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Thon rouge: Il est de retour dans la Manche

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Après des décennies d’absence, le thon rouge, objet d’un long conflit avec les pêcheurs industriels du secteur accusés de surpêche dans les années 2000, revient dans la Manche.

Familier des côtes bretonnes jusqu’aux années 1970, le thon rouge les avait depuis désertées. Mais « depuis cinq-six ans », on observe un retour de ces mastodontes qui peuvent peser jusqu’à 800 kg, constate Tristan Rouyer, en charge du dossier « thon rouge » à Ifremer.

Après un plan international de restriction de la pêche pour permettre le renouvellement de la ressource, « l’abondance générale de thons a augmenté ces dernières années. Donc, ils explorent des zones où ils ont des chances de trouver beaucoup de nourriture (…) C’est pour ça qu’ils remontent jusqu’en Norvège où il y a des stocks d’alimentation énormes », poursuit le chercheur. Le retour de ce grand migrateur en Bretagne, qu’on aurait pu croire accidentel, est « une tendance qui se confirme », affirme-t-il.

Un seul permis de pêche en 2018

Ce qui ouvre des perspectives pour les pêcheurs dans la traque de cette espèce à la chair très prisée, en particulier en Asie, mais soumise à quotas. « En 2019, le quota fixé par la Commission internationale des thonidés de l’Atlantique (CICTA), est pour la France de 5 450 tonnes en Méditerranée et Atlantique, dont 10 % pour ce dernier secteur », soit 546 tonnes pour les côtes atlantiques, Manche et mer du Nord, précise Caroline Mangalo, du Comité national des pêches (CNP). Un quota insuffisant aux yeux d’Alain Coudray, président du comité départemental des pêches des Côtes-d’Armor : « On pourrait les pêcher, les thons, si on avait des PPS », le permis de pêche spécial délivré par l’administration. Mais les pêcheurs professionnels de sa zone n’en ont obtenu qu’un seul en 2018, et au bout du compte un seul thon rouge a été pêché dans l’année.

« La densité de thons est assez forte mais, faute de permis, nos gars sont obligés de les regarder passer », déplore Alain Coudray, pointant du doigt les plaisanciers qui, eux, « pêchent parfois sans autorisation », selon lui.

Une part allouée à la pêche récréative

Assujettis aussi à une autorisation et à l’obligation de baguer chaque prise, les plaisanciers, eux, ont droit à 1 % du volume total octroyé à la France, ce que dénonce le CNP. « Nous avons toujours été contre cette part allouée à la pêche récréative », affirme Caroline Mangalo.

Pour nous aussi, « ça coûte très cher le braconnage », se défend Claude Bougault, président de l’association des plaisanciers de Saint-Quay-Portrieux (22). Cette pêche, qui distille de fortes doses d’adrénaline, est très appréciée des pêcheurs amateurs. Une école de patience, assure-t-il. « On peut être deux jours sans en trouver et, brusquement, on voit les oiseaux plonger et les thons sont là (…) Mais une fois qu’on en a accroché un, bon courage pour le ramener, c’est vraiment une pêche sportive ! ». C’est une pêche « très difficile, qui peut même être dangereuse. Il faut s’équiper sérieusement avant d’aller chercher le thon », assure Bertrand Coûteaux, plaisancier et ingénieur halieute de formation, qui a pêché dans toutes les mers du monde. « L’été dernier, on a fait plusieurs combats qui ont pu durer des heures, tous perdus. Le poisson fatigue, mais l’homme aussi. Jusqu’à ce jour de septembre 2018 où nous en avons pris un de 100 kg ! ».

Les pêcheurs professionnels aimeraient bien développer les captures de ce poisson lucratif. Qui plus est dans la perspective du Brexit, qui pourrait priver les hauturiers de leurs zones de pêche négociées dans les eaux britanniques. Alors que plusieurs dizaines de demandes de PPS -rebaptisés « autorisation européenne de pêche » (AEP)- ont été déposées pour la campagne 2019 par les navires de son comité, Alain Coudray aurait espéré un deuxième permis pour la prochaine campagne, à l’été. Mais Caroline Mangalo est catégorique : seulement trois AEP au total seront accordées de Brest à Boulogne pour 2019.

Un article de la rédaction du Télégramme