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Thales développe un système de communication mobile pour les marines

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Intégrer à bord d’un bâtiment de combat un réseau de communication sans fil, pour des fonctions opérationnelles mais aussi un usage privé, le tout dans un environnement sécurisé et contrôlé. C’est l’objectif que s’est fixé Thales, qui vient de dévoiler COMTICS. Ce système de communication multimédia, offrant une connexion à tout type de radio militaire, est utilisable sur des postes fixes, mais aussi à titre individuel sur des smartphones et tablettes. Il offre la mobilité sur les bateaux gris et un large champ d’applications : partage de flux vidéo et de données, discussions entre marins, ou encore navigation sur le web et même les réseaux sociaux, lorsque la situation opérationnelle le permet. Comme tout système de communication moderne, COMTICS est imaginé pour permettre une utilisation simple, avec différentes applications et une interface intuitive.

Evolution d’NGIN et Focon équipant une quinzaine de marines

COMTICS, qui équipera pour la première fois les futures frégates de taille intermédiaire (FTI), dont la tête de série sera livrée fin 2023 à la marine française, est basé des solutions NGIN (New generation of IP Network) et Focon IP, adoptées par une quinzaine de forces navales à travers le monde. NGIN a été développé par Thales en 2005 dans le cadre du programme franco-italien des frégates multi-missions (FREMM), la Royal Navy étant également équipée (300 terminaux sont par exemple installés sur le porte-avions Queen Elizabeth). Plus ancien, Focon IP a vu le jour à la fin des années 90 pour les besoins de la marine allemande et a lui aussi été commercialisé à l’export. Selon Thales, la modernisation de ces systèmes existants permettra d’ailleurs d’installer COMTICS sur tout type de navire, en quelques semaines seulement.

 

Le système NGIN (© THALES)

 

Un nouvel outil de travail pour des échanges plus efficaces

Les systèmes fixes comme NGIN et Focon n’offrent jusqu’ici qu’une fonction de type voix. Les ingénieurs de Thales ont fait en sorte d’y ajouter une dimension multimédia, avec notamment de la vidéo et du chat, ainsi que la mobilité. « La fonctionnalité première de ce système est opérationnelle, c’est d’abord un outil de travail. Il permettra par exemple d’avoir accès à des caméras extérieures, comme celles du pont d’envol pour suivre les manœuvres d’un hélicoptère. COMTICS permettra également de communiquer beaucoup plus facilement et rapidement entre marins, en contactant directement quelqu’un sans avoir recours aux traditionnelles diffusions générales dans tout le bateau pour inviter à rappeler tel ou tel poste », explique Pierre Krotoff, responsable des communications navales chez Thales. De nombreuses applications opérationnelles pourront progressivement voir le jour grâce à ce système, en fonction des besoins et de l’évolution des usages.

Le bateau devient un « village connecté » en contact avec la terre

Mais au-delà du travail, les fonctionnalités offertes vont en réalité transformer la vie en mer. «  Les bateaux sont de véritables villages et l’on peut faire beaucoup de choses à bord. Le système permettra de communiquer facilement avec d’autres marins en dehors des sujets liés au travail et il sera possible de développer des applications liées à la vie à bord, y compris des choses toutes simples comme le menu de la cantine ou des informations sur l’environnement du bateau, sa position, la météo etc… » Et puis il y a évidemment la possibilité de communiquer avec la terre, c’est-à-dire avec ses proches. Aujourd’hui, lorsque les navires sont loin des côtes, il faut passer par des téléphones fixes, doublés de salles informatiques utilisées par les équipages pour envoyer des mails ou, sur les unités les plus récentes, des branchements Ethernet dans les postes ou carrés. Avec COMTICS, la navigation sur le web et les échanges, sur les réseaux sociaux notamment, pourront se faire directement sur les terminaux, en particuliers les mobiles ou tablettes, utilisés pour le travail. Evidemment, selon la situation opérationnelle (si le bâtiment se trouve dans une zone à risques ou est contraint au « silence »), le réseau avec l’extérieur sera coupé, comme c’est déjà le cas avec les communications plus traditionnelles.

 

Un terminal fixe du système COMTICS (© THALES)

 

Gérer les flux et prioriser les informations échangées

Alors que COMTICS est conçu pour supporter 3000 appels simultanés, l’accès à Internet, même s’il dépendra de la capacité des antennes des navires, sera également important. En effet, les évolutions technologiques dans ce domaine permettent aujourd’hui d’augmenter significativement la bande passante et donc d'offrir la possibilité d’accéder à des fichiers lourds, comme la vidéo, tout en ayant plusieurs centaines de marins connectés en même temps. Toutefois, il y a et il y aura toujours certaines limitations, soulevant par conséquent des problèmes d’utilisation entre usage opérationnel et privé. « Le défi que nous allons avoir et sur lequel nous travaillons est la gestion des flux en fonction de la teneur des informations échangées. Il faudra déterminer ce qui est urgent et prioritaire, et ce ne sera pas forcément une histoire de grade. Nous allons développer des outils pour filtrer et prioriser les échanges », souligne Pierre Krotoff.

Robustesse et sécurité, deux enjeux majeurs

Si les systèmes de communication mobile existent déjà sur les navires civils, la question de la fiabilité, de la résilience et de la sécurité d’un tel dispositif est évidemment primordiale pour les marines militaires. Ce qui d’ailleurs explique sans doute que cette nouveauté arrive sur les bateaux gris plus tardivement que sur des navires de commerce ou des paquebots.

Dans des environnements à risques, la problématique est d’autant plus forte que l’on comprend bien que ce nouveau moyen de communication devrait rapidement faire partie intégrante de la manière dont les marins travaillent et conduisent les opérations. Physiquement, COMTICS s’appuie donc, comme d’autres fonctions du bâtiment, sur un réseau IP redondant, permettant en cas d’avarie de combat de garantir la résilience et donc la continuité du service. 

La sécurité, pour sa part, se joue sur deux principaux plans. Avec la démultiplication des échanges, en particulier avec la terre, il faudra d’abord veiller à éviter les fuites d’informations sensibles. Cela peut passer par des filtres ou plus simplement, à l’image de ce qui se pratique aujourd’hui, par une sensibilisation des marins sur les informations qu’ils partagent avec leurs proches.

 

La future FTI (© NAVAL GROUP)

 

Résister aux cyber-attaques

Le deuxième niveau, le plus délicat, est celui de la sécurisation du système face à des attaques informatiques, domaine de compétence dans lequel Thales a un long savoir-faire. Dans un milieu militaire toujours assez conservateur et logiquement excessivement prudent, le fait que COMTICS soit d’abord déployé sur les FTI n’est, d’ailleurs, pas un hasard. Ces frégates de nouvelle génération seront en effet les premiers bâtiments de combat dits « numériques », avec une architecture informatique embarquée nativement conçue pour résister aux cyberattaques. Elles disposeront dans cette optique de plusieurs data-centers, des cœurs informatiques gérant les différents systèmes du bord, dont les communications, avec un très haut niveau de sécurisation des données et de protections physiques comme informatiques contre des actes malveillants.

Dans le même temps, si les mobiles et tablettes seront des matériels civils (COTS), ils n’auront vocation à être employés qu’à bord des bâtiments, chaque terminal disposant de différents systèmes de sécurité et d’une carte SIM personnalisée avec le réseau du bateau.

S’adapter aux habitudes des jeunes marins

Au-delà de la mobilité qu’apportera ce système, avec en définitive une évolution des usages devant conduire à une meilleure efficacité opérationnelle, le système de Thales doit, aussi, contribuer à améliorer la vie des marins. A ce titre, il constitue même un enjeu important en termes de ressources humaines. Les marines, occidentales notamment, doivent en effet s’adapter à l’arrivée d’une nouvelle génération. Celle-ci a grandi dans une société connectée et faire une croix dessus pendant de longues périodes constitue un frein de plus en plus fort à l’engagement. « Le jeune marin qui arrivera en 2023 sur la première FTI, bâtiment qui sera alors le plus moderne de la flotte française, a aujourd’hui 17 ans. Il a été éduqué avec un smartphone et ne pourra pas s’imaginer arriver à bord sans un tel outil et renoncer à ses habitudes de communication. Il y a donc là un vrai enjeu en termes de recrutement car c’est un phénomène sociétal et les marines ne peuvent qu’accompagner le mouvement ».

Pour Thales, COMTICS, en permettant aux marins de conserver à la mer un univers mobile et connecté, incluant la possibilité de rester facilement en contact avec ses proches, permettra donc de « renforcer l’attractivité des forces navales auprès de leurs futures recrues issues des générations nées avec un écran entre les mains ».

 

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