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Thales semble bien parti pour vendre son RAPIDFire à la marine française
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Thales semble bien parti pour vendre son RAPIDFire à la marine française

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La Direction Générale de l’Armement doit prochainement décider du nouveau système d’artillerie de moyen calibre qui équipera les futures unités de la Marine nationale. Cela mettra un terme à une bataille qui se livrent depuis plusieurs mois les industriels concernant l’amélioration de l’autoprotection des unités françaises, et en particulier les armements qui équiperont les quatre futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) et les dix nouveaux patrouilleurs océaniques (PO), livrables entre 2023 et 2029.

Pour l’heure, il semble que Thales soit bien positionné pour l’emporter avec le RAPIDFire naval, bien que ce système n’existe pas encore en l’état et représenterait sans doute un investissement plus important que d’autres solutions en raison des coûts de développement qui restent à assumer. Il est pour mémoire le fruit s’un rapprochement de Thales et de Nexter, qui basent leur offre sur une adaptation du RAPIDFire développé pour les besoins terrestres et dont le canon 40CTA a déjà été retenu par les armées française, britannique et belge. Cet affût de 40mm affiche une portée de 4000 mètres et peut mettre œuvre différents types de munitions, dont l’Anti-Aerial Air Burst  (A3B). Le RAPIDFire est présenté comme un véritable CIWS (Close-in weapon system), capable de traiter des menaces aériennes et de surface, tout en étant doté d’une allonge suffisante pour graduer les effets et permettre des tirs de semonce (voir notre article détaillé sur le RAPIDFire Naval).

Face à lui se trouvent plusieurs autres systèmes d’artillerie, dont l’Oerlikon Millennium de 35mm et le 40mm Mk4 de BAE Bofors, ce dernier ayant plutôt vocation à être associé à un système nativement conçu pour la défense antimissile, en l’occurrence le Simbad RC de MBDA doté de la dernière génération des missiles Mistral. Pendant longtemps, cette combinaison artillerie/missiles (au départ plutôt imaginée avec en plus des Simbad des 20mm télé-opérés Narwhal aujourd’hui considérés comme trop justes) a eu la préférence des marins, car elle permet de répondre avec des moyens spécialisés et redondants aux différentes menaces dont les bâtiments peuvent faire l’objet. Mais les choses semblent avoir évolué.

D’abord, il semble que Thales et Nexter soient parvenus à convaincre les militaires de l’efficacité théorique du RAPIDFire naval, même si en cas de victoire il faudra que ce système et ses munitions prouvent les performances annoncées. Ensuite, il y a un enjeu industriel, auquel le ministère des Armées ne peut rester insensible. Il s’agit de la possibilité de développer une nouvelle filière française sur l’artillerie navale de moyen calibre qui viendrait concurrencer un secteur aujourd’hui trusté par des industriels étrangers. Un argument évidemment mis en avant par Thales et Nexter, MBDA ayant pour sa part déjà percé à l’international avec le Simbad RC.

Enfin, il y a une raison beaucoup plus prosaïque qui semble devoir plaider en faveur du RAPIDFire. Il s’agit tout simplement d’un problème de ressources humaines. Dans un contexte d’équipages optimisés, la marine ne va plus avoir assez de personnels dédiés à l’armement pour gérer à la fois de l’artillerie et des missiles sur des unités logistiques ou des patrouilleurs. Ces spécialités vont aller en priorité sur les bâtiments de premier rang, à commencer par les frégates. Comme il est hors de question pour les marins de se séparer de leurs canons, la perspective de disposer d’un système d’artillerie présenté comme également capable de traiter des missiles adverses apparait donc sans doute comme un compromis très séduisant.

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