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Thales : Le point sur l'activité sonars
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Thales : Le point sur l'activité sonars

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La lutte anti-sous-marine reprend depuis quelques années une place centrale dans les stratégies navales. Avec plus de 400 sous-marins océaniques en service dans le monde et au moins 150 autres bâtiments en cours de construction ou programmés, jamais les profondeurs marines n’auront présenté une telle menace. D’autant que de plus en plus de pays s’équipent de sous-marins, souvent modernes et très efficaces.

Pour contrer ce danger, des moyens de détection toujours plus performants sont développés, notamment par les équipes françaises de Thales, l’un des leaders mondiaux du secteur. « L’état du monde est marqué par un accroissement des menaces et le milieu maritime n’est pas épargné, avec le spectre de confrontations entre puissances. Thales compte 58 marines clientes et nous avons une activité très forte dans le domaine de la lutte sous la mer. C’est un véritable atout car nos systèmes sont employés chaque jour de façon opérationnelle, partout dans le monde, ce qui constitue un capital très important. Nous profitons de cette expérience pour développer des systèmes toujours plus performants, en nous appuyant bien entendu sur les progrès technologiques, avec d’importants investissements dans l’innovation et les programmes de R&D. Nous sommes par exemple en train de faire des progrès considérables dans le domaine de la digitalisation et de l’intelligence artificielle, qui décuplent les capacités de nos systèmes », explique Alexis Morel, directeur des activités lutte sous la mer de Thales. Celles-ci sont pour l’essentiel basées en France, à Sophia-Antipolis (Nice) et Brest, ainsi qu’une implantation industrielle à Aubagne. « TUS » s’appuie aussi sur des sites au Royaume-Uni, dont celui de Templecombe, et en Australie, à Sydney et Perth.

BlueScan : démultiplier les capacités en fusionnant un ensemble de données

Le groupe profite des nouvelles architectures informatiques embarquées et du big data pour accroître significativement le volume de données traitées et, ainsi, mieux maîtriser la complexité de l’environnement sous-marin. Grâce à la digitalisation des systèmes et l’intelligence artificielle, Thales lance BlueScan, une solution globale de lutte anti-sous-marine collaborative basée sur le concept de multi-statisme. Elle permet en effet de fusionner l’ensemble des données fournies par les sonars du bâtiment porteur, mais aussi ceux de moyens déportés, comme des bouées acoustiques et sonars héliportés. Grâce à une gestion intelligente de ces différents moyens, BlueScan apporte un effet démultiplicateur car il va accroître significativement les capacités de lutte ASM en augmentant sensiblement les probabilités de détection et en rendant les manœuvres des sous-marins extrêmement difficiles. Les performances attendues sont telles que Thales a pour objectif, grâce à ce système, de permettre aux unités équipées d’être suffisamment dissuasives pour créer de véritables zones d’interdiction aux sous-marins. BlueScan sera notamment déployé sur les nouvelles frégates françaises du type FTI.

 

Le sonar de coque KingKlip Mk2 (© : THALES)

Le sonar de coque KingKlip Mk2 (© : THALES)

 

Les nouveaux sonars de coque

En matière de senseurs, Thales a également renouvelé son offre. Le groupe propose notamment le nouveau sonar de coque KingKlip Mk2. Prévu pour les FTI ainsi que les La Fayette qui seront modernisées, ce sonar, doté d’une capacité d’émission directive, voit ses performances de détection améliorées grâce à la troisième génération de « traitement adaptatif » (Adaptive BeamForming - ABF), qui réduit de manière significative le bruit du navire porteur et le bruit ambiant.

Pour les unités de faible tonnage, comme les OPV, Thales a conçu un sonar de coque compact, le BlueWatcher. Technologiquement, ce système a été développé à partir du sonar trempé FLASH de Thales, équipant les hélicoptères de plusieurs marines occidentales, dont l’US Navy, la Royal Navy et la Marine nationale.

 

NH90 déployant un sonar trempé FLASH (© : MARINE NATIONALE)

NH90 déployant un sonar trempé FLASH (© : MARINE NATIONALE)

Le BlueWatcher (© : THALES)

Le BlueWatcher (© : THALES)

 

Le BlueWatcher, testé par la marine française et adopté par la marine vietnamienne, hérite notamment de la compacité et de la densité de puissance (signal fort émis sur de petits volumes) du FLASH, ce qui en fait un sonar aux technologies éprouvées à la mer et présentant des performances très intéressantes, avec une portée largement supérieure à ‎10km. 

Les systèmes remorqués

Dans le domaine des sonars remorqués à immersion variable, une offre pour les petites unités a été également lancée en 2014. Il s’agit du Captas-1, retenu par une marine du Moyen-Orient et qui a complété le Captas-2 choisi par plusieurs marines, par exemple sur les corvettes égyptiennes et malaisiennes de la famille Gowind, ou encore sur les frégates norvégiennes du type Fridtjof Nansen.

 

Le Captas-1 (© : THALES)

Le Captas-1 (© : THALES)

Le Captas-2 (© : THALES)

Le Captas-2 (© : THALES)

 

Mais dans ce domaine des sonars remorqués, le produit phare de Thales demeure le Captas-4, considéré comme le meilleur système au monde. Pouvant atteindre plus de 300 mètres de profondeur, ce sonar, qui émet des ondes actives à très basse fréquence sur de longues portées, est composé de quatre anneaux de céramique intégrés dans un corps remorqué. S’y ajoute, pour l’écoute, une antenne linéaire déployée indépendamment.

 

Le Captas-4 sur une FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Captas-4 sur une FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Sa grande force est de pouvoir déterminer instantanément d’où proviennent les bruits (bâbord ou tribord), un atout en haute mer, mais également en zone côtière, où le nombre de signaux est très important. Le Captas-4 équipe aujourd’hui les T23 britanniques et les frégates du type FREMM mises en œuvre par la France, l’Italie, le Maroc et l’Egypte. Une version compact offrant les mêmes performances, mais avec une masse globale 20% inférieure et une emprunte sur le pont réduite de moitié, équipera les FTI. Ce système, conteneurisable, est le seul de sa catégorie à pouvoir être interchangeable d’un navire à l’autre.  

 

 

Le Captas-4 Compact (© : THALES)

Le Captas-4 Compact (© : THALES)

 

Le successeur du Captas-4 à l’étude

Thales travaille par ailleurs sur la prochaine génération de ce sonar, avec le concept Captas-4M, qui adopte un nouveau design et doit intégrer de nouveaux matériaux acoustique. Il s’agit notamment de remplacer la céramique par des monocristaux, qui permettront d’améliorer l’échantillonnage des fréquences et la performance des signaux à l’émission. Les recherches dans ce domaine sont notamment conduites par les sites australiens de Thales, spécialisés dans les matériaux.

 

Le futur Captas-4M (© : THALES)

Le futur Captas-4M (© : THALES)

 

A bord des sous-marins, les équipements évoluent également et bénéficieront eux-aussi de la digitalisation. Thales propose notamment le S-CUBE, une suite intégrée de senseurs numériques combinant sonar d’étrave, antennes de flanc et antenne remorquée. Il est aussi possible d’y ajouter MOAS (Mine and Obstacle Avoidance Sonar), très utile en opérations côtières afin de détecter des mines et récifs mal cartographiés.

 

Le système intégré S-Cube (© : THALES)

Le système intégré S-Cube (© : THALES)

 

Une nouvelle bouée acoustique

Enfin, comme nous l’écrivions le 27 septembre dernier, la France a décidé de recouvrer sa souveraine technologique et industrielle dans le domaine très sensible des bouées acoustiques. Eléments clés de la lutte anti-sous-marine, ces systèmes sont traditionnellement mis en œuvre par des avions de patrouille maritime (Atlantique 2 dans la Marine nationale) ainsi que des hélicoptères embarqués sur frégates ou déployés depuis la terre, à l’image du Caïman Marine (NH90).  

Complémentaires des sonars embarqués sur les bâtiments de surface et des antennes héliportées, à l’instar du Flash des Caïman, elles permettent d’accroître les capacités de détection et d’ériger des barrages acoustiques afin de créer des zones d’interdiction pour les sous-marins adverses.

C’est à la fin des années 90 que Thales avait cessé de concevoir et produire des bouées acoustiques. Avec la fin de la guerre froide, cette activité, sur laquelle travaillaient ses sites de Gradignan et Bayeux, était en effet en nette décroissance. Depuis, la marine française achète ses bouées auprès des Américains et le marché international s’est concentré progressivement autour de deux acteurs, Sparton et Ultra, qui verrouillent aujourd’hui le secteur.  

Une situation qui pourrait donc changer avec le grand retour de Thales dans ce domaine. Compte tenu du très net retour de la menace sous-marine à travers le monde, y compris au large des côtes européennes avec une présence accrue de la flotte russe, le groupe français lance la Sonoflash.

Développée avec le soutien de la Direction Générale de l’Armement et ayant déjà mené à bien tous les tests d’évaluation, y compris en mer, la nouvelle bouée acoustique française se veut comme une solution de souveraineté nationale et une alternative aux produits existants sur le marché international.

 

La bouée Sonoflash une fois déployée (© : THALES)

La bouée Sonoflash une fois déployée (© : THALES)

 

Cette bouée acoustique numérique à moyenne fréquence constitue selon Thales une importante avancée technologique et opérationnelle. Là où les bouées actuelles sont soit actives, soit passives, la Sonoflash intègre les deux fonctions en un seul modèle. Offrant une puissance d’émission supérieure, elle se caractérise aussi par sa très grande endurance, qui permet d’étendre sensiblement la durée de traitement des signaux qu’elle perçoit. Ceux-ci sont transmis en temps réel vers les aéronefs et peuvent être partagés avec le CMS d’une frégate dans le cadre d’une approche multistatique, permettant de combiner les données de l’ensemble des moyens sonars déployés.  

Stockées dans des paniers ou pour les avions dans des logements dédiés sous le fuselage, les bouées, une fois larguées, se déploient en mer, leur anneau de céramique plongeant profondément afin d’émettre des signaux ou simplement écouter l’environnement acoustique à la recherche d’une indiscrétion d’un sous-marin. La partie supérieure, flottante, est équipée d’un émetteur pour transmettre les données. Quand son potentiel est épuisé, la bouée coule.

En dehors des avions et hélicoptères, la Sonoflash a également été conçue pour pouvoir être mise en oeuvre par des drones aériens à voilure fixe ou tournante, comme le VSR 700 développé par Airbus Helicopters.

 

Thales Euronaval 2018