-9 Prime (© : TERA-4) 

Le T-9 Prime (© : TERA-4)

Le T-9 Prime (© : TERA-4) 

 

Un prototype qui atteint 59 noeuds

De là, un premier prototype est mis en chantier en octobre 2014 afin de valider, en conditions réelles, les performances de la plateforme. Construit à Arcachon, le T-9 Prime, réalisé intégralement en aluminium pour réduire sa masse et faciliter son entretien, mesure 9 mètres de long pour 4 mètres de large. L’engin de 3 tonnes est propulsé par deux moteurs hors-bord Mercury Verado de 300 cv chacun. Après la mise à l’eau en février dernier, les essais débutent. Le T-9 affronte différentes conditions de mer, avec des creux allant jusqu’à 1.2 mètres. « Nous avons sans problème dépassé les 45 nœuds et avons même atteint 59 nœuds sur un plan d’eau plat et avec le vent de face. Mais, au-delà de la vitesse, c’est surtout le confort qui est impressionnant. Alors qu’on sent la portance se mettre en œuvre vers 12-14 nœuds, le bateau s’est montré incroyablement confortable jusqu’à une quarantaine de nœuds ».

 

 

Première présentation à Cannes la semaine dernière

Forte du succès de son premier Aero-boat, l’équipe de Tera-4 décide de le présenter pour la première fois au Yachting Festival de Cannes, qui s’est déroulé du 8 au 13 septembre. A cette occasion, le bateau et son design très original suscitent un vif intérêt, le T-9 Prime étant même invité à participer au concours d’élégance du salon, qui permet de le mettre encore plus en valeur auprès des visiteurs et, bien sûr, de clients potentiels.

 

Le T-9 Prime à Cannes (© : TERA-4)

Le T-9 Prime à Cannes (© : TERA-4) 

 

Le secteur du yachting, où les riches armateurs sont toujours friands de nouveautés et d’innovations, peut en effet constituer un déboucher très intéressant pour Tera-4. L’un des deux premiers contrats d'avant projet engrangés par la société française concerne d'ailleurs un particulier. « Le bateau offre de nombreux avantages. On peut s’en servir pour des sorties en mer et les sports nautiques, mais il a également une capacité d’échouage qui intéresse beaucoup ». Doté d’un tirant d’eau limité à 50 centimètres quelque soit le modèle, le quadrimaran peut sans problème se « beacher » sur une plage et repartir après avoir déposé ses occupants et du matériel.

 

Le T-9 Prime (© : TERA-4)

Le T-9 Prime (© : TERA-4) 

 

Opérations spéciales

Une caractéristique qui pourrait aussi intéresser le secteur militaire et, plus particulièrement, les forces spéciales. Présenté comme complémentaire des semi-rigides, ce type d’embarcation pourrait en effet séduire les commandos par sa vitesse, ses capacités d’emport, sa polyvalence et la protection qu’offre la coque, qui peut être blindée. Les forces de sécurité et marines sont clairement l’un des secteurs visés par Tera-4, qui a d’ailleurs imaginé une version militaire de son quadrimaran. Capable d’atteindre 60 nœuds, ce modèle de 10 mètres de long, 4.7 mètres de large et 39 centimètre de tirant d’eau peut accueillir jusqu’à 18 personnes et, pour les raids à grande vitesse, être doté de sièges avec système d’amortissement Ullman (8 places + 2 pilotes). Le bateau, capable de transporter 1 tonne de fret, y compris des quads ou engins sous-marins, peut aussi être gréé avec une mitrailleuse.

 

Modèle pour commandos (© : TERA-4)

Modèle pour commandos (© : TERA-4) 

Modèle pour commandos (© : TERA-4)

Modèle pour commandos (© : TERA-4) 

Modèle pour commandos (© : TERA-4)

Modèle pour commandos (© : TERA-4) 

 

Patrouilleur hauturier

En dehors des forces spéciales, le quadrimaran de Tera-4 a également été décliné pour servir de vedette de police et même, en gagnant significativement en gabarit, se transformer en patrouilleur. « Il n’y a pas de limitation réelle en termes de taille et nous imaginons déjà des modèles de plus de 75 mètres ». Patrouille et surveillance, lutte contre les trafics illicites, police des pêches… Toutes les missions dévolues à l’action de l’Etat en mer sont en ligne de mire. Surtout que la plateforme, très large, s’accommode d’une plateforme permettant l'accueil d'un drone ou même un hélicoptère, avec la possibilité d’intégrer un hangar. Au-delà des moyens aériens, il serait également possible de déployer des embarcations rapides ainsi que des drones de surface ou des robots sous-marins.

 

Modèle doté d'un drone (© : TERA-4)

Modèle doté d'un drone (© : TERA-4) 

 

Une version drone ?

Sans oublier que l'Aero-boat pourrait lui-même être « dronisé » pour en faire une plateforme sans pilote en mesure de réaliser de manière autonome des missions de surveillance, des inspections ou des relevés, qu’il s’agisse d’opérations militaires ou civiles. Une option actuellement à l’étude, confie-t-on chez Tera-4.

 

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4)

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4) 

 

Le « pick-up » polyvalent de 28 mètres pour l’offshore

La société espère convaincre de nombreux professionnels d’adopter sa plateforme grâce à sa polyvalence, sa fiabilité, sa vitesse, ses capacités de manœuvre et ses coûts d’exploitation réduits.  A cet effet, différents modèles ont été imaginés. Le T-28 Pick-up, par exemple, mesure 28 mètres de long pour 11 mètres de large. Doté de quatre moteurs diesels et quatre hydrojets directionnels, ce bateau, capable d’atteindre 45 nœuds, bénéficie d’un système de positionnement dynamique. La passerelle, panoramique, offre une vision à 360 degrés afin de mieux contrôler les opérations et l’environnement. Le T-28 peut faire office de crew boat pour le transport de personnel et de fret vers des installations offshore, avec un salon aménagé dans la superstructure (et donc éloigné de la propulsion), ainsi que des cabines dans les flotteurs.

 

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4)

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4) 

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4)

Le T-28 Pick-up (© : TERA-4) 

 

Sa vaste plage arrière est conçue pour accueillir une grue et du fret, ainsi que des canons à eau pour la lutte contre les incendies. Pour les zones dangereuses - on pense par exemple à l’Afrique de l’ouest avec le brigandage et la piraterie – le quadrimaran est proposé avec une protection balistique (standards OTAN) sur les côtés, l’avant, la poupe et les vitrages. De l’acier plaqué Bizalloy et du verre Ultraglaze de 46mm d’épaisseur sont prévus à cet effet.

 

Crew boat (© : TERA-4)

Crew boat (© : TERA-4) 

 

Pilotine, crew boat, vedette à passagers, sauvetage, pompiers…

Une déclinaison pure crew boat est également disponible, avec un bateau de 22 mètres de long pour 6.6 mètres de large capable d’atteindre 55 nœuds (4 x 680 cv) et de transporter 50 personnes en plus de ses trois membres d’équipage.

 

Crew boat (© : TERA-4)

Crew boat (© : TERA-4) 

Crew boat (© : TERA-4)

Crew boat (© : TERA-4) 

 

Alors que des variantes dédiées au transport classique de passagers (liaisons vers les îles, lignes fluviales…) sont également disponibles, Tera-4 a aussi conçu une pilotine de 16 mètres de long pour 7.6 mètres de large. Pouvant embarquer 10 personnes, dont 3 membres d’équipage, la vedette est proposée avec deux moteurs de 669 cv et des hydrojets, pour une vitesse maximale de 45 nœuds. L'Aero-boat existe aussi en version bateau pompier, vedette de sauvetage et de police, support de plongeurs ou encore navire hôpital, une fonction dans laquelle sa capacité à plager est intéressante.

 

 

Pilotine et bateau pompier (© : TERA-4)

Pilotine et bateau pompier (© : TERA-4) 

Bateau de sauvetage (© : TERA-4)

Bateau de sauvetage (© : TERA-4) 

Vedette de police (© : TERA-4)

Vedette de police (© : TERA-4) 

 

Support de plongée (© : TERA-4)

Support de plongée (© : TERA-4) 

 

Encore du chemin à parcourir

Avec cette nouvelle gamme, la société espère signer ses premiers contrats prochainement. « Nous avons un bateau qui est innovant mais déjà professionnel, techniquement maîtrisé et prêt à être commercialisé », souligne Alexandre Tollet. Toutefois, il faudra avant cela que Tera-4 mène à bien ses avants-projets, réalise encore d'importantes études, notamment sur les plateformes plus grandes que son prototype et parvienne à convaincre les sociétés de classification. Il y a donc encore du chemin à parcourir. Côté industriel, l'entreprise étudie actuellement différents options afin de déterminer des chantiers pouvant être susceptibles de réaliser des quadrimarans, que ce soit en France ou à l’étranger. En parallèle, lla présentation et l’exploitation du T-9 Prime vont se poursuivre. Le bateau va notamment servir pour des prises d’images lors du festival du jet-ski de Cavalaire et participera aussi aux Voiles de Saint-Tropez. Il pourrait également assurer la sécurité du plan d’eau lors de la grande course de paddle qui se déroulera sur la Seine en marge du prochain Salon nautique de Paris. Des missions pour lesquelles le quadrimaran est choisi du fait qu’il ne génère pas de vague susceptible de gêner les participants.

 

Le T-9 Prime (© : TERA-4) 

Le T-9 Prime (© : TERA-4)